DU CRI A LA PHRASE
GENERALITES
CHAPITRE PREMIER (r)";.' LES CRIS. — LES MOTS. — LES RAPPORTS ENTRE LE'S, yOT$
Gris et mots. — L'homme s'exprime souvent, comme les animaux, par des cris, réflexes ou non, qui traduisent surtout ses sensations et ses sentiments. Les uns sont de vrais cris : Bah I Pst ! Hop ! les autres sont des mots : Halte ! Il arrive du reste bien souvent que les mots ainsi employés, à force d*usure, sont passés à l'état de cris. A ie n'a rien gardé de son ancienne valeur de subjonctif (aïiïe : aidez-moi, à Vaide /), c'est une simple exclamation de douleur ; dame n'est plus l'invocation : Seigneur !
Toute idée, simple ou complexe, se traduit par des sons, des groupes de sons, et des bruits, qui forment des mots, signes des idées : encrier, vivre, demain (2).
La division en mots. Réalités et apparences. — Assurément, un mot est un élément irréductible, puisqu'on peut en général le retrouver identique à lui-même dans diverses combinaisons, ainsi bec ou mont. Personne ne songe pourtant à analyser bec-de-cane, ou moni-de-piéié ; de même pour parce que ou vis-à-vis.
On a depuis longtemps reconnu là des mots composés. On admet des locutions prépositives, conjonctives, adverbiales, etc. Il faut généraliser cette notion : avoir lieu est un composé comme pied-à-terre ; il a un sens unique, celui cV arriver, se produire. De même pour les locutions verbales devoir compte, être en peine, faire Vefjet, etc.. et pour les locutions adjectives : bon marché, hors cadre, comme il faut.
Un seul exemple, celui du mot prendre. Dans une foule de phrases telles que : fai pris un bain, voulez-vous prendre ma main ? je vais prendre le train, prends tes précautions, aucun doute, prendre est un élément que l'analyse peut et doit isoler. ^
Cela est déjà moins net lorsqu'il s'agit d'expressions, où une image est intervenue pour changer le sens général, telles que : prendre le mors aux
(1) Nous ne donnons ici, comme l'indique le tilre, qu'une introducUon générale. La plupart des faits qui y sont indiqués seront étudiés en délail ultérieurement.
(2> De la constituUon matérielle des mots, des son?, et en général de la partie phonétique du langage, si essenUelle et si mal connue, nous ne dirons rien ; il y a un bon livre, auquel il suffira de se reporter : Grammont, Traité pratique de prononciation française, Paris, Delagravc.
4 • GÉNÉRALITÉS
dents ; prendre le taureau par les cornes ; prendre la poudre d'escampette ; prendre barre sur quelqu'un.
Il devient tout à fait faux et contraire à une analyse véritable de considérer à part le verbe prendre, quajidil e^'tre dai^ des locutions qu'on a raison d'appeler toutes faites, aUeiidu^ quelle sijét pa^la'nt* n'en assemble pas lui-même les éléments, jTfâis. c^Ml les trouve tout agglutinées par un long et lent travail qui lejs •â^jc'o/Àposées pour donner à l'ensemble un sens unique.
Ces locutions pê\i>lieht être subjectives : la mèche a pris feu ; l'ébauche prend toarnii^ ; voilà notre malade qui a pris bonne mine ; vos épreuves pTeiOxàvfhiiBntôt fin (1).
VCei'tkines reçoivent au contraire un complément d'objet : prenez garde :w chien ; le 87« a pris part à l'action ; j'ai pris goût à la botanique.
Elles reçoivent aussi des compléments de lieu : les ë/us prendront place à la droite du Père ; (7 prendra rang après le sous-lieutenant.
DE BUT, DR FINALITÉ : j'ai pris datc, rendcz-vous pour la signature.
detkqpos : {/ ne peut prendre son jiarti du mariage de sa lille (2).
d'origine : i7 prend texte de cette plirase pour mener campagne ; nos adversaires prennent avantage de chacune de nos fautes.
DE RELATION, d'agcompagnement : l'avant-çarde a pris contact avec rennemi.
Enfin des compléments qui ne sont pas susceptibles de classification : prendre plaisir à l'étude.
Sur le principe, il ne peut y avoir contestation, mais les applications doivent être surveillées, car aucune liste ne saurait être dressée : des composés de ce genre sont perpétuellement en formation, leur extension s'accroît ou décroît sans cesse; j'entends qu'ils circulent d'un milieu à un autre, et aussi d'une contrée à une autre, gagnent en diffusion ou au contraire se restreignent. De sorte qu'il serait souvent téméraire d'afHrmer qu'ils sont parvenus à l'état de complète réalisation. Par exemple, prendre la mer qui, pour un marin, est à peu près l'équivalent de p^or/ir sera analysé par un terrien (Cf. prendre terre). Prendre le volant exprime aujourd'hui l'acte de celui qui conduit une voiture automobile ; il se peut que demain, étendu de proche en proche par la vulgarisation de l'automobile, il ait pour tous le sens de conduire^ comme jadis tenir les rênes, le gouvernail.
En outre, il y a lieu de se souvenir qu'on tie parle et qu'on n*écrit pas par mots isolés, simples ou' composés, mais par groupes de mots, qui entrent en combinaison suivant les besoins de l'idée. Séparer les mots est parfois nécessaire pour les étudier, mais l'objet essentiel est d'observer comment ils se réunissent. Au feu présente deux mots, que l'on peut sans doute considérer à part l'un de l'autre, mais dont la réunion constitue un appel qui, comme signe, est indivisible.
(r Cf. : prendre parti, torps, forme, chaud, froid, couragei peur. {2} Cf. : prendre ombrage, souci.