‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 149 sur 586 · B. ACCORD AVEC PLUSIEURS SUJETS · texte numérisé non relu

B. ACCORD AVEC PLUSIEURS SUJETS

La règle générale. — Le verbe peut avoir plusieurs sujets. La tradition était de ne faire l'accord qu'avec le plus rapproché (ii. l., i, 222). Les théoriciens du XVII® s. se montraient encore hésitants. Vaugelas avait l'instinct qu'il fallait considérer le sens des noms sujets, et que, quand ils étaient unis par et, si le second ne faisait que doubler en quelque sorte le premier, dont il était a synonyme ou approchant » , l'idée était une. Il fallait donc garder le singulier : Sa clémence et sa douceur était incomparable (h. l., m, 527). L'Académie ne partagea pas l'avis du maître. Elle formula ainsi son opinion : v( On a jugé non seulement que deux synonimes les plus parfaits qu'on pourroit trouver régissent le verbe au pluriel, mais que ce seroit pécher contre le génie de nostre langue que de leur faire gouverner un singulier. « (vAucr., i, 351).

La question resta en suspens, et l'on continua à discuter s'il convenait d'additionner ou non les sujets singuliers. Le sens des conjonctions servant à l'union des sujets importait avant tout. Ou, par exemple, ne marquait pas une réunion aussi forte que et. Les controverses portèrent donc sur la signification à donner aux conjonctions de coordination, et le débat se poursuivit tant que dura l'école des logiciens.

Particularités dans l'accord en nombre. — A. Sujets unis par et. — Dans les cas ordinaires, point de doute ; les sujets s'additionnent : le frère aîné et la sœur sont là. On a même professé que cette règle ne comporte pas d'exception, c'est une erreur.

La théorie la mieux fondée en raison paraît être celle de Domergue, très judicieuse et très tolérante, d'après laquelle, lorsque, dans plusieurs noms, l'esprit ne considère que le dernier, soit parce que le dernier explique ceux qui précèdent, soit parce qu'il est plus énergique, soit parce qu'il est d'un

(1) I/arrêtô de 1901 considère que la question d'accord dans ce e^s est une délicatesse de langage qu'on n'essaiera pas d'introduire dans les examens. (Voir des exemples et une discussion serrée dans tcbler, MéL, 300).

ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET

tel intérêt qu'il fait oublier les autres, les mots correspondants (verbe» attribut, adjectif, pronom) s'accordent avec le dernier nom. Dans cette transgression de la règle des grammairiens, je vois, dit-il, un véritable respect pour les principes de la grammaire (Gram.y 128). Domergue n'admet du reste guère que l'on puisse employer et, lorsqu'il n'y a pas addition des sujets.

Malheureusement les textes ne renseignent pas toujours sûrement ; ils ne pourraient faire foi que s'ils n'avaient pas été corrigés par les protes. Voici des exemples qui ont précédé l'établissement de la règle et qui sont très caractéristiques : Béréniee et son fils fut tuée par Séleucus Gallinicus (pascal, Pens,, éd. Molin., i, 220). Le personnage important est Bérénice, l'accord a lieu avec ce seul sujet. — Dieu et les apôtres... a mis dans r Écriture et les prières de VÉglise des mots et des sentences contraires (Id., Ib,, i, 196). L'idée de Dieu l'emporte sur celle de ses serviteurs ; — le blanc et le rouge les rend affreuses (la br.. Car,, des Fem., 6). L'idée est une idée globale, le fard (1). On cite d'autres phrases, du XYIII® s. : La doUCeur et la mollesse de la langue italienne s'est insinuée dans le génie des auteurs italiens (volt., Des diff. goûts des peuples) ; — Souvent la véhémence et la triste sévérité de son discours protégera la vertu opprimée et fera trembler le vice triomphant (d'aguesseau, Disc, sur l'union de la philos, et de Véloq.).

L'un et l'autre. — Quand deux sujets sont représentés par Vun et l'autre, il semble que l'idée de pluralité s'impose dans le sujet et que par conséquent le verbe doive se mettre au pluriel. Sous l'influence de la syntaxe latine, quelques grammairiens admettaient le singulier ; mais la plupart exigent que le verbe soit au pluriel. Quant aux écrivains, leur doctrine n'est pas fixe : les classiques hésitent entre les deux usages, et l'on en trouve qui les suivent tour ù tour : L'un et l'autre rival, s' arrêtant au passage. Se mesure des yeux, s'observe, s'envisage (boil.. Lutrin, v, 113) ; — L'un et l'autre, r) mon sens, ont le cerveau brûlé (Id., Sat., iv, 72). Même au XIX^ s., on trouve encore des verbes» au singulier. Aubertin (o. c, 246) cite : leurs yeux se rencontrèrent dans la glace ; l'un et l'autre fut embarrassé (mérimée). Mais la règle actuelle exige le pluriel : l'un et l'autre sont également protégés par nos lois (dufaure, Pour Vév. d'Orléans, 1800, ib.).

B. Sujets unis par avec. — Avec peut joindre au sujet un autre sujet de même importance, ou bien il peut introduire un accessoire du sujet. Dans le premier cas, le verbe se met au pluriel : Le singe avec le léopard Gagnaient de l'argent à la foire (la font., Fab., ix, 3) ; — Le Comte Piper, avec quelques officiers... étaient sortis de ce camp (volt., Charl. XII, 1. iv).

Dans le second cas, il s'accorde avec le premier mot qui seul est sujet :

(1) Dans les vers, on laissait souvent le verbe au singulier: On dit que ton front /aune et ton teint sans couleur Perdit en ce moment son antique pâleur (boil.. Lutrin, i, 231).

LE SUJET, LA PLHHîiSSB

mon père» uvec ses deux domeatifines est arrivé ce malin ; — c'est Phalante, avec ses LacédéinonieflS^ qui a /onde ce mtunrmi roiinume (fénî:i,on, TcL, IX. lin).

Il en est de même quand les sujels îiont réunis par comme, ainssi que, Y a-t-il tiuison, le verbe se met au pluriel. Les Iheoneiens donnent des exemples : Votre père en mouranL ainsi que votre mère» Vous laissèreot de hien une somme légère ; — dans la Grèee. Bacchus ainsi qu'Hercule étaient adorés afmînr de^ demi-dieux\

Mais s'il y a une idée de comparaison, le verbe se met au singulier. On cite : le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier, A loui l'or du Pérou préfère un beau laurier : - ]*élépiiânt, comme !e castor, aime la soviétv de ses semldabics. 1/ arrêté <le IVHïl tolère toujours le verbe au pluriel, et 11 a raison, eiir stir des sujels unis pur r/ on pourrait faire les mêmes dislinetions ♦ la nuit et toutes ses horreurs va descendre en noire lime (r\ BORt'M , PuL, i, 37) ; — mais ce n'est pas /'Église et ses voûtes sublimes^ Ses porches, ses vitraux, ses lueurs, ses abîmes. Sa façade et ses hurs, qui fascine mes tfeux IV. u., Rm/. et OmtK, iv. Reg. jeté ilans une mans.).

C. StîjivTs UNIH PAH mais encore* — L'aceord n'n généralement lieu cpravec le dernier sujet* Donc» s'il est singulier, le verbe reste au siutçulier. Vaugelas du moins avait donné cette règle : non seulement toutes ses richesses et tous ses honneurs^ mais encore toute sa vertu s'évanouit (n. 88). Cepcmlant on trouve souvent le îïlunel, liastin eile : non seulement sa chambre ou sa cellule ^ mais sa table même étaient ion jours bien rangées (cM' n'iiAUss., Lacord., 175, R. M., I"mal 18l*5i.

D, Sujets sos unis par une conjonction. — Quand il y a plusieurs sujets au singulier, qui ne sont pas synonymes, mais expriment des idées distinctes, on met naturellement le verbe an pluriel ; /7 faut du tentps pour s'accoiîlumer a respèce humaine, telle que l'intérêt, l*afîectiûn, la vanité, la peur, nous l'ont faite (n. const.. Ad., cIk u ; - le ton, l'attitude, trahissaient la grande familiarité dans la maison de ia bonne â tmtl faire mai rHribuée (\. daud.» /mm., 7).

^pendant il y a lieu de considérer si le dernier sujet n'attire pas ïnirliculiérement l'attention, soit parce qu'il exprime une idée nouvelle, soit parce qu'il renchérit sur les autres, soit pour toute aulre raismi, juquel cas, on le met en luniiére en ne faisant Taecord qifavec lui seul: J'ai pour aïeul le père et le maître des Dieux ; Le ciel, tout l'univers est plein de mes aïeux (RAC, Phèd., 1275) ; — Louis, son fUs» l'État^ l'Europe rst dans ms mains (VOLT., Poème de Fonlenotj) ; - Une étendue, une ampleur, une rotondité qui sentait ie barreau (s«*-* beuve, IK-IL, ii. olKj : --- sa longue redingote noire, tout son costume sentait A^ pédtiqogue (fi. vi. u., Édue., i, î^9).

Il esi bh n entendu que le siu^'iJier s'impose, si devant le verbe se lrcHi\e un mol tel que louL rien, personne, qui résume en c[iick{ue sorte les divers

ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET

sujets: Remords, crainte, périls, rien ne /n'a retenue (rac, Brit,, 1279) ; — Femmes, moine, vieillards, tout étoit descendu (la font., Fab„ vu, 9) (1).

E. Sujets conjoints ou disjoints par ni. — Ici il y a hésitation. On distingue une tendance chez les grammairiens à imposer le singulier, quand il ne peut y avoir qu'un des sujets qui fasse l'action : ce ne sera ni M' le Due, ni M' le Comte qui sera nommé ambassadeur; — ni l'un ni l'autre n'est mon père, parce qu'il n'y a qu'un ambassadeur à nommer, qu'il n'y a qu'un père. Mais si les deux sujets font l'action, il faut le pluriel : Ni la douceur ni la force n'y peuvent rien : — Ni le Juif ni le musulman n'ont compris cette délicieuse théologie d'amour (ren., Jés,, ch. v).

L'usage des auteurs ne s'accorde pas toujours avec ces théories, et on rencontre fort souvent le singulier là où la régie réclame le pluriel : Ni mon grenier ni mon armoire Ne se remplit à babiller (la font., Fab., iv, 3) ; — L'on ni l'autre jamais n'ose leocr les yeux (rac, Phèd,, 868) ; — Ni l'une ni l'autre manière n'est élégante (volt., Comment, s. Hor,, ii, v. 5) (2V

En langue moderne, le pluriel est extrêmement fréquent : Ni le mari ni la femme ne regardaient à V argent (balz., Biroii,, i, 87); — Mais ni la Reine ni l'évdque ne crurent prudent de parler au roi (michel., Rév,, m, 28).

L'arrêté de 1901 tolère les deux syntaxes.

F. Sujets conjoints ou disjoints par OU. — Il est peu de points sur lesquels il y ait moins d'accord entre les grammairiens. La théorie qui se dégage de leurs discussions est que, s'il y a véritablement exclusion de l'un des sujets, l'accord doit se faire avec le dernier seulement : Quel charme ou quel poison en a tari la source ? (rac, Phèd., 190).

Mais si les deux sujets ont pu contribuer à l'action, ou supporte le pluriel : Bailliage, lieu dans lequel le Bailly OU son Lieutenant rendent la justice (académie, Dict., 1694) ; — une suffisante unité philosophique, équivalente à celle que constituèrent passagèrement la théologie OU la métaphysique (comte, Esp. pos., 37) ; — l'exil, ou la prison, ou le couteau mortel. N'épargnent nul de ceux qui montaient ô r autel (la m., Joc, 6 août 1795,. soir).

L'arrêté de 1901 est muet sur ce point.

Accord non grammatical. — Dans certains cas, il ne peut être grammaticalement question de deux sujets. Il y a pourtant plusieurs auteurs de l'action. Il en résulte des pluriels : la noblesse de Rennes et de Vitré l'ont

(1) n peut se faire que le mol tout placé en tête domine toute la suite des sujets et par conséquent entraine le singulier : Tout ce que fai souffert, mes craintes, mes transports, La turear 4e mea feux, l'horreur de met remords. Et d'an refus ernel riniapportable injure N'ételt qu'un foible essai du tourment que f endure (rac, Phèd.. 122(>).

(2) Cf. Dans ce cœur malheureux son image est tracée ; La vertu ni le temps ri'* font point effacée (volt., Œdipe, m, 1).

élu malgré lui (Sév., LetL, mcli) (1) ; — M. Petit, soutenu de M. Belay, Pont premièrement fait saigner quatre fois en trois fours (Ead., Ib.,

DCCXXVI).

L'instinct de la langue va très loin en ce sens : Un jeune montagnard, près d'une Jeune fille, Sur la même racine étaient assis tous deux (lam., Joe., 6 juil. 1793) ; — heureux d'être, joyeux d'aimer, ivres de voir, Dans rombre, au bord d'un lac, vertigineux miroir, Étaient assis, les pieds effleurés par la lame, Le premier homme auprès de la première femme (v. h., Lég., Sacre de la f.) ; — nous allions nous mettre à table devant le grand feu de la haute cheminée, où rôtissaient un rable de lièvre flanqué de deux perdrix qui sentaient bon (maupas., Le Vagabond, 103, Un réveillon).

Inversement il y a deux sujets, en ce sens que le sujet est formé de deux termes, mais l'idée est unique, le singulier prévaut : le naistre et le mourir est presque un mesme poinct (montch., Trag., 87, Escoss.) ; — Cliton n'a jamais eu en toute sa vie que deux affaires, qui est de dîner le matin et de souper le soir (la br., Car., De l'homme, 122).

Dérogations à l'accord sous l'influence de l'inversion. — En a.

f., quand le sujet ou les sujets suivaient le verbe, il arrivait souvent que l'accord ne se faisait point ; le genre, le nombre du sujet étant inconnus au moment où Ton prononce le verbe, rien n'impose encore une variation de forme destinée à le mettre en accord avec le sujet : kar des dames est avenu L'aventure dont li lais fu (mar. de frange, EL, 25). Au XVI® s. : semblable chose que moy a faict Léonard Aretin, Sannasare, Petrarcque, Bembe (dolet« Man. de trad., 4) ; — comme fait le vin et Tamour (mont., m, i ; h. l., ii, 440). Comparez au XVII^ s. : Celui qui règne dans les deux.,, à qui seul appartient la gloire, la majesté et rindépendance (boss., H, de Fr.) ; — la providence des Dieux, de qui dépend toutes choses (rac, vi, 63, Rem. 5. l'Odyss.) ; — quel nouveau trouble excite en mes esprits Le sang du père, 6 ciel, et les larmes du fils (Id., Mithr,, 1645 ; h. l., m, 535).

Des exemples analogues se rencontrent jusqu'au XIX® s., mais seulement quand le verbe a plusieurs sujets non liés par conjonction : une grande chose commençait ; quel en serait le progrès, Tissue, les résultats, qui pouvait le dire ? (michel., Rév,, i, 147) ; — Des mandragores, des ciguës, des ellébores, des belladones, montait un vertige à leurs tempes, un assoupissement qui les faisait chanceler (zola, Ab. Mouret, 257).

La différence dans l'usage général tient certainement à ce qu'en langue moderne nous usons d'un tour impersonne!, dont il a été parlé plus haut. Soient les phrases: Alors n'estoit nulles nouvelles de guerre en France (J. de Paris, 3) ; — Dy moy comme sa race autres fois ancienne Dedans Rome accoucha d'une Patricienne, D'oi^ nasquit dix Gâtons et quatre vingt prêteurs (regn., Sat,, x). Partout, en langue moderne,nous emploierons il :

(1) Nous avons dit qu'en pareil cas il n*était pas encore d'usage de dire : el celte de V (V. p. 192-193).

itré.

ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET

il n'était pas question de guerre y il naquit dix Calons ; cf. il en est \mrii trois cents, il en est mort vingt, etc.

Accord en personne. — Une première question se présente, celle de savoir à quelle personne mettre le verbe, quand il y a des sujets de personnes différentes. Il se met à la l'<^ personne, si l'un des sujets est de la l'e; à la 2«, s'il n'y a que des sujets de la 2« et de la 3® personnes. Dans tous les cas, le verbe se met au pluriel : Vous et moi avons eu tort de nous fier à ses promesses; — Vous et lui vous en repentirez ; — Elle ainsi que moi évitions autant que possible ces rencontres (e. sue?, MijsL, ii, 62) ; — // a eu la basse cruauté de me dire,,, que moi et mes dépenses exagérées l'avons ruiné (a. karr. Tilleuls, 142)- Au lieu de : nous sortions tous les Jours, lui et moi, on dit très souvent en f. m. : nous sortions tous les jours avec lui ; — nous nous sommes rencontrés encore une fois avec le président de la commission (1). Cf. ce que nous disions, nous deux ton frère. L'esprit se porte sur le groupe, d'où le pluriel du verbe. Quant à la personne, elle est choisie suivant les mêmes usages qu'ailleurs.

La personne dans les propositions conjonctives. — Dans les propositions conjonctives, deux possibilités se présentent : mettre le verbe à la même personne que le représentant sujet, qui est toujours de la IIJ«, ou, par dessus le représentant, considérer le représenté, qui peut être de la P ou de la 11^. Il y a, dans les plus anciens textes, des exemples de cette dernière syntaxe, là où le sens l'imposait : Bels reis qui lot govemes (Alex., xli, 201). Meigret la recommande au XV 1« s. Cependant l'autre était fort commune : Loger chez moy, qui le tiendra comme un hoste estranger (rons., ÉL, iv). Depuis l'âge moderne, il est d'usage de^faire l'accord : Vous qui pleurez, venez à lui. Restaient des cas particuliers. D'abord celui où le personnel est précédé de c'est. Un seul exemple montrera combien à l'époque classique on hésitait encore: Monsieur, n* est-ce pas VOUS qui VOUS appelez Sganarclle? — Eh quoi ? — Je vous demande si ce n'est pas VOUS qui se nomme Sganarelle (mol., Méd. m. t., i, 5). Mais Vaugelas posa en règle qu'il fallait s'en rapporter à l'antécédent : Si c' estait moi qui eusse fait cela. Peu à peu la langue littéraire se conforma à cette règle, qui avait les apparences de la logique. Toutefois Vaugelas lui-même notait que le grand usage était pour : si c'esioy moy qui eust fait cela (i, 168).

Le peuple ne s'est pas rangé à ces théories (h. l., m, 535-536). Il suit l'usage ancien : C'est vous qui parle (la font.. Le Magnif,, 162). A l'exemple de la maréchale Lefebvre, qui s'écriait : c*est nous qui sont les princesses, il continue à dire : c'est mol qui Ta fait (2).

Il y avait hésitation aussi quand l'idée était générale : je ne vns que VOUS

(1) Tobler, V. B., 3« sér.. 14.

(2) Tobler a cité des exemples modernes, sans bien les comprendre {Met,, I, 243).

qui le puisse arrêter (corn., Nie, 37). Et ceci est fort naturel, l'idée est en effet : je ne vois personne qui le puisse arrêter, sauf vous. A l'époque classique, on trouve parfois la 3^ personne : // n'y avait que moi qui la pût informer de tout ce qui s'étoit passé (la hochef., ii, 29) ; — Britannicus est seul. Quelque ennui qui le presse. Il ne Doit dans son sort que moi qui s'intéresse (rac, Brit.y 655). Aujourd'hui encore, il paraît logique de dire : Je ne vois que VOUS qui puisse le tirer d'affaire.

La question devient très délicate, quand il y a entre le verbe et le conjonctif un attribut qui pourrait être l'antécédent du conjonctif. Doit-on dire : Nous sommes de pauvres voyageurs qui sommes ou : qui sont égarés. Nous sommes les voyageurs qui avons... ou qui ont été envoyés dans une fausse direction ? Dans le 1«' cas, il y a tendance à faire l'accord avec le personnel, quoiqu'on trouve la III<^ pers. ; dans le second, au contraire, c'est l'attribut qui détermine la personne du relatif. En effet, la conjonctive fait corps avec l'antécédent, ce qui légitime la présence de l'article défini ; on emploie la Ill^i personne. Cf. Nous sommes ainsi quelques fossiles qui subsistent égarés dans un monde nouveau (flaub., Lct. à G. Sand, éd. Charp., 187).

Quand le conjonctif avait pour antécédent celui, autrefois on faisait fréquemment l'accord avec l'antécédent de celui : Je suis eelui qui suis ; — Je suis eeluy qui ay porté ces nouvelles à la Rogne (duval, Esch. franc,, 186) ; — Êtes-vous celui qui devez venir? (boss., Cœci vident, 1665, 1^' ex.). Malgré la préférence que certains théoriciens du XVII« lui accordaient, ce tour a disparu dès le XVIIJo.

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