CHAPITRE V LOCUTIONS VERBALES
Leur fréquence. — Nous avons signalé, plusieurs fois déjà, l'existence de « locutions verbales » . Elles augmentent singulièrement le nombre des verbes. Il faut reconnaître une locution verbale dans tout groupe de mots réun s par le sens et qui équivaut à un verbe simple : avoir faim, battre monnaie y prendre froid, tenir compte, porter plainte, tirer vengeance.
Quoique nous en ayons perdu qui étaient encore très courantes en langue classique : acquérir créance, avoir appui, faire harangue, donner commencement, faire voijage, il nous en reste beaucoup : avoir honte, porter fruit, porter plainte, porter préjudice, payer tribut ; avoir congé, avoir chaud; donner cours, passage ; faire diligence, litière, honte ; prêter appui ; prendre garde^ part, froid ; tenir lieu, tête.
Il est fort difficile parfois de savoir si on a affaire à une locution verbale. Dans : Elle a donné l'ordre de nous suivre au pas, on peut considérer donner Vordre comme l'équivalent de commander ; mais cette analyse ne s'impose pas absolument.
Signes auxquels on reconnaît une locution verbale. — Aujourd'hui, on reconnaît ordinairement qu'un groupe de mots forme une locution verbale quand le nom qui y entre n'est pas précédé de l'article. En effet, à partir du XVI® s., où l'article est devenu nécessaire, la locution rendre justice est devenue distincte de l'expression ordinaire : rendre la justice. On dit ainsi : baisser pavillon devant quelqu'un, demander grâce, ce sont des locutions. Si on a affaire à des expressions ordinaires, l'article ou quelque mot équivalent reparaît : amener son pavillon ; demander la grâce du condamné, ne faire attcun doute.
Cependant on ne peut se fier à ce critérium.
10 L'article existe en effet dans certaines locutions : avoir l'air d*être indifférent : — prendre le temps de réfléchir ; — faire la guerre à V Allemagne,
20 Même là où l'article n'existe pas normalement, comme dans : faire cas, avoir confiance, il réapparaît souvent, dès que l'idée devient négative : ne pas faire de cas d'un avis. De même dans des exclamations : combien vous avez de confiance en vous !
30 Les locutions, quand il y a une détermination qui suit, tendent à reprendre l'article : j'ai eu tort devient j'ai eu le tort de refuser. Certains