SUPPRESSION DU SE DES INFINITIFS PRONOMINAUX
Dans les verbes pronominaux, de quelque nature qu'ils fussent, un ancien usage, qui subsistait encore à l'époque classique, faisait que Tinfinitifobjet perdait son se caractéristique, quand le verbe principal était sentir, voir, laisser, faire, etc. Faire arrêter pouvait signifier aussi bien : faire qu'il s'arrêtât que : faire qu'on l'arrêtât; — Ces paroles Firent arrêter l'autre (la font., Fah., 1. x, 1).
Voici quelques exemples :
Sentir : Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits (rac, Mithr., 1693) ; — J'ai senti ranimer ma force languissante (volt., Orph. de la Chine, i, 2).
Voir : Un caractère d'équité qu'on voit évanouir dans la discussion (rouss., Contr, soc, ii, 4).
Laisser : Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre (corn., ///. 690) ; — // n'est pas honnête de me laisser morfondre (volt., L'Ing., cli. iv).
En langue moderne, celte particularité a cessé. Le se demeure : Son mari lui écrivait.., qu'il se sentait s'affaiblir (lam., Raph., 162) ; — elle l'avait vne s'arrêter (zola, Cont. Nin., 38) ; — je l'ai senti s'éteindre peu à peu (loti, Pitié, 238) (1).
Faire est le seul verbe avec lequel l'usage ancien ait persisté. J'ai donné plus haut des exemples classiques : Voyez a quoij l'amour la faisoit abaisser (d'urfé, Astr., i, 12). On pourrait en ajouter en foule : Ceux que l'opinion fait plaire aux- vanités (malh., Poés., cviii, 37); — car quand ils sont aveugles... ils se perdent, et font perdre aussi le troupeau dont ils sont les conducteurs (furet., Parab. de l'Évang., 96) ; — quelques autres, dont la plupcwt avaient vu la bataille de Narva, faisaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée (volt., Ch. XIL i, 4).
Voici des phrases modernes toutes semblables : Ce rayon qui nous fit ensemble épanouir (lam., Joc., 6 août 1795, soir) ; — Sa forte voix sonnait, faisait retourner le monde tout le long du quai (a. daud., Imm.. 40).
Faire forme une sorte de composé factitif avec certains verbes pronominaux très usuels, par exemple : faire asseoir. Vous auriez bien pu le faire asseoir (2) ; cela ferait évanouir le plus brave ; — vous me feriez repentir
(1) Le Malheur, ce vieillard à la main desséchée. Voit sMnclfner leur tête auani qu'il VnH touchée fMrss., I^ Saule,\ll)\ — M. de Varandeuil ne la laissais se lïer avec ftersonne (unst:,, G. I.nc, 14).
(2) Il y a lieu de rapprocher des verbes subjectifs tels que aller. D'où (Uler promener, aller couchtfr.
35ti PORTÉE DE L' ACTION
(KLAUB., Èdtic.^iî, 57). Mais on voit se rcpnraîlre : Celle-ci V ayant fait s ' e ïlgag6 r à n ' en p oHcr fi tm a is ( s* "^ - b e u v e , P oés ., 3 1 H ) ( 1 k
Accord du participe passé d^uû verbe suivi d'un infinitif. Dès
le XV JT' s,, en rèftlr ^emrale, le partirîpf des verbes avec auxiliaire aiwir s'aeeordail : // Va laissée trop int^n: (corn., v, 149). Mms. dopnis luni^lenips, une leiuhmce se triimifeslaiL de joindre intimement verbe el inflniUr, et laceord, pour des raisons de phonêLique syntaxique, ne se faisait pas régulièreiuenl : Je les ay veu tenir trois conseils (comm,. j, 82, M.).
Malherbe, puis Vaugelas, se prononcèrent pour : Je Vai fait venir et non faite. Les classiques laissaient ainsi invariables, non seulement (ail. mais divers autres partîerpes : Les a-t-on vil sonvcni se parier, se vherdîer ? (hac, F /ï p^ . , 12 3 5 , é d . o r i g, ) ; — Je T ai 1 aissé Muni e ) p a s se r d a n s s on ap par te. me n t ( id.. Brit., 598) (2),
Au XV 111'' s., on a distingué les cas. La règle a été définitivement établie, que le particï])c devait rester invarial>)e, quand te complément d'olqel, placé devant le participe passé, est cchd tle Lin Unit if : Lu sêtférilé quV//e a cru montrer ; — tes maisons que fai vu bâtir ; — Les ennemis que la France a eu à combattre (n. l., m, m)5>.
Aujourd'hui encore, le \erhc principal employé aux formes composées n'accorde, s* il y a lieu, son participe^ que si le complênienl d'objet est le sien : L*aelriee que j'ai entendue chanter hier à i' Optra est peu connue ; — tant es les réformes qu*// at'(n7 VUes eehofier. Mais on écrit : ta cantate que fai entendu chanter, tes sottises que f*ai laissé dire en mon nom.
Une ditticidté a rependant troublé les législateurs. Puisqu'on iJit : On ta crue morte, ne faut -il pas dire aussi ertte femme tfn' on aimit crue être morte ? On y inclincrail volontiers. Plusieurs accepleraient : la solution qn'on m'a assurée être la meiîteure, La refile n'a pourtant i^as passé, les *^ maîtres de la langue * ayant eu plus ou moins vaguement conscience que le complément n'est pas seulement que c(nnme dans : ta maison que f*amus assurée a brûlé.
En outre, on n*a pas pu méconnaître que /aire suivi de son infinitif est
<I1 Cf. Qtl*ilfi fitit M retirer « ht i-umpitt/ne (7.ot.\, Homntu-.. 2(13 1 ; — fui qui n'rttut rien pfès tTeux, fjtii nr faixail pas te loufner les tt^i^^ rt le lixer ha \irttx qitami aun nom pnssnif dans une luuîf uti dans un snfon (MArPA^s., Xuiir ct^itr. '181.
<2| Citons tï'abord ûc^ t'Xt'mplei. aii le c«m|ii^rHf"nt est missi le cumpIf'mxMit de rinfinitif : ^.^ctpewimtt nn dfyit awrtir fe ierltur^ qtie veux qui ne Vont tanmix vue représenter ne iioiotnt pas s^attemirrffHreftulantdHvrlis en la îi.<nmt (pslapuat^ (ironffeur, I^rèfacL», 8) ; — i!x ni^nnoissenL. ces fii'lattîs, stmji les atmir itiimii» ouîs nonrmrr iSHiiimeni» rritmies s. les camcL, p. .'^73) ; — • ...rfeî pttmfea rttres et de belhs fîvnrs qn^il miniit envoyées rechercher danx dcx ticnx fort élùignén, (IL «ET.. Fti€tums^ I* 213).
En vulci crnutreii : ...<Ies) auirts Poëtgs Italiens et Espagnols^ qui se mnt laliiiez gâter Vesprit aux Romains i néfl. s. fa jof>if/. irArisl.^ îio'5^) ; — On ne les n pmutis utin assis, ^> qui même tes Il VUl marcher ? {L.\ Biii YÈitK, 1. 301 vl riolc 1). Dans ci* 4lL»rnN*r evemple. le participe vtt est au iïingiilîcr flun* tmjtPî» le» f^ilUtins {à la ligne ivréP^tkTitr devant assis, les èdiituns 5 el fi îiont le* *teuie!* qui le Ciissent accorder).