‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 238 sur 586 · LES DIVERSES POSITIONS · texte numérisé non relu

LES DIVERSES POSITIONS

Dans se dit depuis le XVII« s. des lieux réels et des lieux figurés : une clairière dans la forêt ; — un enfant perdu dans la rue ; — Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons, La pâle mort mêlait les sombres bataillons (v. H., Chat., Expiât.) ; — Tous les pauvres mortels, sans nulle exception. Seront enveloppés dSLns cette aversion (mol.. Mis,, 115). Sur remploi de en et de dans avec les noms communs, mille difficultés se sont élevées dés le XVI F s. Fallait-il dire mêler à ou mêler dans? un van en main, dans les mains, entre les mains ? — Entre les bras de Dieu fêté dès ma naissance (rac, Ath., 635); — De ne poser le fer entre nos mains remis (id., Ib., 1375).

En ET LES NOMS PROPRES. — Devant les noms propres de lieux désignant des pays et des provinces, en et dans sont encore en concurrence. On dit en Auvergne, en Lorraine, en Allemagne, mais dans les Vosges, dans te Lyonnais. Les régies capricieuses qu'on donne remontent au XV 11^^ s. Elles ont entretenu un tel désordre que, lors de la création des départements, l'usage s'est partagé. En se met avec les noms composés : En Meurthe-et-Moselle, en Seine-et-Oise ; dans avec les simples : Dans le Doubs, dans la Meuse. Encore celte règle n'a-t-elle rien d'absolu. On dit fort bien : X. est élu dans le Tarn-et- Garonne ; en Hautes-Alpes serait impossible.

Avec les noms de ville, en a cessé de se dire depuis le XV 11^^ s. (h. l., m, 634). En Avignon est un provençalismc dont s'amuse A. Daudet.

En ET LES NOMS COMMUNS. — Avcc Ics noms communs, à, en, dans sont en concurrence. A demeure dans un assez grand nombre d'expressions : le diable au corps ; un enfant au berceau. En est également courant : en ville, en terre existent à côté de: dans la ville, ûans la terre. Dans la langue littéraire contemporaine, en est de mode. On a été jusqu'à l'employer avec le et les : en les poèmes. Cet affreux barbarisme, contraire à la fois à l'usage et à la tradition, se rencontre fréquemment.

Chez. — Il signifie proprement : dcms la maison de : Il est réfugié cbez ses parents. On a discuté au XVII® s. pour savoir s'il était permis de dire : chez Aristote (h. l., m, 645). Les partisans de la restriction ont été battus. On continue à dire : chez les Grecs, chez les Stoïciens ; — C'est une vertu rare au siècle d'aujourd'hui. Et je la voudrais voir partout comme chez lui (mol.. Mis., 1167) (1).

On se sert aussi d'autres expressions telles que : à T intérieur de, au dedans de, dans Venceinte de, et aussi dans le sein de, expression dont on a singulièrement abusé.

III. Hors d'un lieii. — Dans la formation des mots, l'a. f. se servait de fors : forligner : être hors de la ligne, for bourg (faubourg) qui est hors du bourg. Aujourd'hui on se sert de hors, extra : hors-d 'œuvre, commission

(1) Dans se trouve encore : un mouttement d'humeur, excusabie dans un homme qui n*a pas le sou (Flaub., Éduc, II, 40).

extrSLparlementaire (qui est formée et travaille hors du parlement). Defors et fors ont également cédé au XV II® s., soit comme adverbes, soit comme prépositions à hors : Un observatoire, pour travailler, doit être placé hors d'une grande ville, loin des fumées et de la trépidation. De longues discussions ont eu lieu sur la façon de construire hors avec ou sans de : hors la ville ou hors de la ville? Ce dernier tour a prévalu au sens propre, à la fin du XVIle s.

On dit aussi : au dehors de, à l'extérieur de. Cf. le latinisme extra muros opposé à intra muros.

IV. Autour d'un lieu. — Dans la formation des mots, Ta. f. se servait de pour : pourtour. Le f. m. use de circon, circum : eÏTeumnavi galion, cireumpolaire.

La préposition essentielle était entour : Quant li Espagnol virent le grand siège entor la cité (Chron. S. Den., G.). Entour n'a pas dépassé le XVI« s. (h. l., h, 375). Mais il en est resté la forme à Ventour, qui est entrée en concurrence avec autour. Les discussions de la fin du XV 11^ s. à ce sujet sont passées en proverbe. A partir de ce moment on dut dire : La Reine avoit toutes ses filles autour d'elle, mais la Reine estait en un tel lieu, et toutes ses filles estoient à l'entour (ménage, Obs., i, 277).

V. Dans le voisinage d'un lieu. Lez. — L'a. f. se servait de lez, (à côté). Lez existe encore (mal orthographié) daps les noms de lieux : PlessiS'les- Tours ; La Queue-les- Y vélines, etc. Les prépositions étaient, outre lez : de coste, jouste, empres.

Jouxte a disparu la dernière. On la trouve encore au XV IP s. (h. l., m, 381). Nous nous servons aujourd'hui de près, proche, à côté de, auprès de, touchant, joignant, contre.

Près a donné lieu à toute espèce de difficultés. D*abord il a fallu le distinguer de prest, prêt, et la langue n'y est pas arrivée avant le XVIII® s. Racine écrit prêt dans : Dans quel péril encore est-il prêt de rentrer ! (Ath., 186), tout comme dans : Je me sens prêt, s'il veut, de lui donner ma vie (Ib., 1274). Aujourd'hui l'adjectif, écrit pré/, est suivi de à; la préposition, écrite près, de de: prêt à défaillir, près de défaillir: Il est près du sentier, sous la haie odorante. Une pierre petite, étroite, indifférente Aux pas distraits de Vétranger (lam., Harm. p. et rel., m, xiv) ; — Près de la lourde anémone, de charmantes petites fées, des annélides apparaissent (michel., La Mer, 387).

Mais la question de la construction ne s'est pas résolue en même temps que celle de l'orthographe. Fallait-il toujours dire près de ? C'est cet usage qui a triomphé, sauf dans de vieux noms de lieux et des expressions toutes faites : près Lyon ; ambassadeur près la Cour de la Haye (1).

Près et proche ont aussi été en concurrence. Proche de a vieilli : Hégésippe arriva si proche de lui{¥ts.. Tél., 1. xiv). Depuis la fin du XVII® s., îl

(1) Des auteurs du XIX* hésitent : i7 {;i7.,. près le Jet d^eau, Delmar couché... RosuneUe. assise près de lui (Flaub., Éduc, i, 215).

LES DIVERSES PoSÎTIOSS

était indispensable de le faire suivre deUi prépusilion tic : proche de sa ruine, La vieille forme emprès a disparu, mais al près de est resté : // a reçu auprès de sa mère, Tor chant et joignant sont des archaïsmes de la procédure. On emploie emore ctintre ; tout contre ifi porte ; elles (les colonnes) se îouvhaient à ta fin contre ta maraitie du simclutiirc (flaib.,

P. choisies^ 184, SaL). Cf. vers : Son maître éiaii logé à févarL et appa- J-emment vers un lieu couvert de gramis arbres (la font,, i, tlj.

VL A distance d'imlieu. —- La préposilion est loin de : loin des yeux, ^rès du cœur; — Maintenant ifue Paris, ses parés rt ses marbns^.. Sont lïien loin de mes yeux (v. h*, ConL^ A Villeq.).

On dit aussi à dîslance. Les expressions figurées : itii diablt au rrrt (Mm- -^-ert), aux 3fi.000 diables, indiquent un grand éluignemenL

VII. Au desBUB d'un lieu,^ Dans la formation des mots ini fait entrer ,s£iw* et sus: Vlttoni. surplis, surno^fr, stlT/no/r/rr, sUTroler. susnommé, susépi- .TM^ E^KX. On se sert aus«i de super^ supra : supSTst rue lare, el de épi : épici/c-/'o M'de, éplzcoiie.

.^^un (a. L soure) a longtemps perdit son r tinal ; il se prcmonçait su et

r"€^is- semblait tout a fait à 5(/(&) devant eonsonne. On enifiloyait aussi dessus :

*^^ rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive (hac Ipii., 206) ; — Quelle

f ^^^ ^^^ortune main, en formant tous ces na*uds, A pris soin sur mon front d\issem-

^^^^.^^ mes cheveux? (Id.. Phèd., 159> ; — La vapeur de leur ha ici ne passait

s^*»^^ la lumière des torches (fl.uh.» P. dwis,, 18t. Sal.).

^TIDn dit : grof;tjrr sur cuivre, sur bois; le tourneur est ^of/rn^ ut sur m^/^rx

^^ ^""^ ^n métaux. La matière J "être apparaît dès lors comme la chose sur laquelle

*^^*^ travaille, on essaie : On cxpérimenti' un remède sur des chiens ; — Qu it

^ ^^-^^salra sur VOUS à rombattre contre eux (hac, Andr., 172). — U'nù : se

^^^^^^^ ger sur, exercer des sévices, des uiotencts sur : Oui, les Grecs SUT le ills

^^^^^^'^'Sécutent le père (kac. Andr., 225), De même avec des lieux ligures :

"^ ^^^ous fait sourt'rains sur leurs grandeurs suprêmes (cohn., Cin.. ^S6) ; —

Dieux, dont le poupotr sur les choses préside (mol.. Amph., 1*71^). Cf.

^^ '^'^^npter sur, faire fond sur, économiser sur f éducation.

^.a notion n'est pas tellement claire qu'on ne puisse employer en certaînf ^^ ^^ sur ou bien sous. Nous avons déjà dit qu'on a longtemps hésité entre : ^^^ ^t^ peine de ta rie ou sous peine de lu rie. Sur prétexte et sous prétexte ont été ^3^si en concurrcme : On ne doit de rimer aroir atwunc envie Qu'on n'y soit *^~^ damné, sur peine de la vie (mol.. Mis.. 1154 ; h. l.. mi, t>4 4). -i>î élait très usuel en a, f. dans le sens de sur: sis cumpainz Geriers isiet) '*^ Fassecerf iHoL, 1379) ; — en son dos sa chenusc (ri'tkb., ii. 136) ; — en croix (l'ASC, Pens., art. xvi. 2, Hav>). Beaucouii d'expressions sont "tées avec ce sens : le casfpte en tête ; — Jésus est mort en croix; — un T^^o^rtrait en pied.

^ s'employait aussi. On le trouve encore à l'époque classique : Les rhe- ^^ t-ix cependant me drrssint à la tête (buil.. Sut,, in, 66); — ['ne impie

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étrangère Assise, hélas ! au trône de tes rois! (rac, Ath., 799). Figurément: En insistant toujours aux mêmes prineipes (boss., Serm., Septuag.). L'idée d'une position dominante, d'un sommet, se traduisait en a. f. par som, en som, par som: en som cel pin al vent (Peler,, 760). Aujourd'hui le diminutif sommet est seul usité : Un observatoire an sommet du Mont Blanc. On dit en haut de la tour (cf. au haut de) : au faîte d'un mur,

VIII. Au dessous d'un lieu. — Dans la formation des mots,on se sert de sous et de sub : sous-sol, sous-préfet, souterrain, sousmar/n, soulever, soupeser, SUhcaudal, subordonner. On se sert aussi de infra : ïïdTSLstructure, ïnÎT^ouge et de hijpo : hjpogastre, hypodermique.

Sous. — La préposition usuelle est sous. Dessous a été déclaré adverbe : Soisy sous Etiolles ; — être écrasé SOUS un bâtiment qui s'écroule ; — être SOUS le canon du Mont- Valérien ; — Et mes genoux tremblant se dérobent SOUS moi (rac, Phèd., 156). D'où le sens dérivé de tomber SOUS les eoups ; — Hector tombe SOttS lui. Troie expira sous VOUS (rac, Andr., 148). Figurément : Sous le Directoire.

Au-dessous est en concurrence avec sous : les enfants att-dessous de dix ans. On dit également : au pied de, au bas : au pied du mur ; — Même au pied des autels que je faisais fumer (nAC, Phèd., 287) ; — Plusieurs portaient au bas de leur vêtement une déchirure arrêtée par un galon de pourpre (flaub., P. chois., 185, Sal.).

Par terre s'exprimait autrefois par jus, Mettre jus a ensuite été traduit par mettre bas, mettre à bas (h. l., ii, 376). .

IX. Devant un lieu. — Dans la formation des mots, on use de avants pré et pro : avant-^ras, avhni-garde, proéminence, promontoire, proposer^ préposer.

Devant. — La préposition essentielle est devant : l'a. f. disait dedevant : Dedavant sei fait porter son Dragun (Roi., 3266) ; — V illotte devant Loupy ; — les combats devant Verdun. Devant signifie aussi en face de, en présence de : avoir devant les yeux, comparaître devant le tribunal, i7 l'a répété devant moi ; — J'ai même défendu, par une expresse loi Qu'on osât prononcer votre nom devant moi (rac, Phèd., 603). Par devant nous est devenu une expression du formulaire.

En tête de est relativement récent. En tête du livre, de la colonne. A la tête implique l'idée de commandement : // a chargé à la tête de ses hommes.

X. Derrière un lieu. — Dans la formation des mots on se sert ûearrière^ rétro, re,post: arrière-bouche, arrière-pensée, retropédalage, rétrograder, revenir, reculer, postposer. Les prépositions sont derrière, en arrière de, par derrière : regarder derrière soi. On dit aussi en queue de, à la suite de, au bout de, à r extrémité : en queue de la troupe ; — à Textrémitè, au bout du

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