‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 216 sur 586 · L'OBJET ET L'OBJET SECONDAIRE EN PRÉSENCE ET EN CONCURRENCE · texte numérisé non relu

L'OBJET ET L'OBJET SECONDAIRE EN PRÉSENCE ET EN CONCURRENCE

Ijeur place respective. — En général, en a. f., l'objet prenneA* précède: se jo neVvus ciimant {Rol.,21^), lien a été ainsi jusqu'au XVII«s.,

Il est toutefois rare de trouver réunis devant le verbe deux représentants de forme légère, Tun en qualité d'objet premier, l'autre d'objet secondaire : qu*il me te daigne est exceptionnel.

En f. m., cette réunion ne se produit plus jamais qu'à la troisième personne : // me te donne est impossible (cf. on se V arrache !) On ne dit plus que : il le lui donne.

Lorsqu'un verbe est suivi d'un objet-action à l'infinitif, il se produit des rencontres qui embarrassent la langue, et produisent même des étrangetés : Si je ne vous lui vois faire fort bon visage (mol., Sgan., 61) est une phrase aujourd'hui impossible. Nous disons en f. m. : si je ne vous vois lui faire bon visage. De même pour : s* il me te fit parler. Nous disons : c'est ce qui Va fait me parler.

Objet non exprimé devant l'objet secondaire. — Quand il devrait y avoir deux personnels compléments : le, lui, en a. f. le est sacrifié à lui : Armes demande Guillelmcs Fierebracc. L'en 11 aporte {Cor. Lo., 405). En m. f. de même : respondirent... que si doulcement ne leur bailloit^ Hz luy tolliroient (C. Nonv., ii, 215). Oudin considère : je les lui donnerai comme une phrase « presque vicieuse » (1645, 107). C'est Vaugclas (i, 95) qui posa la règle moderne : // faut que je la luy face voir.

L'ellipse, favorisée en certains cas par la phonétique, se rencontre soit devant des temps personnels, soit devant des infinitifs prépositionnels : le pape envoya le formulaire tel qu'on luy demandoit (rac, P.-R., iv, 567) ; — Prenez une page sur moi pour lui donner (sÉv., Let., dcccxl). Malgré l'ellipse, l'accord se fait : // a demandé la Vie des Saints, on lui a donnée (Ead., Ib., DCCLXXvii).

Dans ses Remarques non publiées, Vaugelas hésitait à demander le neutre le : je le lui ai dit (ii, 425). Ce le pouvait encore être omis en plein XVIII® s. : Je ne suis point ingrate, et je lui rendrai bien (gresset, Le Méch., i, 2).

Choix entre objet et objet secondaire devant un infinitif d'objetaction. — Derrière des verbes tels que : envoyer, voir, entendre, faire, laisser, quand l'objet est une action exprimée par un infinitif, la concurrence entre objet premier et objet secondaire a été grande et dure encore.

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