‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 195 sur 586 · CHAPITRE XXI LE TOUR DIT « INTERROGATION INDIRECTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI LE TOUR DIT « INTERROGATION INDIRECTE

Sur rexistence de ce tour. — On peut se demander s'il existe vraiment en français une interrogation indirecte, ou du moins un tour particulier auquel on puisse donner ce nom. Il est incontestable que, dans certaines phrases, au lieu d'être une affirmation ou une négation, Tobjet du verbe peut être une question : Je demande s( vous viendrez ; — ^examine si, en augmentant le salaire, on n'augmenterait pas la production; — regarde s'il ne manque rien dans le paquet; — voyez-moi ça, si c'est beau; — Je vou^ drois bien vous demander qui a fait ces arbres-là... et si tout cela s'est bftti de lui-même (mol., D, Juan, m, 1) ; — Nous verrons si c'est moi que vous voudrez qui sorte (Id., Mis,, 742) ; — Godefroid s'enquit si la maison était habitée par des gens tranquilles (balz., Env. de Vh, cont., 140).

Mais, même dans ce cas, le si qui introduit l'objet est la même conjonction qui figure dans des phrases affirmatives et négatives : Je te demande si tu iras est construit comme : tu ne me dis pas si tu iras, que nous avons mentionné plus haut.

Il en est de même lorsqu'on questionne sur le lieu, le temps, la manière : Je demande où tu as trouvé cet objet ; — Laurence.., Me demande pourquoi Je pleure, à qui je pense (lam., Joc, 28 oct. 1793) ; — M™® Aubain, au bout de Vherbage, avec ses deux petits, cherchait éperdue comment franchir le haut bord (flaub.. Un cœur simp., 10). La construction serait la même après le verbe j'apprends.

Tous les interrogatifs : que, quoi, où, comment, à quel titre, pourquoi, à qui, etc., pourraient figurer dans des phrases positives : Elle allait et elle venait.., et elle ne savait qu'imaginer» quoi faire, quoi dire, pour se donner (muss., Conf., IV, 1), pourrait se changer en une phrase positive : tu sais bien quoi faire, quoi dire e/i pareil cas.

Il y a pourtant quelques différences, l*' On entend et on trouve dans les textes des phrases comme : je me demande comment est-ce qu'// en est arrivé là; je cherche où est-ce qu'iV a pris cela; elle lui demanda qu'est-ce qui l'avait rendu malade. Or jamais, sauf en langue populaire, ces périphrases ne se rencontrent dans des phrases positives : je sais qu'est-ce qui t'a rendu malade. Ces formules, créées pour suppléer à des interrogations affaiblies, gardent leur caractère. D'autre part, le simple que est rare dans les phrases positives : elle savait désormais que penser de lui. On lui substitue quoi. II n'en reste pas moins vrai qu'une poussée irrésistible entraîne

PORTÉE DE L'ACTION

^ Teffacement des différences. Là où qui subsiste, c'est-à-dire lorsqu'il s'agît de personnes, il s'emploie indifféremment dans les phrases positives et dans les questions : Cette jeune fille est bien difjicHe, je me demande qui cUe épousera; — Rassurez-vous ! elle sait fort bien qui elle épousera.

Depuis le XV I^ s., ce que^ ce qui se sont substitués au qui interrogatif. On dit : demandez-leur ce qu'z7s ont, et non plus : qu'<7$ ont ; je cherche' ce que c'est et non : que c'est. Cette substitution a été générale, et s'est étendue îuix phrases positives comme aux autres...

Construction de ces objets derrière des noms. — En langue classique, on trouvait des « interrogations indirectes » après des noms : Notre dispute fut... comme les biens peuvent être égaux (malh., ii, 511) ; on dirait aujourd'hui : fui de savoir...

Quelquefois la question dépend d'une locution verbale : aussi ne faut-il pas avoir moins d'égard qui sont ceux à qui nous donnons (malh., ii, 28). Le Père Bouhours blâmait déjà ces constructions : Mon fils, gardez-vous bien de vous embarrasser dans des disputes sur les secrets jugements de Dieu, pourquoi il abandonne l'un... Mal construit, dit le grammairien, qui voudrait : recherchant pourquoi (Imit., 45; rosset, o. c, 153) (1). Si nous avons moins de liberté, il nous est resté du passé une expression générale à qui : Deux Taureaux combattaient à qui posséderait Une génisse avec l'empire Cla font., Fabl., ii, 4).

(1 ) Voici une phrase hardie encore, mais où la question est rattachée à un verbe : il s'enquérait 4% quelle penonne auait sonné (régnirr, Flamb., 51).

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