‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 191 sur 586 · SYNTAXE DE LA PROPOSITION INFINITIVE · texte numérisé non relu

SYNTAXE DE LA PROPOSITION INFINITIVE

Constructions directe et indirecte de la phrase inflnitive. — Il arrive que Tinfinitif est employé en construction indirecte. Cf. // le somma de partir ; — il a empêché ses enfants de devenir jamais ce qu*ils pouvaient être ; — plusieurs portaient au das de leur vêtement une déchirure arrêtée par un galon de pourpre,,, et ce témoignage d'affliction empêchait la fente de s'agrandir (flaub., P, Chois,, 185, Sal.).

C'est très souvent le cas derrière les verbes impersonnels. Si on dit : il faut le recevoir, comme : i7 faut du courage, on dit : il suffit de le recevoiri comme : i7 suffît d^un coup de chance; — Il restait à Paul Astier de rejoindre sa mère (a. daud., Imm., 72).

On hésite souvent entre la construction directe et l'indirecte : // fait bon vivre et : il fait bon de vivre, — il ne fait pas bien sûr,.., J}* épouser une fille en dépit qu'elle en ait (mol., h, sav., 1539).

Cette tournure par de n'est pas connue du très vieux français, où Ton construit avec à : Tei convient a porter ; -- il lui plaist a veoir. Mais elle s'est développée depuis le XIV^ s., et elle est courante depuis le XV I<^ s.

Place de l'infinitif et de son sujet. — Quand l'infinitif appartient à un verbe subjectif, il est souvent placé avant son sujet : Écoutez parler le juste elle saint. J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire (volt., Zaïre). I.a construction ne prête à aucune équivoque, l'infinitif étant ici un verbe toujours construit sans complément.

Mais quand le verbe est objectif, cette transposition du sujet n'a pas lieu, car sujet et objet pourraient être, confondus. J'ai vu saigner le malade pourrait signifier : J'ai vu qu'on saignait le malade et : j'ai vu que le malade saignait. Le sujet reprend donc la place ordinaire qui lui est assignée par la langue moderne. Cf. J'ai vu avec étonnement votre ami donner de l'argent à ce misérable.

Derrière le verbe faire. — Il y a lieu de considérer à part la construction avec le verbe faire. Dans son développement, cette construction est allée jusqu'au point que l'infinitif fait corps avec le verbe principal. Il semble que l'objet soit l'objet commun aux deux verbes réunis, plutôt que le sujet de l'infinitif : // fait venir sa volaille de sa ferme ; — Et que par eux son sort de splendeur revêtu Fait gronder le mérite et rongir la vertu (mol., Mis., 131).

PORTÉE DE L'ACTION

En réalité, le français s'est fait là, à l'aide d'un auxiliaire, une forme factitive périphrastique : // faisait valoir une terre en Poitou ; — Le soleil fait mûrir les moissons. On ne peut plus dire : le soleil fait les moissons mûrir; de même : le retour de l'Alsace à la France fait naître les plus belles espérancesy mais non : fait les plus belles espérances naître.

Avec le verbe laisser, la fusion du verbe principal et de Tinfinitif est beaucoup moins complète. Les deux constructions coexistent : a) Laissez venir à moi les petits enfants ; b) Laissez les petits enfants venir à moi.

Jusqu'au XVIIle s., lorsque deux impératifs se suivaient, le complément d'objet du deuxième se plaçait avant lui : Faites-le asseoir et le laissez parler (1).

Réflexion dans le verbe à l'infinitif. — Quand le verbe principal est un verbe comme : faire, laisser, voir, etc., qui forme avec un infinitif une sorte de verbe composé, la réflexion se fait naturellement sur le sujet de faire, laisser. Soit la phrase : il a laissé accuser son frère sans protester. Que l'action, au lieu de porter sur un frère, se retourne sur le sujet, on a : // S*est laissé accuser sans protester.

Il faut bien distinguer ces phrases de celles où l'action exprimée par l'infinitif se retourne sur son auteur, c'est-à-dire sur le sujet de l'infinitif : // a laissé ce malheureux inconscient s'accuser lui-même.

La langue a fait de grands progrès dans ces distinctions depuis deux siècles.

(1) Pour l'objet secondaire dans la phrase inflnîtive. Je lui ai conseillé de p€irUr^ v. à L'Objet secondaire f llv. X, ch. V.

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