‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 217 sur 586 · L'OBJET ET UQBJET SECONDAIRE EN J^J^SENCE · texte numérisé non relu

L'OBJET ET UQBJET SECONDAIRE EN J^J^SENCE

On tiit également : je V ai entendu chanter ça plusieurs ifois, et : 'je lui ai entendu chanter ça plusieurs fois. Cf. il Ixd laisse faire sjss fantaisies, et : r/tla laisse faire ses fantaisies.

L'analyse commune voit un passif dans certains infinitifs et un complément d'agent dans le terme construit avec d. Cela a une apparence logique, mais n'en est pas moins faux. Faire endosser une traite h qoelqu'^un, ne signifie pas proprement : faire qu'une traite soit endossée ^^ar Quelqu'un. U semble qu'on ait construit originairement : a mil en veïssiez iploper {Tvoit, 26344), comme : a mil en ueissiez des pleurs, et : je 11 ferai criembre (crùmdre) comme : je 11 ferai paor. Quand au verbe subjectif pleurer s' ©si substitué un verbe objectif tel que : je h ferai criembre chastoiemenl, le tour était formé (1).

Dés Ta. f., cet usage de l'objet secondaire se répandit et devint tout .à fait courant. Au XVII® s., Oudin discuta la phrase: fe vous feraij tancer k Madame (h. l., m, 642). Cette façon d'écrire s'est restreinte en effet depuis lors, malgré les exemples classiques : A'e me préparez point la douleur éternelle De ravoir fait répandre à la main paternité (rac, Phèd,, 1173) ; — Laissez-lui croire ce qu'elle voudra (mol., £). Juan, ii, 4) ; — un domestique qui vole l'argent que son maître lui envoie porter (la br., Car., De quelques us., 60).

Ce n'est guère qu'avec faire et laisser qu'on continue à en user : Laissez faire aux dieux ; — je me laissai conduire h cet aimable guide (rac, Iphig., 501) ; — A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter? (Id., Phèd., 195). Nous disons de même : — la chanson que je lui ai fait chanter ; — je ferai voir ce portrait à ma femme ; — si vous pouviez seulement lui faire changer d'idées ! — Ça lui fait toujours passer quelques moments difficiles. — On rencontre parfois cette construction avec d'autres verbes, tels que i^oir, entendre : Un homme à qui j'ai parfois entendu parler de vous ; — Je ne lui verrai pas fouler aux pieds tous les droits sans protester.

Avec les personnels me, te, nous, vous, qui ont des formes semblables à l'objet premier et à l'objet secondaire, c'est une différence dans l'ordre des mots qui signale la construction choisie. Comparez : je vousVai laissé accuser (objet secondaire) à : je vous ai laissé Vaccuser (objet premier). Seulement il n'est pas toujours possible de joindre les deux pronoms devant l'auxiliaire, puisque les première et seconde personnes ne s'accommodent pas de cette place, et qu'on ne peut pas dire : le hasard qui me VOUS a fait rencontrer ou : qui VOUS m'a fait rencontrer. Dès lors on se trouve obligé d'écrire : qui m'a fait vous rencontrer ; — l'accent de sincérité qui m*a fait VOUS croire. Il y a peu de Français qui sauraient dire quel est là le rôle de me, s'il est objet premier ou second (2).

(1) V. TOBi ER, MéL, 254.

(2) Des écrivains — de TAcadémlp — s'y embrouillent, et appliquent ô la 3* pem. cette syntaxe que la nécessité impose aux deux premières. Bourget écrira : La fièvre des sens le faisait U reprendre pour la quitter ensuite (Crime d'amour, 192). L'auteur n'a pas osé dire : la lui faisait reprendre, parce qu'il était embarrassé par la suite : pour In quitter ensuite.

Ce n'est pas qu'il n'y ait parfois de fines différences de sens : Je lui ai laissé faire les démarches se dira pour marquer qu'on a abandonné à quelqu'un ce soin ; fe Vai laissé.., pour marquer qu'on ne s'est pas opposé à son acte.

Ici encore on ne peut qu'admirer l'instinct linguistique qui, malgré une construction identique, attribue deux sens si profondément différents à : j'ai fait faire un vêtement à mon tailleur, et : j'ai fait faire un vêtement h mon flls. Dans le premier cas, en effet c'est le tailleur qui fait l'action exprimée par l'infinitif; dans le second l'auteur de l'action est inconnu, les mots mon flls désignent celui qui est l'objet de l'action (1).

(1 ) Avec faire savoir la composition est poussée si loin, que la seconde interprétation est seule possible, faire savoir est un verbe composé factitif qui a le sens (Tannoncer : faites lui savoir la nouvelle.

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