‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 123 sur 586 · CHAPITRE VII REPRÉSENTATION DE L'ACTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII REPRÉSENTATION DE L'ACTION

Le verbe substitut faire. — Dés les origines de la langue, on trouve, surtout dans des comparaisons, le verbe convenable remplacé par un vcrl^e de remplacement à tous usages, qui est le verbe de sens général fciirc : Plus aimet il traïsun... Qu'il ne fesist iresiut l'or de Galice {RoL, 1636) ; — Midz en valt l'ors que ne funt cinc cenz livres {Ib., 516),

Au XV I« s., l'usage de faire était encore très étendu : ces reisircs ne craignent gens tant qu'ils font les Turcz (brantôme, Gr, Cap., v, 120).

Au XVII® s., le verbe faire est aussi extrêmement fréquent. On le trouve comme substitut d'un verbe objectif : fe te traiterois comme j'ai fait mon frère (corn., Hor,, 604) ; — J*aime autant son esprit que tu fais son visage (Id., GaL du Pal., 30) ; — Ce qu'ils ont de vivacité et d'esprit leur nuit davantage que ne fait à quelques autres leur sottise (la br., i, 226).

On le trouve aussi avec un personnel, un démonstratif, etc. jouant le rôle d'un complément quelconque : // Ven conte de nuit, comme il me fait de Jour (CORN., Ment,, 1688, var.) ; — Le comte d'Harcourt ne se servit pas mieux de cet avantage qu'il avoit fait de ceux... (la rochef., it, 339). La construction est parfois extrêmement libre : Ce n'est point le sang qui fait épandre le sang ; si quelques-uns le font, cela n'arrive pas bien souvent (malh., II, 314, Ép. de Sén. ; font représente épandre).

Nos auteurs font souvent suivre faire d'un de ;[I1 faut] su/t^re l'exemple qu'ilsles étrangers nous ont donné en étuùï^ïït profondément nos poètes primitifs, comme ils ont fait des leurs (g. de nerv., Boh, Gal.^ 18) ; — Cette nouvelle faveur.,, l'emplit d'une telle foie qu'H baisa l'enveloppe comme il eût fait d'une lettre d'amour (maupass., Bel Am,, 1 46).

Faire a conservé son emploi, mais il est d'un usage plus restreint : en y allant tous les jours, comme tu fais. A mesure que l'esprit de précision a façonné la langue, on l'a interdit dans les phrases passives, ainsi que nous le verrons, et, de façon plus générale, on a enseigné à l'éviter.

Les représentants le, en, y. — Ces neutres servent à représenter un verbe : Sortez, je le veux ; — je jugeai par ses corrections qu'il aimait, comme Navarro me V avait dit, les expressions recherchées et l'obscurité (lesage, Gil- Blas, X, v) ; — // se corrigera? En êtes-vous sûr ?

Représentants de toute la proposition — Il y a des cas où représenter le verbe, c'est en réalité représenter toute l'idée. Ainsi quand on dit : Elle

se meurt, tu le sais, tu en as entendu parler. Mais il se produit ici ce que nous avons constaté avec les représentants de noms. La représentation n'est nullement limitée à un mot. Elle porte à la fois non seulement sur le verbe et son sujet, mais sur le verbe et ses compléments. Stapfer (o. c, 7) se moque de : Épousez une autre femme. — J'en aurai la force et le courage. C'est usuel. // ne faut point juger les gens sur V apparence. Le conseil en est bon {lk font., Fabl., XI, 7) ; — L'hôte lui dit : «< je suis fort ignorant et fe /n'en trouve bien » (VOLT., CMndide, ch. xvii) ; — ils se tiennent tous la main, en foulant les arts sous les pieds. — Oui, fe le sens, dit Stello, pâle et agité, mais quelle en est done la cause impérissable ? (vign., Stella, ch. xxxviii) (1).

De même avec y : Elle tâche à se vaincre et son cœur y succombe ; Et Veffort qu'elle y fait la fette sous la tombe (corn., Théod., 303) ; — L'injuste aura son tour ; il y faut plus de temps (la font., FabL, xi, 5).

Heprésentants conjonctifs qui, ce qui. -— On se sert également des représentants conjonctifs. Toutefois les classiques disaient couramment : quand Henri / V commença à régner, qui fut en 1589, et l'Académie trouvait encore ce tour plus élégant que celui qui consistait à faire précéder qui de ce (Décisions 6). Les exemples sont innombrables : Vous êtes sans doute devenu impatient, qui est une qualité inséparable des poètes (rac, vi, 393, Let.) ; — Le duc d'Anjou avait eu le dessein de se faire roi... à quoi les Turcs ne voulurent point entendre (Id., v, 135, Fragm.) ; — je me suis contentée de boire à longs tra,its, dont je me porte à merveilles (sÉv., Lett., 658).

Cet usage a disparu peu à peu au XVIII^ s. On dit aujourd'hui ce qui. ce dont, chose qui : Il a accepté une réduction de la commande, ce qui, chose qui a surpris tout le monde.

JKeprésentants démonstratifs. — Cela peut aussi représenter l'idée contenue dans une phrase : // s'agenouilla, et cela devant toute l'armée ; — La contemplation de cette femme Vénervait comme l'usage d'un parfum trop fort. Cela descendit dans les profondeurs de son tempérament (flaub., Éduc, I, 119).

Représentants distributifs. — Un était souvent autrefois nominal neutre : Promettre est un, et tenir est un autre. (Cf. c'est tout un). Cet un, accompagné ou non de l'article, pouvait représenter une action : Tu m'as fait égosiller. — Et vous m'avez fait, vous, casser la tête : Tun vaut bien l'autre (mol.. Mal. im., i, 2) ; — // pleura... en condamnant des coupables et dit qu'il donnait Tun d la Nature et l'autre à la Loy (d'abl., Apophi., 316).

Deux et les autres numéraux ont eu la même valeur : c'était une nécessité que le Roi eût des enfans ou qu'il n'en eût pas. Lequel des deux qui pût arriver, V astrologie triomphait (fén., Dial. des Morts, lxxii). Cela est sorti de l'usage.

(1) On peut rapprocher les exemples où le verbe est à rinflnitif ; Rois, qui crotjez gagner par raison les rupriis D'une multilutfe étrangère. Ce n*cst f ornais par là qw. Ton en l'i'en/ à bout ! (la I'Ont., FabL, x, 11).

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