‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 155 sur 586 · RÉPÉTITION, REPRISE, MISE EN RELIEF DU SUJET · texte numérisé non relu

RÉPÉTITION, REPRISE, MISE EN RELIEF DU SUJET

Vaugelas condamna ce pléonasme (ii, 4). La répétition du sujet a disparu au fur et à mesure que l'art s'est assuré, et que la phrase française a été mieux constituée. On y voit un sujet dominer toute une période, sans qu'on ait besoin de le répéter : vous-même, inquiet, étonné. Plus que Britannicus paraisseï consterné (rac, Brit,, 377).

La reprise du sujet est aujourd'hui tout à fait nécessaire quand un complément est joint au sujet de là I® ou de la II® personne : iVi partes ainsi, toi que j'estimais tant. Jusqu'à l'époque moderne, on se dispensait de reprendre ainsi le sujet exprimé par je, tu^ il, même si une proposition conjonctive dépendait de ces pronoms : Comme sériez-vous âpre à exiger, qui avez si peu de patience à rendre? (malh., ii, 210); — comme supporterois-ie d*un homme, qui ne puis pas supporter le vin ? (Id., ii, 645).

C'était un cas un peu particulier que celui où un personnel, un démonstratif, etc., reprenaient des sujets antérieurs. On se dispensait souvent de cette sorte de reprises, jusque chez les classiques : le duc de Lugnes, Noirmousticr et moi, fûmes lieutenants généraux (la roch., ii, 121). Elle se fait d'ordinaire aujourd'hui. Nous groupons les sujets à l'aide d'un nous (Voir p. 270).

Mise en lumière des sujets. — 1^ Lorsqu'on veut insister sur l'idée du sujet, si ce sujet est un nom, on le détache en tête de la phrase, puis on le répète par un pronom : Cette femme, elle est déjà venue hier. Ou bien on l'annonce : Il ira, cet ignorant dans l'art de bien dire, avec cette locution rude, avec cette phrase qui sent l'étranger ; il ira en cette Grèce polie (boss., Panég. S' Paul, 1©' point); — elle devait bien compter sur ses charmes, la dame qui se servait d'une pareille Dariolette ! (gaut., Frac, i, 40).

20 S'il s'agit d'un nominal, on use des mêmes procédés. A la !'« et à la 2« personne du pluriel, comme il n'existe qu'une seule forme de pronoms : nous, vous, cette forme sert aussi à répéter le sujet.

A la 3« du pluriel et aux trois personnes du singulier, on se sert des formes lourdes. (Voir le tableau donné p. 246).

V^ pers. — Moi, j'irai ; Moi, pour vouloir si peu, Je ne suis pas si fou (v. H., Hern., i, 4).

2« pers. Tu t'abaisserais ainsi, toi?

3^ pers. S*il venait, lui, pensez-vous qu'on le prendrait ? — Puisque Angélique aime réellement Valère, elle doit l'épouser malgré son défaut, et lui, il continuera de jouer, sauf à la rendre malheureuse (s*« beuve. Lundis, VII, 11).

Remarque. — La reprise du pronom sert souvent à marquer l'opposition entre deux sujets : Comme Montaigne, comme Madame de Sévigné, et mieux encore, La Fontaine a l'invention du détail. Eux, ils ne l'ont que dans le style, et lui, il l'a dans le style à la fois et dans le feu des petites scènes (s'« beuve, Lundis, vu, 525) ; — // n'était pas de ceux que la critique

console de VarL.. lui, il n'a SU que haïr la vie du moment , pour parler son langage, qu*elle n'était plus la jeunesse sacrée (Id., Ib., viii, 373).

Personnel accompagné de même. — Il arrive souvent qu'un personnel tonique accompagné de même fait disparaître le personnel de conjugaison : D'un perfide ennemi j'ai purgé la nature ; A ses monstres lui-même a servi de pâture (rac, Phèd., 969).

Le propom accompagné de même peut renforcer le sujet, même non exprimé, par exemple à T impératif : Toi-même en ton esprit rappelle le passé (Id., Ib., 683).

C'est. — Mais le moyen essentiel qu'emploie la langue pour mettre en lumière tout élément qui doit ressortir, c'est l'emploi de la formule c'est devant le mot à souligner. (Cf. p. 30) : C'est moi qui ai fait cela ; — //ippolyte ? Grands Dieux ! — C'est toi qui l'as nommé! (rac, Phèd., 264) ; — Quand l'esclavage du corps était le fruit terrible de la victoire, le ciel agissait ainsi par pitié pour le vaincu ; mais quand c'est l'ftme qui subit V étreinte fuiieste de la débauche, le châtiment est là tout entier (g. sand. Elle et t., xiii, 123).

On augmente aussi le relief que prend le sujet quand, au lieu de dire : c'est l'avenir de ma fille qui me préoccupe, on renforce en disant : ce qui me préoccupe, c'est l'avenir de ma fille, c'est-à-dire en mettant le sujet derrière, après l'avoir fait attendre, et l'avoir annoncé. Quel que soit le plafond ou la voûte qu'un enfant a au-dessus de sa tête, ce qui se reflète dans ses ijeux, c'est le ciel (v. h., Quatre-vingt-treize, m, m, 7) ; — Comparez : une chose qui l'ennuyait, c'est qu'il ne savait comment rembourser Jérôme.

Isolement du sujet. — L'expression de moi s'est employée à cet effet jusqu'à l'époque classique : De moi, que tout le monde à me nuire s'apprête (MALH., I, 30) ; — De moy» je ne puis que le louer (balz., 1665, i, 234 ; h. i.., III, 646). Mais Vaugelas conseillait de garder pour la poésie cette expression : de moy. Il déclarait pour moij plus usuel en prose, et cette dernière formule a éliminé l'autre : je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable (mol.. Mis., 29).

On dit aussi : pour ma, ta, sa part : pour ma part»/e n'y crois pas. Molière écrivait encore : je saurai de ma part expliquer ce silence (Mis,, 1645. Le sens primitif est : de mon côté).

On se sert enfin de quant à : Je joue les Bradamanie et ne suis pas poltronne ;... quant à notre duègne, elle est un peu sorcière (gaut., Frac, I, 52). La langue possède encore d'autres locutions : en ce qui le concerne, pour ce qui est de, etc. : En ce qui le conceme, il est prêt.

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