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CHAPITRE VII QUANTITÉS PRÉCISES

Caractère grammatical des noms de nombre. — Ils sont ou nominaux, ou adjectifs ou représentants : six et trois font neuf (nominaux) ; — six maisons et trois pièces de terre (adjectif) ; - j'avais convoqué six collègues (adjectif), trois seulement sont venus (représentant nominal) (1).

Ces^-^emplois demandent à n'être pas confondus. Prenons un. Il était

^/âutref^^ usuel comme nominal : Comme un qui prend une coupe (ronsard,

'^—P^/ch., B. de F., 84) : — un qui n'avait jamais sorti de Corintbe (rac. v, 496 ;

H. L., III, 300). Ce n'est pas du tout la même chose que quand nous disons :

Je voulais des perdreaux, je n'en ai trouvé çu'un au marché. — Ici un re]né-

sente un perdreau. Il est accompagné de en. à l'efTet d'établir le lien. De

même de trois hommes, il n'en est resté qu'un. — Cf. : un, très jeune, petit et

i maigre, la tête à moitié emportée, serrait sur son cœur... une photographie de

j femme (zola, Déb., 336).

IZéro. — Zéro est un mol récent (le même que chiffre), qui s'est introduit -avec la ««mération arabe ; c'est à la fois un nom (le zéro est éliminatoire), un nominal (qu'avez-vous obtenu ? zéro) et un'lidjcctif. En effet, sous l'influencé de l'école, les enfants disent : j'ai eu zéro faute. Le système décimal a grandement contribué à son développement dans le commerce : 0,50, 0,75.

Adjectifs = zéro. — L'adjectif hérédilaii e. c"est nul, nule (au], nulle). On peut théoriquement l'employer partout, même au pluriel. // n'a nulles excuses. — Ma Reine est un but à ma lyre. Plus juste que nulleS^^Tj. amours (malh., i, 210). EnJaiUJi-est -4e moins en moins usité. 4*ersonne ne dira : je n'ai nuls buts. — Mais au^ingulier, il est encore fort commun : je n'en ai nulle envie ; - je n'en éprouve nul besoin. Il n'est plus négatif à lui seul dans une phrase, mais se fait accompagner de ne : nul ne sait ce que pense cet homme. C'est la conséquence de l'évolution des mots tel.s que aucun, dont nous allons parler. Ils ont tous été assimilés les uns aux autres. Ils ne sont plus proprement ni des négatifs ni des positifs.

Aucun était originairement un mot positif. La contagion de la négation l'a transformé. Oudin dit vers 1640 que il y a quelques personnes est préférable à il 11 a aucunes personnes (h. l., ni, 521 ). Mais on trouve encore à cette

(1) En certains cas, les nominaux deviennent de véritables nnr.i!- : les Quarante; — le conseil des Cinq Cents ; — le conseil des Cinq, etc.

118 LES XOMIiRES

l'poque aucun clans son ancien sens, pour peu que la phiase soil hypothétique. Ainsi voici une phrase de Descartes : J'étais en l'une des plus célèbres écoles de l'Europe, où je pensais qu'il devait y avoir de savants homnws, s'il y en avait en aucun endroit de la terre (Méth., 21). Peu à peu. en qualité d'adjectif, il tend à renq>lacer nul : Je ne connais aucun peintre ryj// le vaille.

NoiNiiNAUx = ZÉRO. — La langue avait .cIcs^jK)niinaux|>osi44l« ayant eu originairement la valeur de une personne. C'était âme et corps d'homme. Tous deux avaient fini, sous l'inflence des phrases négatives où ils figuraient, par prendre le sens de personne : corps d'homme n'était avec moi. - Nous disons encore : je n'ai pas rencontré âme qui vive. Maupas donne, en 1007, les exemples : je n'ay veu âme à qui parler (190) ; A qui avez-vous parlé ? — ^ à âme. — Mais en 1638, ce dernier exemple est supprimé (179).

Dans le sens é'aucun homme, nous employons nul : que nul ne s'y frotte ! Nous employons surtout personne : Personne n'est venu ; — je ne connais personne de si peureux. Le mot est alors un nominal masculin. Ce changement est récent. Vaugelas estimait encore qu'on pouvait dire : je ne connais personne si heureuse qu'elle (i. 59). Et jusqu'au XVI II*' s., les grammairiens citent des exemples analogues : /'/ n'y a personne qui soit plus votre servante que moi (des.m., Qram., 318). Cet exemjjle n'est i)as probant.

Personne se fait accompagner de la négation, quoiqu'il ail j^ris lui-même l)ar contagion un sens négatif: Qui reste en arrière? Personne (déroul., Ch. du sold.). 11 y a lieu du reste d'y regarder de près. En vérité personne lient la place dnjuudqu'un, sitôt que la phrase prend une nuance négative : (jui... ne veut pas que personne vous parle ! (mol., Méd. m. /., m, 3).

Aucun nominal, comme aucun adjectif, avait autrefois le sens positif : de satisfaction, je n'en fis de ma vie. Et d'éclaireir aucun je n'en ay nulle envie (d'ouv., Espr. follet, i. t).

A'u/, nominal, ne s'emploie que comme sujet du verbe : Nul n'eaira de l'esprit hors nous et nos amis (moi,., F. sav., 924). Molière disait encore : ne détachez vers lui nulle de vos pensées ( Val de Gr., 216).

..Il n'y a celui Les classiqux^ employaient encore souvent celte exinr.^

sion : // n'y a celui qui : n'i ad celui ki mot sunt(Rol., 411) : il n'y eut celuy qui ne s'intéressât de leurs mau.v (vaug., Q. C, v, 5). // n'y a celui a passé de mode à la fin du XVII^ s., (cf. alc. de s* MAURici:,/?rm., 68).

Pas un était fréquent chez les classiques : je serais comme un saint que pas un ne réclame (moi,., Ec. d. /., 92). — Il est toujours d'usage : Pas un ne recula (v. h.. Chat.. Exp.).

Rien est aujourd'hui un nominal négatif, qui signifie aucune chose : pas 'ser la nuit à bien dormir et le jour à rien faire; ( 1 ) - Qu'attendez-vous? Rien. Mais, comme il.a 4{é-pûsitif, il entre encore dans des phrases 4 nuance négative ou. hypothétique avec le sens de quelque chose : j'aurois cru faire'

(1) .\uticiois on lioinMil rien accompaRnô de ne : "mix ne comptez pourj rien les pleurs de Bérénice (rac, Bér., 1147).

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