LA NOTION DE SUJET
Les voix. — L'être, la chose, dont on dit l'action, dont on expose l'existence, l'état, la manière d'être, porte le nom de sujet. Mais il faut pour cela que la proposition, le verbe, soient actifs, ou, comme on dit, à la voix active. Par exemple : le sucre fond dans l'eau chaude ; il est soluble aussi dans l'eau froide. Ce sont des phrases actives, où le sucre et il sont sujets; au contraire, dans : le sucre est dissous par Veau, nous sommes à la voix passive, le sucre n'est plus l'auteur de l'action, c'est l'eau qui dissout, le sucre demeure pourtant le sujet de la phrase. Sujet est un mot grammatical, qu'on ne peut pas employer d'une façon générale pour auteur de l'action.
On s'étonnera peut-être de me voir conserver cette catégorie purement grammaticale. A quoi je répondrai que mon but n'est nullement d'abolir l'ancienne méthode, mais d'en créer une. Pour qu'elle soit exacte, il faut qu'elle se soumette rigoureusement aux faits, aux faits grammaticaux comme aux autres. Or le sujet n'est pas une création de l'analyse, c'est une réalité de la parole, réalité vivante que l'analogie a même étendue de proche en proche à des formes qui n'en avaient pas besoin pour l'expression de ridée. Essayer de la remplacer ou de la supprimer serait vain et trompeui. Mais on verra combien, tout en conservant la notion de sujet, il y a lieu de transformer l'exposé qu'il faut en faire.
Nombre et personne dans le sujet. — Les sujets sont du nombre singulier ou du nombre pluriel : l'arrivée d'un régiment^ l'arrivée des régiments; — un régiment a été décimé, deux régiments ont été décimés. Ils sont de la V^, de la 2« ou de la 3« personne : Je viens; — ton départ; — il s'en va.
La notion de personne. — C'est ici le lieu de revenir en y insistant, sur
cette notion de personne, que nous avons déjà rencontrée dans les Génércdités.
La langue française conserve dans certains mots la faculté de marquer les trois personnes ; cela est très net dans les nominaux dits personnels (1), et aussi dans les adjectifs et représentants possessifs. Toutefois la langue a perdu ailleurs cette possibilité de marquer la personne, ainsi dans les démonstratifs. Cette maison-ci n'exprime nullement que la maison désignée ait, comme en latin, à voir quoi que ce soit avec moi, avec toi, ou avec lui. Le nom a également perdu la possibilité d'indiquer par sa seule forme qu'il est le nom de la personne à qui Ton s'adresse. Le français n'a plus de « t as vocatif » (2).
Dans les verbes, au contraire, la notion de personne est très vivante ; elle s'est maintenue intégralement jusqu'à nos jours, comme dans les personnels.
(1) Voir p. 63, Nominaux.
(2) Les traces laissées par cette forme casuelle sont extrêmement rares. Citons les noms des deux puissances auxquelles on adresse des prières : Dame (drmine) et sire (seior •< seniqr).