‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 209 sur 586 · CHAPITRE PREMIER LA NOTION D'OBJET SECONDAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LA NOTION D'OBJET SECONDAIRE

Le nom et la chose. — On peut appeler objet secondaire le terme qu'on trouve après l'objet dans cette phrase : // a légué ses biens à l'Université de Paris, mais il s'en est réservé l'usufruit (1).

Ce complément d'objet secondaire n'est pas indispensable; il n'y a pas de complément qui soit toujours nécessaire, pas plus l'objet qu'un autre. Mais l'objet secondaire peut être essentiel. D'un propriétaire qui a des hypothèques sur sa maison, qui a des dettes, on dira : // doit. Pour achever le sens, on peut ajouter ; il doit cent mille francs, en ajoutant un objet, mais on peut aussi dire : il doit au Crédit Foncier, en ajoutant un objet secondaire.

Dans un certain nombre de phrases, faute de ce complément, la pensée resterait en l'air, ou aurait une signification trop générale, ex. : Les parents confient l'éducation de leurs enfants,... (il faut bien ajouter à qui, par exemple, à des maîtres). Cf. Nous n'avons imprimé le cachet de notre temps ni à nos maisons, ni à nos Jardins, ni à qnoi que ce soit (muss., Conf., V^ Part., ch. IV). — Supprimez ni à nos maisons, etc., la phrase li'a plus de sens.

11 arrive que dans certaines phrases l'objet secondaire seul trouve place : Le Bureau vous a déjà donné ; — Ne me dérangez pas, j'écris à ma mère. En particulier, lorsque l'objet secondaire et l'objet premier sont également des personnels, très souvent, nous l'avons vu, l'objet n'est pas exprimé. Dans d'autres phrases, il y a un objet premier et un objet secondaire. C'est

(t) Le nom qu*on employait outrefois, complément indirect, ne peut plus convenir, puisque celte expre«ision est affectée aujourd'hui à toute espèce de complément construit A Taide d'un mot-outil. Celui de complément d'attribution ferait confusion avec attribut et d'autre part n'Irait guère avec les verbes comme 6/er. Complément d intérêt est trop étroit : destination se rapprocherait trop de but. Obfet second ou secondaire me parait mieux convenir. 11 rappelle les rapports étroits dont nous parlerons, qui unissent l'objet secondaire A l'objet, et explique les mutations qui se produisent entre eux.

extrêmement fréquent, ils échangent souvent leur rôle. Un léger déplacement de ridée fait tout à coup d'un des termes Tobjet premier. Et rien ne montre mieux combien les deux compléments sont voisins. Qu'on compare : Annoncez-lui la mort de sa mère à : informez-le de la mort de sa mère. (Voir à L' Objet, p, 357). De même : obliger quelqu'un à une chose et : Imposer une cliose à quelqu'un ; — payer une note à un commerçant et : payer un commerçant (1) ; — fournir de la laine à une usine et : fournir de laine une usine.

Il peut y avoir identité entre l'objet secondaire et le sujet. Il y a alors réflexion : le fondateur %* attribua une grosse part ;' il se prépare des déceptions.

On joint particulièrement un objet secondaire à un objet-action : // lui commande de partir. (Cf. avec un objet premier : il V obligea à s'en aller; — ils se promettent de bien Jouir de leurs vacances.

De même dans des phrases impersonnelles : il lui a plu de revenir ; — il ne me convient pas de renouer des relations avec lui ; — il me faut partir.

(1) Cet exemple est d'autant plus curieux que payer signifte originairement apaiser; on dit de même : donner des apaisements. Cf. pardonner une faute à quelqu'un et pardonner quelqu'un.

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