LOCUTIONS VERBALES
modernes écrivent constamment ainsi : Il n'avait pas Tenvie de quitter (ZOLA, Déb,^ 565); — ayant la hâte de se contenter enfin (Id., D^Pasc, 195); — agant le besoin de sortir pour respirer (Id., Une p, d'am., 266). Nous disons tous les jours : demander pardon de ses fautes. Il serait possible^ mais vraiment subtil, de distinguer cette expression de : demander le pardon de ses fautes, (Cf. porter pavillon ou le pavillon de Vamiral N.)
C'est le caractère interne de la locution qui importe, non sa forme. Il faut que les idées exprimées par les mots qui la constituent soient devenues inséparables et forment un tout unique, qu'en un mot, il y ait composition : Le sang des morts crie vengeanee ; — J'ai mai à la tête.
La locution verbale étant un véritable composé, lorsqu'on lui ajoute des compléments, ils se rapportent, non au verbe seul, ni au mot qui Taccompagne, mais à l'ensemble : L'artiste a bien tiré parti de son sujet ; le mot bien qualifie In locution tirer parti ; vous ne vous êtes pas suffisamment rendu compte de mes intentions. C'est toute la locution qui est qualifiée par suffisamment. C'est pour cela qu'on se sert d'adverbes.
Au contraire : Avoir peur atroce, faire bruit infernal ne sont' pas du f. m. On trouve des analogues au XVI« s. : elle fa fait dommage irréparable, et auquel n'as û puissance de dormer ordre (l. i.abé. Déb. de FoL, dise, v) ; — (ceux qui) font iustice particulière aux dépens de la iustice publique (mont., 1. I, ch. III, t. I, p. 16, note 3). Il n'est plus loisible, en général, d'ajouter ainsi au nom une caractérisation.
Néanmoins, même aujourd'hui, une locution verbale n'est pas à ce point figée que l'on ne puisse modifier en quantité l'un de ses termes : l'enfant a très faim ; le voyageur a eu bien froid. Les adverbes très, bien, marquent le degré de la faim, du froid.
On peut aussi introduire certains adjectifs très usuels. Avoir grand' peine, faire grand *pezir sont des locutions anciennes ; on peut dire aujourd'hui : i7 a tiré bon parti de. (Cf. faire bonne figure, prendre bonne note, savoir bon gré, faire grand bruit).
Il est à remarquer que certaines locutions n'existent que sous une forme où le nom est qualifié : tenir table ouverte, faire main basse. Ou bien l'expression simple coexiste : avoir cours, avoir cours forcé.
Il faut, pour terminer, ajouter qu'il y a beaucoup de locutions verbales, où le nom n'est pas objet du verbe et qui sont formées très diversement : être de connivence, de mèche, d'intelligence ; — prendre en pitié, en plaisanterie, en main, en haine ; — venir à résipiscence, à bout ; — cela vient à l'appni de ce que je vous ai dit ; — la vérité se fait JOUr peu à peu ; — COUper court à la discussion ; — mettre à Jour ses comptes ; — mettre au jour un enfant ; — il avait pour principe qu'un jeune homme doit évitor avec soin de faire ce qu'on nomme une folie (b. const.. Ad., ch. 2).
Les compléments divers, les attributs sont entrés en composition comme les objets.
Renouvellement des verbes et des locutions verbales. — Comme pour les noms, le renouvellement se fait, même sans qu'il y ait usure des mots existants, pour satisfaire au' besoin ou aux fantaisies de l'esprit, qui aperçoit de nouveaux aspects des actions, de nouveaux rapports entre elles, ou qui cesse de comprendre les anciens.
Un verbe comme s*enivrer entre en concurrence avec vingt autres verbes ou expressions, exactement comme le nom d'eau-de-vie, dont nous avons parlé. L'imagination populaire fournit sans cesse. Se sauver, dormir, manger sont dans le même cas.
Ici comme là, le rôle de l'image est immense, on la rencontre partout : talonner l'ennemi (proprement lui marcher sur les talons) ; liquider une aventure ; étoffer un raisonnement ; culotter une pipe ; dégommer un préfet ; saboter un travail ; gober quelqu'un, etc.