A. SUJETS DES NOMS
Les noms d'action peuvent n'ôtre pas accompagnés d'un terme désignant Tauteur, ou au contraire en avoir un. Quand on parle du progrès, l'idée de ce qui progresse n'est pas spécifiée. Sont-cc les sciences, les arts, l'humanité ?
Complément subjectif. — Si on complète en ajoutant aux mots Ve progrès un complément, par exemple, des sciences, on désigne ce qui progresse. Ce complément pourrait être appelé subjectif. Cf. la capitulation de Bazaine ; l'arrivée d'un train; la mort de mon beau-frère ; le retour de l'Àlsaee-Lorraine à la France; r accession de tous aux fonctions publiques. (Cf. /ecfon^er d'EUénore devint tout à coup plus imminent, b, const.. Ad., X).
Le complément subjectif est dans un adjectif. — Le complément subjectif peut être remplacé par un adjectif : Le succès ministériel, r arrivée présidentielle, ( = du ministère, du président) ; cf. la situation budgétaire. Cette substitution d'un adjectif au complément précédé de de a donné lieu à des critiques. Elles paraissent impuissantes à empêcher l'extension du tour.
Parmi les adjectifs ainsi employés, se trouvent les possessifs des diverses personnes. Le mot de « possessif » ne convient point du reste, il n'y a ici aucune idée de possession. Les possessifs sont des adjectifs personnels qui introduisent dans ces compléments l'idée de personne : J'y penserai dès mon arrivée ; j'attends son retour.
B. SUJETS DES infinitifs
Quand l'actio i est exprimée dans un infinitif, malgré Tanalogie enlre infinitif et nom, le sujet ne doit pas être recherché là où il serait avec un nom, il n'est pas dans un nom en dépendance. Plusieurs cas se présentent :
10 L'infinitif n'a point de sujet propre. — Le sujet de l'infinitif est un terme contenu dans la phrase.
a) C'est le sujet du verbe principal : Je voudrais Ôtre mauvais prophète; — -
Je rentre pour prévenir mon père ; — le témoin a juré de dire la vérité ; — puisses'ivi réussir ! — elle est laide à faire peur (1).
P) C'est Tobjct premier ou secondaire du verbe principal : On nous défend de sortir ; — je lui ai donné deux heures pour me répondre ; — au XV 11^ s., on condamnait une tragédie pour avoir manqué aux règles des trois unités, 20 L'infinitif a un sujet propre. — a) Le sujet n*est pas exprimé. C'est alors un sujet général, et l'infinitif a le même sens qu'aurait un verbe précédé de on : il faut toujours se méfier des sots équivaut à : il faut toujours qu'on se méfie des sots, ^
Ce cas est extrêmement commun, quel que soit le rôle joué par l'infinitif dans la phrase : souffier n'est pas jouer (quand on souffle, ce n'est pas comme si on jouait) ; — se présenter ne veut pas dire être élu ; — à dire vrai, ce tableau ne vaut pas cher ; — voilà un conseil à suivre ; — cette poire est bonne à manger. Nous verrons plus loin toutes sortes d'infinitifs ainsi construits derrière des adjectifs et des noms et dépourvus de sujet : triste à pleurer, eau à boire.
Quand le verbe est réfléchi ou réciproque, si l'idée est générale, le pronom est le réfléchi de la 3® personne. J*ai été pris d'une tristesse à se faire sauter (a cervelle. Un personnel apparaît quand l'idée est appliquée particulièrement à un être : à me faire sauter la cervel'e.
Il arrive souvent qu'on rapporte ainsi une idée générale à un cas particulier. Si, par exemple, on s'écrie en apprenant la misère d'un ami : Avoir tant travaillé et en être réduit là ! il est certain qu'on lui fait application d'une idée générale. Il n'y a pas de sujet exprimé, mais il y en a un par allusion.
Quand l'infinitif précédé de de est complément d'objet d'un nom, le sens peut être général, ainsi : le désir de paraître pousse à toutes sortes de sottises. Au contraire, si le désir est attribué à une personne en particulier, l'idée exprinii'e par l'infinitif si» rapporte également à cette personne : son désir de paraître lui a fait faire des dépenses excessives. De sorte que pour attri])uer l'action exprimée par l'infinitif à un sujet différent de la personne qui éprouve le désir, on a recours à une périphrase faite avec le verbe voir : le désir de voir réussir son fils. Cf. la crainte de la voir se compromettre. On arrive ainsi à l'équivalent de véritables propositions compléments d'objet qu'on peut d'ailleurs employer : le désir que son fils réussit» la crainte qu'elle se compromît.
Des observations analogues trouvent place quand l'infinitif dépend d'un adjectif : une Jemme désireuse de plaire est une femme qui désire plaire en personne. Pour attribuer l'action à un autre sujet on se servira de voir. Cf. une femme désireuse dp voir sa fille .se marier.
P) Le sujet est exprimé. — En ce cas il faut considérer si l'infinitif est dépen-
(1) S.'iils les diHlectc:> de l'Kst et Nord emploient un infinitif avec un sujet, quand c'est la mrine p.MSonne qui fait l'action du verbe principal e icelle de l'infinitif : Je n*ai plus rien ptnir mol vivre. r,e tour est déjft dans .Folnvllle.
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dant ou non. Il est dépendanl dans la proposition dite « inlinitive »> : Tu regardais aussi la Maiibran mourir. Il est indépendant dans : Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes^ Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes (la font., Fab., ii, 14).
Nous verrons, chacun à leur place, ces différents tours. Nous ne si . i\lerons ici particulièrement que ces sortes de propositions qui expriment un sentiment d'indignation, de surprise, telles que : Lui, mourir ! — Elle, prendre la place d'une mère que fai tant aimée, jamais ! — Gaston épouser Fernande ! après tout ce ne serait pas si mal ! Il faut observer que souvent il y a une pause entre le sujet de l'infinitif et cet infinitif. Le sujet est comme détaché. Il n'y a pas lieu cependant d'en faire une règle, ainsi que le montre le dernier exemple.
On remarquera les phrases telles que la suivante : Son mari va me l'emporter, pour courir tous deux la fortune au pngs de Slangij ! (îikjiv.. Cours, fl.. IV, 8V
L'inAnitif est présenté par un présentatif. — 11 se peut qu'il n'y ait point de sujet : Voilà parler. Mais .souvent Tinfinitif est accompagné de son sujet. Le^ écrivains du XVI«= s, et les classiques ont employé les noms et les personnels en pareil cas, ce qui s'explique peut-être par le fait que voici et voilà n'étaient pas encore devenus tout à fait des mots indécomposables et abstraits : Voicij le Dieu venir (du bkll., i, 397) ; - Voicg derechef les friandes Harpies Tourner dessus la table (rons., iv, 174).
En langue moderne, il s'est formé des locutions où l'infinitif suit immédiatement le présentatif. Le sujet vient derrière, si c'est un nom : Voici venir le four ; — Mais les voici venir (mol., /?/., 2023). C'est un tour peu développé: Et voici resplendir V aurore du retour (lec. ' r l., Po. /r.. 177, Eryn.).