MOYENS D'EXPRESSION DE L'ACTION SUBJECTIVE
V^ Les noms. — L'action subjective peut être dans des noms : le sommeil, la veille, une insurrection, un roulement de tambour, V inflammation de la pleure. Le sujet du verbe subjectif est alors, comme nous Tavons vu, dans le complément : c'est le tambour qui roule, la plèvre qui s'enflamme Ci).
2^ Les adjectifs. — L'action est dans des adjectifs : un produit explosif. Elle est aussi dans des participes. De tout temps, le participe passé d'un verbe subjectif a été employé seul comme dans les expressions modernes : un enfant réfléchi, un préjugé tombé, un soldat disparu. Les formes pronominales elles-mêmes donnent des participes passés employés de la sorte : un caractère obstiné, une fille repentie, un mur écroulé. Cependant ces participes ont été très discutés. Dans ce vers de Racine : ce héros expiré A' 'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré {Phèd., 15G7), l'emploi de expiré paraissait hardi aux puristes du XVIII® s., qui eussent voulu : ce héros ayant expiré. On ne peut pas dire du reste que n'importe quel participe puisse être ainsi employé. Cependant le français moderne en admet beaucoup, en vers et en prose : Oh ! ces spectres surgis par millions du sol ensanglanté (lec. de l., P. tr.. Le Talion) ; — des hommes passaient devant lui ; entrés par une porte et partis par Vautre, avant qu'il eût le temps de les regarder (maupass.. Bel Am., ch. i) ; — L'esprit... résulté du développement... de cet état primordial (a. comte, Espr. pas., ch. i, 3).
30 Les verbes subjectifs. — Courir, venir, tomber, sont des verbes subjectifs. Il y en a mille autres : le soleil luit ; — le canon tonne ; — un train part ; — un ruisseau déborde ; — des étoiles brillent ; — une corde vibre. En outre une foule de verbes ol>jectifs peuvent s'employer aussi subjectivement : la moisson commence : — le bout de rorcille passait ; — la persienne pendait ; — ton grand-père a bien changé ; — leur opinion ne compte pas.
Formes du verbe subjectif. — Le verbe subjectif peut être : 1° LTn verbe simple : la bombe éclata ; — ma maison prospère ; — ses affaires ont doublé ; — le travail consiste à rattacher les fils qui cassent.
2° I'n pronominal : tu te trompes ; — elle se repent ; — la photographie... se pâlissait dans les combles (a. daud., Sapho, 183).
(1) Voir llv. vil, ch. !•'.
MOYEXS D'EXPRESSIOS DE L'ACriOX SUBJECTIVE
Pronominaux et réfléchis, — Les verbes pronominaux ont exactement les mêmes formes que les réfléchis dont il sera question plus loin. (Voir Sect. II, ch. x). Mais ils en sont bien distincts par le sens. Dans un réfléchi, il y a une action objective. Elle porte sur le sujet, comme elle peut porter sur un objet quelconque. Soit le verbe voir : Un enfant se voit dans Veau. Dans se voit, l'action est réfléchie.
'Dans un pronominal, ou bien a) le verbe n'existe pas sous forme ordinaire, par exemple : se repentir. (Il n'y a pas de verbe repentir. Cf. s'abstenir) ; ou bien p) le verbe existe à l'état simple. En ce cas il peut être subjectif, par exemple : aller (d'où le pronominal u<;'en aller; Cf. se mourir). Il peut être aussi objectif; seulement, quand on y ajoute le se, ce mot se n'est pas l'objet du verbe, l'action ne se réfléchissant pas sur le sujet. Par exemple, on dit bien taire un secret, mais se taire ne signifie pas cacher sa personne par le silence. (Comparez s'étonner). Il est parfois aisé de distinguer un subjectif pronominal d'un réfléchi. Dans la phrase : La fillette se regarda dans la glace et se trouva changée, on reconnaît aisément le sens réfléchi. D'autre part dans : après cet événement, sa fortune se trouva changée, on aperçoit tout de suite que se trouva n'est plus un objectif réfléchi, mais bien un subjectif. Dans : cet homme s'est élevé par son propre mérite, le verbe peut être considéré comme réfléchi. L'activité du sujet a produit un certain effet sur le sujet lui-même. Mais dans : la température S*est beaucoup élevée hier, on n'a plus un sens réfléchi. Le verbe équivaut à un intransitif : a monté. Comparez : Cet homme s'est mal conduit avec nioi (pron.) et cet aveugle ne peut pas se conduire (réfl.) ; Je me présente à vous et une occasion se présente. Seulement la différence est souvent moins marquée (1).
Dès l'époque la plus ancienne, le réfléchi se (ou soi) accompagnait le verbe sans représenter toujours un objet. Le verbe avec se, soi, signiflait une activité interne, qui se produisait dans le sujet ; il marquait un intérêt particulier du sujet dans l'action. Dans l'a. f., des verbes subjectifs se présentent déjà sous forme pronominale : Caries se dort, // emperere riches (Roi., 718) ; — Ensi se remest celc bataille (villeh., 181) ; — Ensi s'en rentra Vempereres en Consiantinoble (Id., 2079). (Cf. s'apartenir, se combatre, se targier ; H. L., f, 237). En m. f., l'analogie accrut si fort le nombre de ces verbes qu'on put croire un moment que tout verbe subjectif allait devenir pronominal. On trouve alors : se disner, se soupçonner, se desdaigner, se feindre, se sourire, etc.. Mais le mouvement s'arrêta au début de l'époque classique ; il y eut même un grand nombre de retours en arrière. Une foule de verbes qui se rencontrent à l'état de pronominaux jusque dans les textes du XVI« et du XVI P s., sont aujourd'hui revenus à la forme simple (2). Ainsi se disparaître : Il y en a (des bienfaits) qui peu à peu se sont disparus de devant nous (malh., ii, 246) ; — se délibérer : Il se délibéra d'accomplir ce
(1) Co ment considérer i7 se tenait dans celte phrase de Flaubert: En liehnrs de ces crises, il se tenait taciturne (Éduc, 1, 302) ?
(2) V. GODEFROY, Lexique de ComeiUe, i, 44.
PORTÉE DE L'ACTION
qu'il avait promis (sorel, Franc, iv) ; — s'éclater : le premier qui les vit de rire s'éclata (la font., Fah., m, 1). Aujourd'hui le nombre des verbes de sens subjectif qui ont gardé la forme pronominale est assez considérable (H. L., II, 435 ; III, 301). Je me porte bien en ce moment ; — c'est un défaut de ne pas savoir se taire ; — sa fortune s'évaporait en fadaises ; — sa Sainteté se promenait toute seule ; — le facteur se dépêclie ; — le feu s'éteint ; — sa nature de poète se révèle tous les jours. Nous employons même sons la forme pronominale de nombreux verbes subjectifs que la langue ancienne employait sous la forme simple : convertir : ço vueli li reis Par amur cunvertisset (Roi., 3674) ; cf. écrier, évanouir, taire, en aller.
La formation de subjectifs pronominaux n'est aucunement arrêtée : le sujet se tarissant (flaub., Bov,, 106) ; — On vit les yeux du petif-fils mourant se cliavirer (loti, Pêch.. 155).
Inversement des pronominaux sont devenus simples : bouger, poser (1).
Ces échanges permettent déjà de deviner que, malgré les différences réelies qui existent entre simples et pronominaux (mourir et se moiirir), il y a souvent entre eux identité de sens : Le bois fend ou se fend ; — le ftl casse ou se casse ; — le métier arrête ou s'arrête ; — du fer rouille ou se rouille ; — des viandes gfttent ou se gfttent; — Le carrosse où il étoii, rompit (volt., Charl. XII, liv. 4).
3° Locutions verbales. — Les locutions verbales de sens subjectif sont très nombreuses : faire feu, lâcher pied, prendre fin, perdre courage, rendre rame. Certains verbes surtout, comme avoir, faire, entrent dans beaucoup de locutions : avoir chaud, froid, mal ; avoir lieu ; faire naufrage, fortune, banqueroute, figure. Le verbe y est un objectif qui est entré en composition nvec son objet (Voir p. 202) (2).
Emploi des auxiliaires dans les verbes subjectifs. 7- La plupart des verbes subjectifs conjuguent leurs formes composées avec l'auxiliaire avoir : courir, paraître, fuir. Cependant certains verbes subjectifs se conjuguent exclusivement avec être : aller, arriver, décéder, mourir, naître. Naturellement un verbe qui est employé tantôt objectivement, tantôt subjectivement, peut prendre dans un cas l'auxiliaire avoir, dans l'autre l'auxiliaire être :
Il a monté la malle J'ai monté l'escalier AS'tu rentré ta bicyclette ?
Il est monté à Fourt lèves
Il était monté à cheval à midi
Je sols rentré à neuf heures du soir.
C'est ainsi que certains composés de i^enir ont avoir; on a circonvenu mon frère : — une marchande des quatre saisons a contrevenu à un règlement de
(1) Se poser est encore dans Balzac : La fausse marquise se tourna vers les témoins de celte so^ne m femme habituée à se poser {Se. Vie paris., 63).
(2) Il convient de ranger aussi, panni les locutions verbales, certaines expressions qui remplacent un verbe simple : venir au monde = naître. Nous parlerons plus loin des compléments qui sont ici peu î\ peu entrés en composition avec le verbe, comme a fait Tobjet.