‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 175 sur 586 · VERBES OBJECTIFS SANS COMPLÉMENT · texte numérisé non relu

VERBES OBJECTIFS SANS COMPLÉMENT

Dans certains cas on fausserait la pensée. Qu'on considère cette phrase : Le sénat s'assembla, chercha, parla, avisa, consulta. L'absence d'objet marque que tous ces actes tombèrent dans le vide, portèrent à faux. Il arrive même que le sens général n'est pas du tout le même que le sens particulier. // boit du vin ne signifie pas ce que signifie i7 boit, c'est-à-dire : il est ivrogne (1).

Il faut accorder aux passionnés de classification que le verbe ainsi employé n'est pas toujours facile à distinguer d'un verbe subjectif. Comment faut-il entendre : la fanfare jouait ? Assurément elle jouait des airs. Mais l'idée de ce complément ne s'impose nullement. On peut considérer jouait comme objectif sans complément ou comme subjectif. Affaire de convention. Il en est ainsi souvent : cf. un gamin sifflait et le train sifflait ; — les assistants criaient, et V essieu criait. Si les nuances infinies du langage ne s'accommodent point des classifications rigides qu'on veut faire, tant pis pour ces classifications. La science doit s'accommoder à la nature. La nature ne peut s'accommoder à la science.

(1) Cf. p. 295.

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