‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 113 sur 586 · V ACTION NOMMÉE · texte numérisé non relu

V ACTION NOMMÉE

anee : (cf .^ ence) : /'abondance du poisson a amené une baisse de prix ; — je veux échapper à toute dépendance ; — la vengeance d'un crime ; — /'assistance aux malheureux;

ment, ement : braiment, abaissement, perfectionnement : — /'endiguement de la rivière est une nécessité ; — l'alcool travaille à /'abrutissement de la race ;

crie : flatterie, singerie, pruderie ; — la flatterie des fournalistes a une mauvaise influence sur un artiste ;

urCy aturCy eture : la peinture de la porte a exigé une semaine ; — la clôture du marché ; — la signature de la paix ; — la fermeture des débits s'impose (1).

Noms qui renferment des idées particulières. — Outre les noms généraux d'action, la langue forme des noms qui renferment des indications particulières.

A) Entrée dans l'action : dérivés en eseence : turgescence, efflorescence, intumescence,

B) Cessation : Composés de de, des : décompression, détaxe.

G) Non réalisation : Composés de non, in : non-paiement, non-renvoi ; imprévoyance, inconsistance,

D) Recommencement: Composés de re : réouverture, réemprisonnement (2).

E) Lieu, temps, mesure, opposition, etc. : encellulement, surproduction, sous-évaluation ; contre-mine.

Nous aurons à reparler de ces noms dans divers chapitres.

Il ne faut pas oublier non plus que la langue savante possède un certain nombre d'éléments passés plus ou moins complètement à l'état de sufHxes, qui donnent aux mots où ils entrent le sens d'actes spéciaux :

Ifttrie (acte de rendre un culte) : Mariolâtrie, Hugolâtrie ;

pliagie (acte de manger) : anthropophagie, hippophagie ;

scopie (acte de regarder) : endoscopie (cf. introspection), radioscopie ;

tomie (acte de couper) : gasirotomie (opération où l'on ouvre l'estomac) ;

cide (acte de tuer) : suicide, fratricide.

Remplacement des noms d'action. — A) La périphrase nominale le fait de. — Là où le nom manque, une périphrase très usuelle le remplace, c'est le fait de : le fait d'é/re bouffi, urètre dévot. C'est une sorte de passe-partout qu'on substitue aux noms d'action ou d'état absents, ou qu. entre en concurrence avec ceux qui existent, pour exprimer les nuances de la pensée. Le fait d'être ivrc une fois ne constitue pas Tivrognerie.

(1) Dans le» Noms nous avons signalé les « noms de manière d*être ». il ne faut pas oublier ciu'ils signiflent aussi • le passage ■ à celte manière d'ôtre ; pourriture marque l'état de ce qui est pourrs mais aussi la marche vers cette corruption : Vhumidité faijorise la pouirlture des fruits.

(2) Celle formation est très répandue dans la langue populaire : une raoassure.

B) Un participe joint a un nom. — Les classiques ont souvent, à TimitRtion du latin, remplacé le nom abstrait suivi de son complément, par un participe rapporté à ce complément. Au lieu de dire : la destractioil de r impie Achab, Joad parle de l'impie Achat détruit (rac, Ath., 114). Il y a de nombreux exemples analogues : Mais tu récitais des faits moins glorieux ; Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux ; Hélène à ses parents dans Sparte dérobée, Salamine témoin des pleurs de Péribée, Ariane aux rochers contant ses injustices, Phèdre enfin enlevée sous de meilleurs auspices (rac, Phèd,, 83) ; — Là on célébra Rocroi délivré, les menaces d*un redoutable ennemi tournées à sa honte, la régence affermie, la France en repos, et un règne qui devait être si beau, commencé par un si heureux présage (boss., Condé) ; — L'échafaud relevé fut une violence faite au roi (v. h.. Mis., iv^, part. 3, L'idylle) ; — En me fermant VÉden, tu m'as ouvert l'espace. Et tes bienfaits repris me délivrent du frein (dornier, L'Ombre de l'h., L'Ombre).

Cette syntaxe peut avoir, dans plusieurs des exemples cités, un caractère latin (Cf. : post bellum Punicum perfectum). Néanmoins elle n'est pas née de limitation. On dit déjà en a. f., ainz soleil Zcwé (avant le lever du soleil). Et le français le plus vulgaire l'emploie : Tu ne vas pas mettre cette bonne à la porte pour une assiette cassée. On a affiché dans Paris récemment : Les couverts lavés à la saponite évitent la contagion. — Cf. : Ils la bottaient pour une goutte d'eau versée (zola, ConL Nin., 37) ; — ils disaient la profanation suprême de 1709, les bfttiments rasés, les tombeaux violés, les morts dévorés par les chiens (m. tin.. Mai. Péch., 111).

Rôle des noms d'action, — Le français a toujours fait un fréquent usage des noms d'action. Ces noms tiennent souvent la place qu'on eût réservée en latin à un verbe : j'attends le départ du courrier; il faudra vérifier Texécution des travaux. C'est là une caractéristique du génie de notre langue, sur laquelle on ne saurait trop insister. Elle explique la création en nombre très considérable des noms d'action et le développement des moyens pour en créer.

De nos jours, ces substantifs sont plus employés que jamais : Quelques semaines furent consacrées à /'installation du jeune ménage dans un joli hôtel ; — Vous croyez possible l'aménagement d'un port sur cette mer. — La. langue littéraire en fait un usage bien plus hardi : Les cèdres et les pins, les hêtres, les érables. Dans leur antique orgueil des siècles respecté. Haussent de toutes parts avec rigidité La noble ascension de leurs troncs vénérables (lec. DE LisLE, Po. tr., 145);^ — Elle se dressait dans un allongement passionné de ses courtes jambes (zola, D. Pasc, 21) ; — Après l'ajustement du chapeau de ces dames et l'enfllement des pardessus des messieurs, on descendit au perron (p. marg., Sur le Ret., 80).

Ce n'est là que l'extension d'un tour classique. Bossuet multipliait déjà les noms abstraits : le dépérissement de son cœur, ses immolations pré-

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