‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 111 sur 586 · CHAPITRE X REPRÉSENTANTS SUBSTITUÉS A DES NOMS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X REPRÉSENTANTS SUBSTITUÉS A DES NOMS

Souvent les représentants représentent une personne, une chose qu'il n'est pas besoin de désigner autrement : Toujours lui, lui partout. C'était alors Napoléon. Ailleurs Elle, ce sera la bien aimée, ainsi de suite.

Un certain nombre de représentants, à force (Je représenter les mêmes êtres et les mêmes choses, finissent par prendre à peu près la valeur des noms de ces êtres et de ces choses.

I^K, LA. — Ce représentant se rencontre depuis le Moyen- Age avec un sens très vague de : la chose, r affaire : Mult le fist bien Tyerris de Los (villf.h., 483 a). Le sens est : ce qu'il avait à faire, puis la chose, en somme : il se conduisit bien. D'où une foule d'expressions : le donner, le disputer; vous Ventendez mal ; vous le prenez d'un peu haut.

Au féminin, la donner belle, Véchapper belle ; en langue populaire : fe la trouve mauvaise, amère ; il ne faut pas me la faire.

Elle. — Elle a fini par vouloir dire la chose : Non, elle est bien bonne. — Ah ! non, elle est trop drôle ! bégayait Loubet, la bouche pleine, en agitant sa cuiller, (zola, Déb., 43).

En. Pour Pathelin, c'était du drap, pour la plupart, c'est de l'argent : Ah ! il en faut aujourd'hui.

Quelques possessifs remplacent aussi des noms qu'ils ont souvent représentés : les siens, les tiens (ses parents, tes parents) : Chacun les siens. — Ne te lasse donc pas de protéger les tiens ; — Bonjour à tous les vôtres.

Le sien veut dire son bien : y être du sien, chacun le sien, sans y mettre du sien ; — Cf. depuis que le tien et le mien ont fait le partage du monde (gomb., Ép., 178) : sans y mettre beaucoup du vôtre (1).

Celle-ci a longtemps signifié : cette lettre, jusqu'à ce que Vaii gelas eût condamné l'expression (ii, 226); je me dérobe le temps de oelle-ci sur mon repos, (la roch., m, 52 ; cf. aujourd'hui : la présente).

Celle-là veut dire : cette histoire, cette affaire-là : celle-là est forte ; eelle-là est verte ; fe ne m'attendais pas à oelle-là (2).

Ce développement est à rapprocher du développement des noms généraux, tels que : affaire, coup, machin, chose, qui tiennent lieu des noms exacts.

(1) On disait autrefois : rautrui, le bien cTautrui. Cette expr.^ssion a été condamnée par Oudin (Gr.. 122).

(2) Jusqu'au début du XIX' s., on avait dit aussi : celtii-lâ. Je vais me marier... Je ne m'attendais pas â calul-ià (RBONAan, La Sérén., 7).

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