‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 237 sur 586 · CHAPITRE 11 LES DIVERSES POSITIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11 LES DIVERSES POSITIONS

Question concernant la position. — Pour demander à quelle place se trouve un objet, a lieu une action, etc., la langue se sert soit d'un adverbe interrogatif : où, soit d'un adjectif interrogatif : quel, précédé de d(ou parfois de dans) : à quelle place, dans quel coin se trouve la cabane ?

I. A un endroit. — 1® Adverbes. — Deux adverbes surtout sont en usage : ici, là, qui s'opposent l'un à l'autre : Fort à propos Messieurs, vous vous trouvez ici ! (mol., Mis,, 1671) ; — et que tout tienne là ! (v. h., Hern.. IV, 2) ; — Fig.: // faut montrer icj ton zèle et ta prudence (rac, Iph., 126). On sait le rôle joué par ces deux mots dans la formation de nos démonstratifs. Ici y a cédé la place à ci : cet homme-ci. En revanche ci a disparu au XVIe s. comme adverbe, sauf dans l'expression ci-gît, et dans quelques composés : ci-après, ci-contre, ci- joint, par ci par là, de ci de là (1).

On ajoute à ici et à là toutes sortes de renforcements ou de précisions : ici-bas, ici même, ici où nous sommes ; là-haut, là-bas, là même^ là où vous êtes. La forme ilà, correspondante d'zcz, était, au XVI I^ s. déjà, reléguée dans la langue populaire. Elle a fini par disparaître. L'a. f. disait aussi illec (illeques). Cette forme a vécu jusqu'au XVI® s. : pour illec faire convenir le peuple (pasq., Rech., 1. vi, ch. 46).

Ici et là ont fini par n'être pas très distincts. On dit : Nous ne sommes pas là pour enfiler des perles. Le sens est ici.

2° Compléments. — Les compléments sont construits avec diverses prépositions. La principale est à :

A. — La vie au grand air ; — De l'argent placé au Crédit Lyonnais ; — Et bientôt à ses pieds verra toute la Grèce (rac, Phèd., 374) ; — A quinze lieues autour de mon moulin, quand on parle d'un homme rancunier, vindicatif, on dit ... (a. daud., Lett., La mule du p.).

DE. — Le sens de de s'est effacé au point qu'il peut être à peu près synonyme de à : On entendait des coups de fusil éclater de toutes parts.

IL Dans un lieu. — 1° Adverbes. — Deux adverbes correspondaient à ici et là, c'était céans et léans (ci enz, là enz). Le dernier est

il) H. L., II, 374. A noter Qu'est-ce ci ? qu'on ne sait plus guère écrire.

mort à l'époque classique (h. l., ii, 376). Céans traîne un reste de \ie : Mes jeunes cavaliers, que faites-vous céans ? (v. h., Hem., i, 3).

2° Compléments. — En. La vieille préposition héréditaire était en. Elle se combinait avec les articles définis : en le > el, ou ; en les > es. Devant /', ou la, comme devant un, en restait intact : en la maison. Ou disparut dans la première moitié du XVI^ s. (h. l., ii, 277). Es fut condamné à répoque malherbienne, et, après s'être maintenu longtemps, finit par ne subsister que dans quelques expressions : Bachelier es lettres (h. l., m, 274).

En la et en V ne se contractaient point. Au XVI® s., on trouve au (<a + le) en place de ou (de prononciation presque identique), et aux en place de es : et entray Dans ung chasteau, auquel je rencontray... (marc. DE NAV., Dern. po., 154); — il (l'homme) a par le moyen du corps les plus excellentes qualitez, qui soient és choses sensibles et corruptibles, et par le moyen de rame le? plus excellentes conditions qui soient aUX intelligibles et incorruptibles (du vair, 412, 12. Cf. h. l., h, 278, et surtout m, 632). Il n'est pas .besoin de souligner l'inconvénient qui résultait de cette confusion (1). Mais un nouvel organe venait de se former. L'a. f. avait un adverbepréposition cnz, qui a vécu jusqu'au XV P s. : ço nos dirai qu'enz troverat escrii (AL, 74, 369) ; — ens celé canbre, biaus dous nies, enteres {Huon de B., 4885). En outre il existait un composé dedens. Ens se joignait le plus souvent à en : enz el fou (dans le feu). Dedens s'employait seul. Or, à côté de dehors, dessus, dessous, il existait des correspondants : hors, su(r), sous. Par analogie, la série se compléta et dans sortit de dedans (h. l., ii, 382). Il n'est pas encore chez Marot, mais on le trouve chez Ronsard : Attaché dans le ciel (Po.ch.,B. de F., 67). A partir de 1560,1a nouvelle préposition devint tout à fait usuelle. Son succès fut même si prompt que Vaugelas put poser en règle que dans, comme sur, sous, était seule préposition, et que dedans ne pouvait plus servir que d'adverbe (h. l., m, 626).

En ne subsistait plus que devant la, V : en Vostel, en la chambre, ou quand d'autres mots que l'article défini accompagnaient le nom : en un tas ; — Quelques titres honteux çu'en tous lieux on lui donne (mol., Mis., 133) ; — ... qui se retiraient en des solitudes (flaub., Bov., 238, cf. 117) (2).

En fait, outre son rôle de préposition abstraite (agir en homme), en est encore fort utile : un homme en place, en situation de faire une chose ; — venir en chemin de fer, aller en bateau, en voiture, en auto : — avoir de l'argent en poche ; — être en paix, en manteau gris, en tutelle ; — la guerre en dentelles. L'analogie est si forte qu'elle entraînait aller en bicyclette. Les puristes ont soutenu à.

Au figuré, il existe bien des expressions ou à et en s'échangent : .se fier à DieUy mettre sa confiance en Dieu.

(1) Malgré cela à s'emploie encore : s'embarrasser aux détails pratiques de la vie (Flaub., Bov., 305).

(2) A noter que' dans le Discours de la Méthode de Descartes, sur mUle mots, on tn.uve encore dix-huit fois en, pas une fois dans.

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