‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 140 sur 586 · A QUOI ON RECONNAIT LE SUJET EN FRANÇAIS MODERNE · texte numérisé non relu

A QUOI ON RECONNAIT LE SUJET EN FRANÇAIS MODERNE

(rab., Garg,, ch. 30 ; h. l.., ii, 480). — Malgré des milliers d'exemples, que rimitation du latin multipliait, Tordre moderne s'imposait de plus en plus : Et ne faut pas faire comme Aristote escrit (amyot, Œuv. mor,, 60, v^ F.) ; — Voilà comment la ville de Cames fut délivrée (Id., Ib., 243, vo G.) ; — Et & la fin, l'héritage demoura,,, à sa fille Rolandine (mx^g, de nav., Heptam., 365).

Au XVII® s., le dernier pas vers la fixité fut fait. L'ordre dit « logique » devint obligatoire. Les grammairiens le préconisent comme répondant à Tordre même de la pensée. Bien loin de se plaindre de la rigidité de cette forme directe, ils en tirent vanité. Meigret l'avait déjà fait en 1550. Le Laboureur, puis tous les logiciens du XVIII® s., reprirent la thèse.

On peut donc considérer que, dans le français de l'époque classique, le sujet se présente normalement à la même place que dans la langue moderne ; le personnel sujet est devenu comme une préflexion de conjugaison, qui ne se met après le verbe que dans des cas déterminés et qui ne s'en éloigne jamais. Le sujet nominal a sa place normale en tête de la phrase.

Restes des anciens usages. — Il ne reste, en dehors de la poésie, que peu de cas où le verbe se présente en tête de la proposition. Cela se produit encore :

a) avec quelques verbes subjectifs, comme rester, suivre, survenir, entrer, venir : Survint le gros hiver de 1879; — Puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poil de lapin ; venait ensuite une façon de sac d'où pendait... un petit croisillon de fils d'or (flaub., Bov., 2). Cette inversion n'a lieu qu'au cours d'un récit.

On place aussi d'ordinaire le sujet après le verbe quand Ja phrase commence :

b) par certains attributs : tel était le cas.

c) par certains adverbes : Aussi /au/-il accepter; Encore en est-ïl bien dcuis le siècle où nous sommes.

d) par un complément circonstanciel : A eette raison s'ajoute le mépris ridicule qu'ils affectent pour les peuples chrétiens (volt., Charl. XII, i).

Toutefois, il y a une tendance très marquée à se rapprocher, même dans ces phrases, de Tordre moderne : Aussi, Je lui ai dit de revenir. Racine déjà met toujours le sujet avant le verbe, lorsque la phrase commence par peut-être : Peut-être convaincu de votre aversion, U va donner un chef à la sédition {Phèd., 355).

Aujourd'hui même, dans les rares constructions où Tarrière-posilion du sujet peut encore avoir lieu, elle n'est pas obligatoire : Certes, il est bon et pur, monseigneur, et peut-être on le verra bientôt (v. h.. Hem., m, 1).

L'inversion du sujet n'est de règle que dans une proposition intercalée dans un texte : Je pense, dit le prince, que je voudrais lui ressembler (vg-lt., Charl, XII, i). Encore dans la langue populaire a-t-on peine à se plier à cet usage ; on y substitue les formes vulgaires : Je pense, que lui dit le

prince, que le prince lui dit. Nous verrons que là est une des raisons profondes qui font disparaître peu à peu l'ancienne inversion interrogative, et qui font qu'à vient- il ? se substitue : Est-ce qu'il vient ?

Elle est fréquente dans les conjonctives : Vhistoire que raconte votre frère.

On trouve ailleurs l'inversion, par effet de style : tout à coup s'élança d'une ruelle un grand jeune homme pâle (Flaub., Éduc, ii, 76).

SÉPAnATioN DES SUJETS. — Au licu d'exprimer avant le verbe tous ses sujets, on affecte parfois de n'en exprimer qu'un et de reprendre les autres après le verbe : son instinct Ven assurait, et le nombre des bêtes furtives qui suivaient la rouie des aurochs (rosny, G. du feu, 16). C'est un archaïsme (1).

(1 ) M. des Aulnays tâcha de radoucir, le cousin Joseph, le préceptenr, Forehambeanx Ivi-mâme (FLAUji., Édac, I, 31)0).

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