CHAPITRE XVI RÉPÉTITION, REPRISE, MISE EN RELIEF DU SUJET
Un verbe, un sujet. — Par tradition, on lâcha longtemps des phrases où des subordonnées présentaient un verbe sans sujet : J'ay reçu les lettres que m'avez envoyées.
Mais, à vrai dire, la seule question qui restât ouverte, quand la période classique commença, était de savoir s'il fallait un sujet dans chacune des propositions, alors qu'elles étaient coordonnées et intimement unies par et. On vit bien, malgré tout, que ce qui importait, c'était moins le caractère delà ligature que l'unifé interne, et, après Vaugelas, la règle s'établit que le seul cas où l'an puisse tolérer l'absence d'un sujet propre, c'est celui ou plusieurs verbes ont un sujet commun et sont au même temps, au même mode, au même nombre, à la même personne. Comme toujours, il se trouva des rigoristes pour aller plus loin. D'après eux, il eût été incorrect de dire avec Joad : Je crains Dieu, cher Abner,et n'ai point d'autre crainte (rac, A//i., 64). La règle n'alla pas jusque-là ; mais ou vit disparaître des phrases telles que celles-ci, dont les spécimens ne sont pas rares au XV 11^ s. : Le bras toujours vainqueur du grand Dieu des armées Fera mordre la poudre à ces audacieux ; Et verront à leur honte... Qu'en vain ils opposoient les foudres de la terre A la foudre des deux (racan. Pseaum., xix) ; — nous avons passé les rivières les plus rapides,... et n'aurions pas fait tant de belles actions, si nous estions demeurez oisifs (yavg.. Il, 143).
Quand le sujet était un représentant, les mêmes règles s'imposèrent. On lit encore dans Nicot : houx est un petit arbrisseau dont les feuilles sont armées de picquons tout autour, et garde sa verdeur mesme au plus fort de Vhyver (340, col. 2). Il en fut ici comme partout. Le conjonctif devint nécessaire en même temps que les autres pronoms. On s'abstint de le reprendre dans les mêmes conditions .
Dans notre langue actuelle, il faut, pour ne point donner de sujet à un verbe, qu'il soit intimement uni à un autre, de telle façon que les diverses actions soient pour ainsi dire les portions, les phases d'une action d'ensemble : il jure, renie, proteste ; ils ne sacrifient pas leurs rancunes, et comptent bien un jour ou l'autre tirer vengeance de leur échec; — il leur déroba des marches, occupa des passages avantageux, sacrifia quelque cavalerie pour donner le temps à son infanterie de se retirer en sûreté. U sauva ses troupes (volt., Charles Xll, 1. iv) ; — Alors, elle fixa sur lui ses grands yeux bleus, pour une dernière prière sans doute ; puis croisa les deux bouts de son tartan.
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LE SUJET. LA PERSO^iXE
attendit une minute encore, et s'en alla (flaub., Éduc, i, 315). En dehors de vQ cas, lorsque chez un écrivain comme Michelet on rencontre des exemples où le pronom n'est pas exprimé, il n'y a pas lieu d'y attacher d'importance. Flaubert s'est enhardi jusqu'à écrire : Son père,., éerivit» en fournissant les explications les plus précises, et terminait sa lettre par une badiner ie (Ib,, ii, 42). Ces cas, assez rares d'ailleurs, ne sont que des nrt'.haïsmes ou des fantaisies (1).
D'ordinaire, si peu que les actions soient distinctes, quels que soient les rapports et les ligatures, chaque verbe a son sujet : Arnaud se plaignait de la cuisine; U se réeiia considérablement devant l'addition, ef illa fit réduire
(FI.AUB., ÉdUC, I, 11).
La reprise du sujet. — Dans l'ancienne langue, le sujet se trouvait souvent répété, soit par souci de clarté, soit par gaucherie : Bien l'avez eniendut ; li quens RoUanz^ U est mult irascuz {RoL, 776) ; — li bourgois de TroieS) quant il virent que... il mandèrent (joinv., 58 A).
Au XV I« s., le sujet se répétait encore souvent sans utilité : eeux sur iesquelz régna Janus, ils voulurent estre nommes Janigenes (lem. de bel., 14 ; cf. HUG., Synt. de Rab., 349).
Les exemples sont encore nombreux au XVII* s. : M. de Turenne» ayant avis que Mademoiselle avait voulu voir l'armée en bataille, il fit marcher ses troupes (la rochef., ii, 393) ; — Dieu voyant les Religieuses infectées de r hérésie des cinq Propositions, il avait opéré ce miracle (rac, iv, 472, P.-R.). Cependant, en langue classique, les cas où le sujet se trouve répété sont ceux où la clarté l'exige, le sujet étant un peu éloigné de son verbe. 11 peut en être séparé.
a) PAR UN DÉTERMINATIF QUELCONQUE, particulièrement par un participe et ses dépendances : L*ailie la plus robuste et la mieux préparée Aux accidens du sort. Voyant auprès de soy sa fin toute asseurée. Elle s'estonne fort (theoph., I, 211) ; — Du siècle les mignons, fils de la poule blanche^ Ils tiennent à leur gré la fortune en leur manche (réon., Sat., m).
b) PAR UN CONJONCTIF : L'AuFore qui... Voit,... Elle pleure et rougit de honte (theoph., ii, 62).
c) PAR UNE PROPOSITION coNJONCTiONNELLE : Aoilibal, après qu'H eut exactement appris... il fît voir (malh., i, 456).
La répétition avait lieu particulièrement lorsque la phrase débutait par Lin conjonctif généralisé : Qui se contraint au monde, il ne vit Qu'en torture (regn., Sat., xv) ; — Qui me croit absent, il a tort (malh., i, 293) ; — Qui délasse hors de propos, il lasse, et qui lasse hors de propos délasse (pasc, Pens,, art. VII, 30). Cf. p. 197.
(1) Dans la langue familiale, il arrive qu*on omette le pronom sujet, lorsqu'on s'adresse A un petit enfant : n*a pas embrassé sa maman ce matin, a fait le vilain hier ! C'est qu'alors on se rabaisse au niveau des enfants à qui l'on parle, en adoptant leur propre langage. L'enfant en cfTct (comme le primitif) parle ains= : non l veux pas l