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CHAPITRE V LES QUANTITÉS IMPRÉCISES

Une portion imprécise d'vine chose partageable. — Le français s'est créé une forme pour exprimer une portion d'une chose i>artageabl«-e-t-ft0n nombralîle. Elle n'existait pas clans la vieille langue, où manger pain signifiait aussi bien manger du pain cjne manger un pain, tandis qu'il est impossible aujourd'hui de dire : donnez-moi viande, et que du, de la sont nécessaires devant les noms de clwses non nombrables, qui, tons, sont du singulier : du pain ; de la viande.

On comprend facilement l'origine de ces formes. Au masculin, de s'est contracté avec le (parce que deux e sourds se suivaient) -.de le > del > den > du. Devant les noms en voyelle, il n'y a pas eu vocalisation de / ; de l'onguent. Au féminin, de et la sont restés distincts. Pour le sens, on est parti des tours de phrase où de se faisait suivre de le, la. Par exemple dans Roland, le poète dit : deit hum perdre et del quir et del peil ; (un homme doit perdre et du cuir et du poil ; il faut comprendre : de son cuir et de son poil). Ailleurs on trouve dans le même poème : trop a perdu del sanc (2229). Entendre : il a trop perdu du sang ou de son sang (cf. ii. ].., i. 1(53). De signifiait en prenant sur, puis il a signifié une partie de, et enfin une certaine quantité de : Et puis si prist des flors et de l'erbe fresce et des fuelles verdes {Auc, 20 = il prit des Heurs et de Therbe fraîche et des feuilles vertes). Cette construction fut longtemps particulière à !'o])jet du verbe.

Naissance de l'article partitif. — Peu à ])eu l'usage de faire précéder ainsi les noms de (ormes par/;/à'es s'étendit de proche en proche. Elles deviiireiit de véritables articles qui accompagnèrent les noms (h. l., ii, 280, 391j : en aucuns lieux elle produit du charbon fort utile, en d'autres lieux elle conçoit rt engendre du fer, de l'argent, du plomb, de l'estain, de l'or, du marbre, du iaspe d de toutes espèces de minéraux (i'ai.issy, 35) : habillée en servante, qu'on envoyoit puiser de l'eau (imont., liv. i, ch. 2).

Henri Esticnne donna de cet usage une théorie significative dans la Conformité (p. 50). Par imitation du grec, il accepte encore (ju'on dise : manger pain ; mais en réalité nous savons par d'autres témoignages que l'usage de l'article était dès lors à^ieu près obligatoire. Il le devint tout à fait dès h s premières années du XYII^ s. Maupas déclare qu'on emploie du, de I'. de la pour les substances « partageables en parties similaires » (111). Du, de la est devenu l'article des choses non nombrables, qui sont toujours, ainsi

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