HAPITRE III LE PLURIEL ORTHOGRAPHIQUE
Le pluriel n'ayant cessé d'être une réalité pour la phonétique et pour la morphologie qu'à l'âge où la langue cherchait à se faire une orthograpl)e, c'est-à-dire une règle commune et constante d'écriture, il n'était guère possible qu'on abandonnât les signes qui marquaient le^pluriel. Après avoir eu une forme du pluriel, on a eu une marque du pluriel. C'est l'âge du pluriel orthographique. Il a commencé au XVIJe s. 11 dure encore.
Z. X. S. — Le pluriel se marque en français dans l'orthographe, taijtôt par r, tantôt par x, tantôt par s.
Xoi.s avons vu l'origine de ce z, primitivement cquivaleiit à ù>. Quand l'élément dental disparut, au XIV^ s., r resta comme signe et on l'utilisa pour éviter les confusions. Au XVP s., derrière un e, il marquait que ccl e était é fermé : vous dictes, dictez. Après l'introduction des accents, il devenait inutile. Mais on le conserva longtemps, en concurrence avec s. On écrivait : ez ou es. Il est aujourd'hui confiné dans les verbes : vous restez (cf. ils sont restés).
Origine de x. — L'introduction de x comme signe de pluriel est due à une erreur graphique : le groupe us était représenté-au moyen-âge par des v^i^gries al)réviatifs, qu'il suflisait de bien peu de chose pour transformer en I une X. Aussi le ]irit-on pour x : chevals s'écrivit donc chevax. Puis on éprouva le besoin de réintégrer dans le mot Vu que l'on n'y reconnaissait plus, d'où : chevaux, ensuite, connne l'étymologie latine d'une part semblait méconnue, que de l'autre le rapport avec le singulier cheval cessait d'être marqué, on aK)uta une / ; f/i^t>aulx. De telle façon qu'à un certain moment (XVF s..) l'a se trouvait en somme trois fois représenté (u, 1, x = us). Cette orthographe se maintint assez longtcmi)s.
La langue ne s'est ])as complètement débarrassée de ce pluriel extraordinaire : il est encore admis dans des aulx. Il est vrai qu'on ne l'emploie guère, on dit surtout de l'ail.
Quant à l'.i-, elle est toujours de règle (sauf dans le mol landaus, qui, étant étranger, a échappé à la règle)^ O^n n'en voit pas bien l'utilité. Pourquoi cadeaux avec x ? A quoi bon feux et pneus ? poux et fous ? Un acte de courage nous débarrasserait d'une complication absurde et inutile d).
(1) Il n'y a que quelques mois eu oux : bijoux, cailloux, choux, genoux, fouioux, hiboux, poii.i