RAPPORTS DU VERBE ET DU SUJET. LES FORMES VERBALES
réduit à une consonne, comme on le voit dans : sai^ sache, sus, qui n'ont de commun que s initial. Donc prendre garde aux définitions.
Dès le début, l'analogie tendit à réduire ces différences. Mais les alternances de radical n'ont pas disparu, tant s'en faut. Ce sont elles qu'on retrouve dans : je lève, nous levons ; je sème, nous semons ; je m'assieds, nous nous asseyons ; je meurs, nous mourons, etc. Il importe de ne pas les confondre dans l'enseignement avec les simples variantes orthographiques, telles que : jette, complète, et de les enseigner dans leur vérité. Ce sont elles qui expliquent la formation de certains temps, comme le futur : je sèmerai (je sème), j'appellerai (j'appelle).
Décadence des formes personnelles du verbe. — Les flexions destinées à marquer la personne dans le verbe étaient beaucoup plus nettes et aussi plus variées en a. f. que dans la langue actuelle. En même temps que l'action phonétique, l'action de l'analogie s'est exercée sur elles pour les user et les confondre : telle désinence qui n'existait qu'à une personne, s'est introduite à d'autres personnes, qui ne l'avaient pas. D'autres distinctions nécessaires ont disparu, de sorte que le système est devenu confus et pauvre, surtout à certains temps.
Restes des flexions. Présent de l'Indicatif. — Singulier. 1^^ Personne. — La flexion de la 1^« personne, au singulier, varie avec les verbes. Elle est dans récriture : e (sourd, quelquefois tout à fait muet) pour ceux du type aimer : j'aime» (j'èm). Elle est : s pour les autres types : je subis (je subi), je pars, je reçois, je prends.
La flexion e. — L'a. f. ne connaissait pas c. Il disait : je chant, Yaim) ce qui distinguait nettement la 1'® personne des suivantes. L'évolution phonétique entraînait même parfois des différences plus grandes encore : je lietf il lieYe^ selon que la labiale sonore devenue finale s'assourdissait, ou. devant voyelle, restait sonore. C'est vers le XIII« s. que — par analogie avec les verbes où e sourd s'ajoutait au radical comme voyelle d'appui {en/re) — cet e s'est étendu à la plupart des autres ; l'on a dit j'otroie ; /> liève. Toutefois les formes régulières se trouvent jusqu'au XVI» s. : je supply, je pri (h. l., ii, 331). L'extension de cet e a été à la fois un avantage et un grave inconvénient pour la langue française. Là où il avait une valeur, même réduite, il a contribué à donner de l'harmonie ; il a empêché aussi les sonores de passer aux sourdes, comme elles l'auraient fait si elles avaient été finales ; il a fourni des rimes verbales aux noms et adjectifs féminins. Il a en revanche causé d'extrêmes embarras, un mot comme : je prie ne pouvant entrer dans un vers qu'à condition d'élider e sur une voyelle initiale : i7 prie avec ferveur.
La flexion s. — Elle n'existait pas en a. f. : je sui, je voi. Peut-être fautil voir dans son extension une action analogique des verbes qui avaient s
étymologique (je puis). Quoi qu'il en soit, s s'introduit dès le XII« s., devient fréquent au XIV® s. Les formes sans s ne sont pas encore complètement disparues au XVI®, et, à vrai dire, embarrassent beaucoup les théoriciens de cette époque, qui ne savent trop que prescrire à leur égard (ii. l., ïi, 3^), Tamuissement partiel de s permettant de discuter à perte de vue sans heurter l'usage. Au XVIle s., tous les verbes prirent peu à peu Vs (écrite) jusqfo'à ce que l'Académie l'imposât.
2 me PERSONNE. — La llcxion est s. Mais ce s est peu à peu devenu, lui aussi, une s purement orthographique. Il semble que dés le XVII* s., il ne s'entendît plus jamais devant une consonne (h. l., m, 318). A la pause, il n'est plus d'usage non plus de le faire sentir. Devant une. voyelle, s n'a plus de valeur phonétique. Mais, en f. m., l'habitude des liaisons a partiellement rétabli le z : tu viens ici (tu vienz-isi).
3 me PERSONNE. — La flcxion était primitivement un /. Chantet^ aimet sont les types primitifs, phonétiquement réguliers. Mais, dans les verbes comme aimer, le t tomba dès la fin du XI* s. En sorte qu'à la fin du Moyen Age, il n'y eut plus de différence entre la l'« et la 3® personne : f'aime, il aime.
Pluriel. La flexion ont. — A la 3« personne, la finale est ent. Elle n'était pas viable sous cette forme. Ou bien il fallait que l'accent se déplaçât sur cette syllabe, ou bien nt devait disparaître. Le déplacement de l'accent s'est produit dans certains dialectes régionaux ; en Berry, par exemple, les paysans prononcent toujours : i yeu disont (ils leur disent), la prononciation de la finale pouvant être d'ailleurs, selon les villages, on, in, ou an. En dehors des dialectes, Vn disparut d'abord, et de bonne heure le groupe enl se réduisit à et. Au XVI® s. le /, à son tour, ne s'entendit plus devant une consonne; à partir du XVII« s., il fut muet devant une voyelle. De nos jours, on ne fait plus sonner le / que dans le cas de liaison : arrive{n)lils ? Ainsi la chute de n et de / a fait ressembler, quant à ia prononciation, la 3^ personne du pluriel aux trois personnes du singulier, dans les verbes en e. A ces quatre personnes, les flexions sont réellement à peu près mortes pour la langue parlée. Au contraire, les flexions de la l*^*^ et de la 2« personnes du pluriel sont restées vivantes.
lr« PERSONNE. — Ici la désinence est ons. Dès l'a. f., cette désinence était à peu près seule en usage. Il n'y a d'exception que pour le verbe être, où, d'assez bonne heure, l'usage a décidé en faveur de ornes, à l'exclusion de ons (nous sommes, au lieu de : nous sons). Cette désinence ons ne représente aucune des désinences qu'eût justifiées l'évolution phonétique régulière (ains, eins, ins). Elle a fini par remplacer même la désinence mes, qui ne vécut pas (f aimes, dimes ; h. l., i, 200).