CHAPITRE X RAPPORTS DU VERBE ET DU SUJET. LES FORMES VERBALES
Les formes nuxnérales et personnelles du verbe. — Les formes verbales constituent des groupes qui varient suivant leur valeur temporelle et modale. Mais en outre, théoriquement, chacun de ces groupes renferme deux séries de formes, les unes du singulier, les autres du pluriel. Chaque série a trois formes, correspondant à la première, à la seconde, à la troisième personne. Ex. :
Présent de r indicatif,
^ Je suis j i Nous sommes j
SiNG. Tu es \ brave Plur. | Vous êtes [ braves
f II est ) ( ns sont )
L'ensemble de ces variations en personnes, en nombre, en mode, en temps, forme la conjugaison.
Les diverses conjugaisons. — Le système de variation des formes n'est pas identique pour tous les verbes. Il y a plusieurs « conjugaisons » . Nous avons vu au chapitre de la formation des verbes que, à peu près seule aujourd'hui, la première dont Tinflnitif est en er{é) est en possession de former des verbes simples : radiographier, phagocyter, cinématographier. Elle est seule vraiment vivante.
La seconde est celle des verbes qui présentent partout, ou à peu près partout, une syllabe caractéristique is. On l'appelle souvent inchoative, parce qu'elle provient de verbes où, en latin, cette syllabe isc signifiait l'entrée dans l'action: gem-o, gem- isc-o, fr. gémis. C'est un abus de l'étymologie ; ces mots n'ont jamais eu en français le sens inchoatif.
Les autres conjugaisons : je rends, j'aperçois, je revêts, comprennent fort peu de verbes, mais des verbes très usuels. Aucun verbe nouvellement formé ne s'y conforme. Elles sont mortes comme types (1).
Caiangements analogiques. — Les conjugaisons sont perpétuellement troublées par l'analogie. D'abord les formes des conjugaisons vivantes tendent à s'appliquer à des verbes de l'autre. C'est ainsi que la II« conjugaison (obéir) tend à s'appliquer à d'autres verbes. Vêtir tend à une forme vêtissait, au lieu de vêtait. Il y a des verbes arrêtés à mi-chemin
(1) Pour ]a série des formes et rimportance faussement attribuép aux distinctions parlMnflnitif, se reporter à la Méthode de langue fr. Bnmot-Bony, 3« livre.
comme cueillir, qui est à la fois de la I'« : je cueille (présent) et de la III« : Je cueillis (passé). Des changements très importants avaient eu lieu, avant la naissance du français ; des temps et des modes avaient disparu, d'autres étaient nés. Mais en somme les conjugaisons- continuaient d'exister. Elles existent encore. Ce qui les conserve, c'est le besoin de distinctions qui n'ont pas disparu et qu'il faut faire : toi manger est du petit nègre. Il faut, pour ces distinctions, ou des formes reconnaissables : nous mangeons, vous mangez, ou des mots auxiliaires. La force destructrice, c'est en premier lieu l'usure phonétique : s final venant à disparaître, les flexions en s perdent leur valeur : aimes et aime sont semblables, malgré l'apparence orthographique. D'un temps à l'autre, d'un mode à l'autre, l'attraction assimile les formes, nous le verrons en parlant des temps et des modes. Ce qu'il importe de marquer ici, c'est que, dans l'intérieur d'un même temps ou mode, une influence semblable s'exerce. Une voyelle, par exemple, apparaît comme une sorte de caractéristique commune. Les formes qui en présentent une autre s'assimilent. C'est ainsi qu'au XV I« s. aimasse, aimassent, etc. entraînent la disparition d'aimissions, aimissiez. Les temps ou les modes forment des séries qui tendent à l'uniformité interne.
Les variations de radical. — Les alternances de radical ne sont ni des distinctions personnelles ni des distinctions temporelles. Tel temps, comme l'imparfait, a le même radical à toutes les personnes. En outre, certains verbes n'ont aucune variation de radical. Elles n'en sont pas moins à mentionner ici, car dans beaucoup de verbes, elles jouent un grand rôle. Sans expliquer l'origine lointaine de ces variations, disons seulement qu^à l'époque de la décadence, aux personnes où le radical portait un accent tonique et où la voyelle n'était pas obligée de porter V articulation de plusieurs consonnes voisines, la voyelle s'est allongée, puis elle s'est modulée et enfin diphtonguée. Le changement était fait à l'époque française. Quand le radical était atone, la voyelle ne s'était pas diphtonguée : ue-ons. Là où la voyelle du radical était « entravée » (c'est-à-dire suivie de deux consonnes dont la seconde n'était pas r), elle ne se modula pas ; dans ce cas, le radical resta immobile : chant-es, chani-ez.
Voici quelques types de radicaux variables de l'a. f, :
je W,
nous lavoTis.
j'ai/n,
nous amor.s.
je /!>/,
nous IcDons.
il vient,
I ous ocrons.
il peiset.
nous pesons.
il muerU
nous moror.s.
Il y a eu des radicaux plus éloignés l'un de l'autre, tel je manju, nous mangeons ; je desfun. nous disnons. Beaucoup de verbes avaient, non pas deux, mais trois radicaux : vien, venons, vint (h. l., ï, 198 ; ii, 345).
Souvent le « radical » — la partie invariable du verbe — est en réalité