LES QUANTITÉS IMPRÉCISES
que nous l'avons vu, au singulier (1). S eiales^-eiiJangUÊ moderne certaines locutions verbales ne prennent pas l'article ; ce sont des locutions composées, telles que : avoir peur, faire tort, prendre patience. Certaines furent très discutées au XVIle s., ainsi : avoir esprit ou avoir de l'esprit. Ce ne fut aussi qu'après de longues hésitations que l'usage se fixa dans les cas où ces locutions entraient dans une phrase négative ou dans une exclamation. Là le de avait tendance à reparaître : que vous avez de tort ! vous n'avez point de tort; — les pauvres enfans n'eurent pas moins de peur que quand il tenoii (perk., Conf., 152) ; — je n'aij pas, interrompit le Roy, tant de tort que vous pensez (Menagiana, ir, 281-282).
Par analogie, le partitif accompagne aussi les noms de choses abstraites : montrer de l'impatience ; — ^ cette étoïïe a de la mine ; — cette femme a du mérite ; — on dit aussi : c'est du théâtre et du bon ; - c'est du Hugo ; on jouait du Wagner.
En langue contemporaine, le développement de cet article est considérable, Ainsi avec le verbe faire. Les médecins disent qu'un malade fuit de l'ataxie, de la typhoïde; — les automobilistes font du quatre-vingts à l'heure, etc.
De et de la. — Aux deux genres, il se présente une difïiculté de forme. Il a toujours été d'usage, quand un a^djeçtiLse trouvait entre l'article et le nom, d'employer de aussi bien que du ou delà. Maupas a posé en règle que dêVant"adjectif de suffisait et qu'il ne faut pas écrire de la fine soije. Celte règle est encore dans toutes les grammaires. Mais l'usage ne s'y conforme guère. Une femme qui demanderait dans un magasin : je veux de fine gancr, aurait l'air d'en demander plusieurs (de fines ganses). Cf. il faut de gros fil. Les écrivains modernes ont fini par suivre l'exemple de la langue populaire, et par écrire même devant adjectif du, de la. Car le peuple après tout, c'est de la tonne terre (barb., lamb., 160) ; — Retrousse tes manches, fais-moi de la propre besogne (zola, Cont. Nin., 53) ; — il devrait y avoir ici un jardin d'été comme te parc Monceau, ouvert la nuit, oii on entendrait de la très bonne musique (maupas., Bel Ami, 11) : — Flaubert déclarait... que pas un imprimeur de Paris n'avait de la bonne encre (zola, Romane, 217).
Quelque. — Pour exprinier une quantité non précise d'une chose non partageable, on se sert aussi de quelque : il y a quelque vertu à faire cela ; vous aurez quelque peine.
On trouvera plus loin d'autres expressions telles que : peu, guère, beaucoup, qui s'appliquent également aux chosesjiau-Hombrables et aux choses nombrables : il ne gagne guère d'argent ; — il gagne beaucoup d'argent.
(1) Quelques csceplions : manger des confitures ; mais on appelle confiture toutes sortes de confiseries qui forment non pas une masse, mais des morceaux détachés : pâtes d'Auvergne, etc. Il est intéressant de comparer du raisin, des raisins, un raisin (une portion de raisins).