‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 197 sur 586 · CHAPITRE XXIII OBSERVATIONS DIVERSES SUR LOB JET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII OBSERVATIONS DIVERSES SUR LOB JET

Double objet. — Une action peut, nous Tavons dît, porter sur des objets multiples : je connais mes droits et mes deimrs; — elle pratique La bienfaisancey raiistérité, le renoncement. Mais il faut pour cela que les objets, si différents qu'ils puissent être, même s'ils s'excluent comme dans: pratiquer sinon la bienfaisance, du moins la justice, apparaissent liés au verbe de la même façon, par le même rapport, qu'ils soient de même nature. Sîwon il se produit des sortes, de jeux de mots : cet escroc faisait des mariages et des dupes (1).

Il est tout à fait impossible de donner à la fois à un même verbe deux objets de construction directe dont l'un désigne une personne, l'autre une chose : enseigner la langue les enfants, malgré les exemples latins, n'a jamais été admis, mêriie par les pires pédants.

L'un des deux objets est toujours dans un complément de forme indirecte : enseigner quelque chose h quelqu'un, informer quelqu^un &*un malheur. Cest tantôt la personne, tantôt la chose qui reste à l'état d'objet premier : escroquer quelque chose k quelqu'un, et : escroquer quelqu'un de sa fortune.

Mais il arrive souvent que la pensée porte à la fois successivement sur un être (ou bien une chose) d'une part, sur une action de l'autre, par conséquent sur un objet-nom ou représentant d'une part, sur un verbe de l'autre. Ainsi : Aiyertissez cet élève que le proviseur le demande. L'avertissement doit toucher un élève, il doit lui faire connaître une action du proviseur. Cf. On UL^avertit qu'il fait tous ses efforts pour lui parler (mol., Méd. m. lui, m, 7).

De même avec un infinitif : Avertissez-le de prendre garde ; — suppliezle de remonter ; — // accusait les incrédules de se Refuser à Tévidence (ren., Jés., XX) ; — avec une proposition : Je puis Vinstruire au moins coml)ien sa confidence Entre un sujet et lui doit laisser de distance (rac, Brit,, 167).

Là aussi il y a eu des changements de construction. Un objectif de construction directe n'a pas toujours eu [cette construction. Au XVII® s. encore, empêcher se construisait avec i\ : la jeunesse.., à qui 7a violence de ses passions empêclxe de connaître ce qu'elle fait (boss.. Loi de Dieu, 1653, 1^^ p.). On dirait aujourd'hui : que la violence.

On trouve ce double objet avec des verbes qui signifient :

(1) Les calembours naissent souvent de ce que le verbe prend avec chaque objet un sens différent : // savait Tort de toucher les ctrars et des bénéfices ; il refaisait des vêtements et sa clientèle.

PORTÉE DE L'ACTION

A) informer, avertir : informez-le que sa demande est rejetée.

R) prier, implorer, supplier : Et je prierai l^s dieux que, dans cet entretien. Vous ayez assez d'heur pour n'en obtenir rien (corn., Sertor,, 119.). Cf. Je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde,

C) reprendre, blâmer, empêcher : La sécheresse empêche 1 *eau de remonter ; — Si quelqu'un me reprend que mes vers escliauflez Ne sont rien que de mearlre et de sang estoffez (d'aub., Trag,, Princes) ; — Tout ce qu'on le blâmoît (mais c'étaient tours d'école), C'est qu'il faisait mal sûr de croire à sa parole (corn., Ment., 1468, var.).

C'est rêtre, la chose qui est l'objet direct, dont on fera le sujet au passif : Il a été averti que le proviseur le demande.

Objets de diverses formes réunis. — Autrefois, on pouvait joindre sons diflficulté deux compléments d'objet dénature grammaticale différente. L'époque classique fournit des milliers d'exemples : Oui, je crains leur hymenj et d'être à l'un des deux (corn., Rodog,, 353) ; — je vous demande la continuation de vos bonnes grâces, et, que vous me croyiez {La Rochef., m. Il) ; — il fallut, OU les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avoient conservés, les reportassent aux autres (boss., H. Vn., 13) ; — Je prie Notre- Seigneur de VOUS changer et que je vous retrouve, à mon retour, modeste, humble, timide (maintenon, Corresp., i. 236).

Os constructions avaient été vivement attaquées par des grammairiens de second ordre. On blâmait : je voy vôtre dessin, et que vous êtes prest de V exécuter (chevreau, Ms. Niort, 15). Mais Bouhours, dans un long chapitre, a justifié l'usage contre Andry de Boisregard (Suit., 171 et suiv.;.

il semble que, malgré l'étroitesse de certaines régies inspirées d'une passion excessive pour la symétrie, jamais les écrivains ne se privèrent de cette liherté : Elle avait vu ses espérances trompées, sa jeunesse passer sans plaisir (B. coNST., Ad., \) ; — Elle me raconta ce qu'elle avait souffert... que de fois elle aimit espéré que je la découvrirais malgré ses efforts, comment le moindre bruit qui frappait ses oreilles lui paraissait annoncer mon arrivée, quel trouble, quelle joie, quelle crainte, elle avait ressentis en me revoyant, par quelle défiance d'elle-même... elle s*était livrée aux distractions du monde (Id., 7^., 25).

En tous cas, les romantiques ont remis cette diversité en honneur : Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ? Ou qu'une voix des nuits, tendre et délicieuse, S'élevant tout à coup, oliantflt (v. h., Hem., v, 3) ; — Je leur conte la vie, et que dans nos douleurs, U faut que la bonté soit au fond de nos pkurs Et que... (Id., Cont., Aur., vi) ; — je vous ai conseillé une longue patience, Béatrice, et de tout espérer du temps (g. leroux, Maison des Juyes, ri, 3) (1).

il) Même renaissance delà liberté avec les attributs : jamais Charles re lui paraissait aussi dèsagréalile, avoir les doigts aussi carrés... qu après ses i aidez-vous avec Rodolphe (Fi ALLf., Bow., 207).

Page 1