ACCORD DU PARTICIPE DANS LES FORMES PRONOMINALES
Nous avons fait remarquer que le verbe réfléchi et le verbe réciproque emploient l'auxiliaire être dans leurs formes composées : ils ressemblent en cela à tous les verbes de forme pronominale. Nous traiterons donc de l'accord du participe passé dans tous les verbes de forme pronominale.
Autrefois, le participe passé des verbes pronominaux était considéré comme l'attribut du sujet ; on faisait en général l'accord dans tous les cas avec le sujet, et Montaigne pouvait écrire, selon l'usage : Jusques aux enfants qui se sont donnés la mort.
Vaugelas ne considérait pas encore les verbes pronominaux autrement que les passifs : aussi ne donnait-il point de règle particulière qui s'appliquât à leur participe passé. Dans un très grand nombre de textes classiques, l'accord du participe passé se fait avec le sujet du verbe pronominal : Nous nous sommes rendus tant de preuves d'amour (corn., Mélite, 1738, 1. 1, 245, note 3).
Bouhours lui-même accepte cette syntaxe. Mais à la fin du XVII« s., les grammairiens de l'Académie ont changé de point de vue. Ils ont considéré ces verbes comme s'ils étaient conjugués avec avoir, puisqu'ils ont un objet et que seuls, paraît-il, les verbes avec avoir ont le droit d'avoir un objet. Ils ont donc étendu au participe du réfléchi se donner la règle concernant le simple donner. On dit : les plaisirs qvL^elle s* est donnés, comme : les plaisirs qu'e//e a donnés.
Cette règle paraît logique. Cependant, outre les embarras que cause son application, et sans considérer qu'elle est contraire à la tradition de la langue, elle a le défaut d'être une pure création arbitraire, qui substitue une forme à une autre. On repousse avec horreur l'analogie qui dans beaucoup de pays fait dire : l'épaule que je m'ai blessé. Et on prescrit l'accord comme si cette forme était la \Taie.
Il n'est pas nécessaire de rappeler ici la distinction qu'on fait entre les verbes, suivant qu'ils sont ou non essentiellement pronominaux. Dans ces derniers, le pronom complément est réputé « complément direct », et par conséquent l'accord du participe a toujours lieu avec ce pronom, sauf pour s'arroger.
Il est piquant de constater qu'avec la règle ordinaire, on est obligé de faire une exception du seul verbe pronominal essentiel qui exprime