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LES CHOSES NOM ERABLES

une file, une enfilée, une enfilade, une queue, une kyrielle, un chapelet. Celles-là se rapportent à des choses formées en longues lignes : un chapelet d'injures, une enfilade de colonnes. Une pluie, un déluge, une avalanche se disent de choses qui semblent tomber : un déluge de maux, une bordée d'injures ; {qui éclatent comme une bordée de canon). D'autres sont des noms de mesures relatives au volume : une poignée, une hottée. La langue est extraordinairement riche en expressions de cette sorte.

Un de ces collectifs indique la variété en même temps que le nombre, c'est toute sorte de (cf. divers). On a hésité à le mettre ou au singulier ou au pluriel : l'usage est encore libre (cf. toute espèce de).

La quajitité approximative. — Pour exprimer l'idée de quantité d'une façon approximative, on peut se contenter souvent de pxiiii.dre un nom tel que^une douzaine^ une vingtaine, une e^nfainv^, qui ne signifie pas toujours dcmzer-t^ingt, cent ; ou bien on a recours à un adverbe spécial : environ. Étymologiquement il signihe : en tournant autour (cf. virer). Il arrive naturellement à s'appliquer aux mesures de quantité qui marquent l'approximation : il m'en faudrait environ deux cents. On use aussi d'autres adverbes : à peu près, autour de ; il en a emporté à peu près vingt. Quelque se place souvent devant le nom de nombre pour marquer que ce nombre ne doit pas être considéré dans sa précision arithmétique : quelzques sept OU huyt cens personnes (Comm., i, 207).

Il arrivait souvent dans la\ieille langue, et dans la langue classique que jiuelque, dans ce sens, eût la marque du pluriel : quelques huit jours (corn., dit., 399). Aujourd'hui, avec s, quelques prendrait devant le nom de nombre une valeur de^ multiplicateur, ce qui serait tout différent de la valeur qu'il a dans les exemples cités : quelques cent mille francs voudrait dire plusieurs centaines. Quelque au sens d'environ a en effet été déclaré invariable par Vaugelas (i. 55 ; h. l., m, 520).

Nous disons aussi -.quelque chose comme, dans les : elle a dans les quarante ans. Ou bien nous marquons les limites entre lesquelles il faut se tenir : de deux à trois mois, des enfants entre trois et quatre ans : — deux au moins, trois au plus.

Nominaux numéraux. — Plusi£iirs^4e^expressions que nous venons de voir s'emploient comme nominaux : puisque beaucoup .s'en vont; — Combien ont disparu, dure et triste fortune ! (v. h., R. et Omb., Oceano nox). Cet emploi de beaucoup a été l'objet de controverses au XIX^ s. Pouvait-on dire : beaucoup ont étudié? Les puristes rejetaient cette forme. On ne voit pas cependant pourquoi la langue n'accepterait pas beaucoup comme sujet, alors qu'elle tolère parfaitement peu : peu y réussissent. Tant numéral, est très usité : Combien ce poulet ? C'est tant. — Un d'eux, le plus hardi, mais non pas le plus sage, promit d'en rendre tant (la font., Fab., vi, 4); — Tant pour les coups de fouet qu'il reçut à la porte. César, tant pour l'amen, tant

pour V alléluia (v. h.. Chat., A un martyr). De là tant et plus, qui a le sens de beaucoup (cf. en mathématiques n + 1).

11 arrive souvent que l'adjectif et le nominal ont une f^rme différente : quelques, quelques-uns. Quelques-uns est formé de quelques et du pluriel

uns, que nous avons déjà vu. Ce nominal peut s'emploj^er, soit avec un complément : quelques-uns d'entre vous, soit seul : quelques-uns estiment. Pendant longtemps on disait aussi aucuns. Aujourd'hui la forme — un peu archaïque du reste — est d'aucuns : il y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer^'de la contrainte de leurs parents (mol., Mal. im., u, 6) ; — Tristapatte est jeune, bien bâti ; d'aucuns prétendent qu'avant ioffense, la femme s'était déjà vengée (muss., Let. Dup., let. 3).

Jadis autre, soit au singulier, soit au pluriel, s'employait sans article. Desportes écrivait encore : et par mesmes appasts, autres pourchasseront, (EL, I, 9). — - La forme autres s'est conservée jusqu'à l'époque classique. Malherbe a exigé d'autres (iv, 364). On le trouve au singulier : mais je ne sfrai point à d'autre qu'à Valère (mol., Tart., 817). Aujourd'hui, par suite de la concurrence de de et de des, on tend à dire des autres : vous en trouverez des autres.

A autre au singulier on ajoutait souvent en a. f. tel : outre tel. Le mot ne se trouve plus en f. m. Nous ne dirions plus avec Malherbe : elle ne prit rien qu'un manchon et quelques gants et autres telles gentillesses (m, 126). Nous disons : et autres semblables, et autres ejusdem farinœ.

Autrui -^^lUrai est une ancienne forme de autre, à laquelle nous reviendrons ; c'est un vrai lype de nominal indéterminé. Il a été sauvé par Vaugelas. Malgré cela, on peut dire qu'il n'entre plus que dans un petit nombre d'expressions : le bien d'autrui, ne pas faire à autrui, etc. Il ne désigne jamais que des personnes. Il s'emploie aussi bien pour désigner une personne que plusieurs.

^Quelqiie chose n'est devenu qu'au XYII^ s., un mot composé de genre nîascïîlin, où -le nomnéminin chose n'a plus donné son genre^-à l'expression (v.vuG., I, 354 ; ménage, 0., 46; n. l., m, 518). On remarquera la différence eu comparant à une chose : une chose m'inquiète et elle est graxie^ quelque chose m'inquiète et cela est sérieux. La Mothe le Vayer estimait encore que : ai-je fait quelque chose que vous n'ayez fait, ou faite étaient tous deux bons (Œuv., II, 639).

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