‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 110 sur 586 · CHAPITRE IX RAPPORTS ENTRE REPRÉSENTANTS ET REPRÉSENTÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX RAPPORTS ENTRE REPRÉSENTANTS ET REPRÉSENTÉS

Rapports avec les antécédents. — Les rapports entre représentants et noms sont marqués par l* accord, quand il est possible : on a appelé les jeunes ftUeSy elles arrivent. Quoique cet usage soit ancien comme la langue, longtemps les rapports ont manqué de 'clarté et de régularité. Aujourd'hui des règles strictes prescrivent d'éviter soigneusement toute phrase où ils n'apparaissent pas clairs.

L'accord. se fait quelquefois avec la pensée : Ajoutons que Coppenole était du peuple, et que ce public qui l'entourait était du peuple ; aussi la communication entre eux et lu! avait été prompte (v. h., JV. D., ii, ch. iv). — Il faut pour cela qu'il n'y ait aucun doute.

Ce qui est nécessaire, c'est qu'on aperçoive du premier coup ce qui est représenté. Les classiques manquaient encore à cette règle. Molière écrit : Toni*U spectacle se passe sans çu'il (le berger) y donne la moindre attention. Mais il se plaint gu'il (le spectacle) est trop court, parce qu'en finissant il le fle berger) sépare de son adorable bergère {Mal. Im., ii, 5). De l'Estang, dans son traité de la Traduction (p. 75), enseignait comment il fallait éviter ^c vice de ils se rapportant à divers antécédents. Dire : « Peu à peu te m' accousiumaij â remarquer le lieu où j' estais, et à vouloir faire connoistre mt»'Âesirs à ceux qui pouvaient les exécuter ; mais ie me trouvais le plus souvent dans l'impuissance de le faire, par ce que mes desirs (et non pas : ils) estaient au dedans de moy, au lieu que ces personnes (et non : ils) estaient au dehors et ne pouvaient par aucun de leurs sens, pénétrer jus.ue dans mon ame » . Le moyen indiqué, c'est donc de répéter mes désirs, et de remplacer le second ils par les personnes. Nous avons des moyens moins grossiers. Mais c'est là affaire de style.

Rapprocliement du représentant et du représenté. — Un des

meilleurs moyens pour parvenir à la clarté, est le rapprochement du représentant et du représenté. Malgré la confusion qui devait résulter de la similitude des formes, l'a. f. était très hardi dans les séparations : En paradis avras ton herberjage. Que nostre Sire à ses buens amis guard (cor. LOGIS, 395-396): — Sy gccta la mer grant plenté des noyez devers les Hébrieux, qui armes avaient, dont Hz les despoullèrent (d'angl., S' Voyage, 55, 225) ; — Priant ledict Robertet d'en scavoir le plus tost qu'il pourrait la volonté du Roy, qui luy dist qu'il ne scauroit plus s'advancer que d'y aller incontinant sur l'heure (m. de nav., HepL, ii, 98).

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Malherbe a blâmé ces séparations, si dangereuses pour le style : Fkfland regarde tout, qui a Vâme saisie (iv, 285). — Et Vaugelas, se corrigeant luimême, accepti^it seulement qu'un génitif séparât les deux termes, mais non un verbe (ii, 440). On vit donc disparaître les phrases comme : Je vis:,. une chose chez Jkf"« qui me fit plaisir (&év., LetL cxliv) ; — la Fortane était debout devant lui, qui lui délioii la langue (la font., Vie d* Ésope).

On ne saurait regretter une aussi funeste liberté qui gâte nombre de passages des meilleurs écrivains : Je me trouvai hier devant la Reine, auprès de lui, où je m'informai de toute cette affaire, qui me la conta comme M^ le Prince la conte (malh., m, 440).

Représentation superfliie.— Il faut éviter une représentation superflue. Au temps où la phrase française était peu organisée, on y trouvait des représentants plus ou moins inutiles : De cette prison de cent chaînes fermée. Vous n'en sortirez point que par rhuis du tombeau (malh., 1,2); — Quartd je m'y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes (pasc, Pens,, iv, 2). Longtemps on trouva même à ces tours une certaine grâce, puis on les jugea négligés ; il est prescrit aujourd'hui de les éviter.

// reparaît sitôt qu'il peut renforcer l'idée, marquer une opposition, etc : A/on âme est à mon Dieu, mon sang est à ma foi ; Mais mes Jours profanés^ ils ne sont plus à moi (lam., Joc, 6 août 1795, soir).

Même quand le nominal était l'indéterminé quiconque, la tendance de la langue était de garder la construction ordinaire, et de représenter 9 uiconçu^ par il : quiconque le veut, il Va. De même avec qui : bel esprit, il ne Vest pas qui veut (mol., F. sav., 822). Puis lorsque la phrase s'est unifiée, on a donné aux deux verbes le même sujet : quleonque s'y applique y réussira ; — quieonqne a frappé par Vépée, périra par Vépée ; — qui vivra, verra ; — le blâme qui voudra, moi je l'aime, ce prêtre (déroul., Ch. du Sold.).

On volt bien ce que la langue a gagné en brièveté et en fermeté. Il faut voir aussi ce qu'elle a perdu. Voltaire (Com. sur Cinna, 11, 2) regrettait déjà: i7 passe pour tyran quiconque s'y fait maître, où l'on avait la liberté de suivre l'ordre de la pensée.

Double représentation. — • Si un conjonctif est employé, il ne faut pas lui adjoindre un autre représentant. La représentation simple ne peut pas se cumuler avec la conjonctive. Dont et en ne vont pas ensemble. Cet abus se trouve souvent encore au XVII« s. : on lui a donné vingt mille hommes, dont il en a détaché quatre mille ; — Elle demandait cinq villes, dont Metz en éioit l'une (malh., m, 582) ; — // alla trouver Samilcar, à qui ayant fait mille reproches de sa timidité, il lui fit promettre... (bus. rab., Hist, am.. I, 28) (1).

(1) On comparera certaines phrases négligées d'aujourd'Iiui : Tous les Jours on envoyail à la mort des hommes qui ne connu- ssaient poM pluM que moi le motif de leur arrestcdton, et dont la fortune ou laposUion sociale ne les désignaient pas davantage aux passions politiques(\iDOCQ,Mém., \, 33).

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itation défectueuse. — Il faut Téviter encore plus que la r^irésentation superflue.

1® On se passait autrefois d'un représentant personnel devant un qui destiné à reprendre des noms ou des nominaux ; on disait : Elle croit son miroir et me croit aussi , qui sommes beaucoup plus fidèles que vous (balz., Lei. IX, 7). Nous mettrions : nous qui sommes (1).

2^ En a. f., comme dans certaines autres langues, il arrivait souvent qu'on n'exprimait pas le pronom conjonctif : En la citet n'en ad renies païen, Re mÊi ods o devient chrestïens (RoL, 191). Il ne peut pas être omis.

9<^ Si un système de représentation a été adopté, il n'est pas loisible d'en changer plus loin. En a. f. une phrase était conjonctive, on lui rattachait une autre phrase qui ne Tétait pas : Ce que Je vueil et il me plaist.

On trouve des phrases ainsi interrompues jusque chez les classiques : Des périls glorieux ; Dont je puis faire hommage à V éclat de vos yeux. Et par eux m'acquérir, si le ciel m* est propice, La gloire d'un revers (moi-., jD. Gare, 206 et 207). Elles sont exclues de 1^ langue moderne.

(1) n p«ut n*y avoir imis d'antécédent exprimé : Ah I insensé qui erois que je ne suis pas loi! (V. IL» Cont, Préf.). L'antécédent, c*est l'interpellé, insensé. Le nominal toi n'est nullement

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