‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 254 sur 586 · LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE L'ACTION PRÉSENTE · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE L'ACTION PRÉSENTE

t«urs ont visiblement aperçu quelque chose de la différence temporelle.

Il ne faut pas dire, comme on Ta dit, que les formes avec avoir marquent l'action et les autres l'état. Pour être exact, il faut dire que celles avec avoir marquent une action qui s'est passée à l'époque dont on parle, et celles avec être un état présent qui en résulte. C'est là la différence entre // a sorti (il a fait l'acte de sortir) et il est sorti (il n'est pas là) (1).

Il faut ajouter que la forme avec être tend dans divers verbes à subsister seule, et que, dans ce cas, elle exprime naturellement les deux temps. Ainsi pour tomber : Elle a tombé a aujourd'hui quelque chose de populaire ou d'archaïque : C'est en descendant la berge qu'elle Si tombé (k. sue, i\/ys/., II, 33-34); — Quand notre civilisation tombera ainsi qu'ont tombé toutes les civilisations (zoLA, Cont. Nin., 74). De même, il a monté (2). De sorte que la même forme peut avoir les deux valeurs : Cf. H est mort l'an dernier : — tu ne le trouveras plus, il est mort.

Beaucoup de verbes résistent jusqu'ici, et n'ont pas de présent parfait avec être : fuir, gobelotter, grimacer, grouiller, intriguer, jardiner, jaser, jeûner, jouir, lambiner, larmoyer, lanterner, lutter, marmotter, nager, mijoter, persister, pirouetter, politiquer, présider, pulluler, ruisseler, tinter, trinquer, triompher, vivoter, voter, etc.. En somme, on ne peut guère savoir si le mouvement s'étendra. L'analogie des objectifs empêche les subjectifs de développer leurs formes.

Il faut ajouter que, même avec avoir, ces verbes peuvent présenter le sens de parfait: elle a vécu. — Je ne suis pas difficile, mais quand je vois un ver dans la salade, j'ai déjeuné.

Parfait des pronominaux. — Les verbes pronominaux ont des participes, qui, ainsi que nous l'avons vu, s'emploient sans le se : une fille repentie. Ces participes, en se joignant au verbe être, donnent des formes où le verbe tantôt a la valeur d'une simple copule, tantôt fait avec le participe une vraie forme verbale de présent accompli : les murs sont écroulée; — les principales provinces sont insurgées ; — les oiseaux sont envolés ; — on remporte, elle est évanouie ; — les fleurs sont fanées. Avec ces verbes-là, il est certain qu'on se trouve en présence d'une forme active ; il y a incertitude avec d'autres : /7 est enrichi ; la plaie est envenimée. On peut entendre que quelque chose l'a envenimée ou qu'elle s'est envenimée.

Parfait des objectifs. — Des verbes objectifs d'action limitée, dont les formes composée^ sont nécessairement formées avec avoir, présentent parfois, quand l'objet manque, un sens analogue, quoique beaucoup moins

(1) Stapfer ne comprend pas des phrases qu'il trouve dans Flaubert et ailleurs : Quelques marguerites étaient rtpoussées, il y voit des passifs, qu'il blâme (Récr., 52).

(2) Cf. Recevant de Rodolphe ravis du danger, Clémence avait précipitamment monté au cinquième (r. SUE, Myst,, ii, 42) ; — Avez-VOllS quelquefois, calme et silencieux. Monté sur la montagne (V. H., F. d'Àui., Ce qu'on enl. s. la mont.).

net. La France a vaincu, peut être entendu comme équivalent de : elle est vletorieuse. Cf. J'ai dit» J'ai trouvé.

II. Passif. — Au passif, si Taction est limitée, on peut dire que le présent de rindicatif l'exprime comme accomplie : Les dépêches sont expédiées ; — les condamnés sont exécutés; — les murs sont rebâtis, les loits réparés; — la ville est délivrée; — la partie est perdue; — les invitations sont lancées; — justice est faite ; — la cause est entendue; — C'est tout réflécbl (donn., La Pair,, m, 5).

C'est ici le lieu de se souvenir de ce que nous avons dit au sujet des similitudes que présente une phrase passive par rapport à une phrase quelconque avec attril)ut. La vitre est cassée, peut avoir les deux sens.

Seuls les présents des verbes d'action illimitée signifient le présent : — cette réforme est réclamée, attendue, désirée. — le prisonnier est gardé à vue.

Substituts du présent passif. — Dans ces conditions, avec les verbes d'action limitée, il faut remplacer le présent passif. On le fait de diverses manières, pour signifier que l'action est dans son développement. Ou bien on tourne par l'actif : On rebâtit nos villes du Nord, ou bien on tourne par le pronominal : nos villes du Nord se rebâtissent. Cf. Les blés se sèment en ce moment ; — cette année les robes se portent très courtes.

On fait reparaître l'idée du présent. — Mais la théorie présentée aussi simplement serait fausse. D'abord, s'il y a répétition, c'est comme s'il y avait durée : Si je dis : le dîner est servi, je marque le résultat présent d'une action passée unique, mais non un fait qui a lieu au moment où je parle. Si au contraire je dis : Dans ce cabaret, les dîners sont servis par des garçons déguisés en Académiciens, je me trouve en présence d'un fait habituel, c'est le présent. Cf. mes gerbes sont liées, et nos fils sont liés par une vieille amitié.

Toutes sortes d'additions, en faisant reparaître l'idée d'action, font reparaître la valeur du présent : une loi est abrogée, si les trois quarts des voix se prononcent contre elle ; — dans les conflits entre patrons et ouvriers^ les solutions sont souvent obtenues par r intervention gouvernementale.

Cela ne veut pas dire, bien entendu, qu'on n'emploie pas les substituts du passif, quand il s'agit d'actions répétées : la bécasse ne se mange pas fraîche. C'est même là, il faut y insister, la forme ordinaire pour l'action habituelle.

Passif accompli périphrastique. — Vaugelas a condamné une façon de parler qui est encore en usage, où une périphrase formée des verbes finir^ achever signifie l'accomplissement : ma lessive est achevée de laver, mon blé est fini de battre. On insiste là sur l'idée d'accomplissement qu'exprime déjà le simple passif : mon blé est battu.

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L'aspect accompli aux autres modes. — On trouve, comme à Tindicatif, au subjonctif actif, le temps composé employé en qualité craccompli : on ne s'entend non plus parler les uns les autres que dans ces chambres où il faut attendre 9 pour faire le compliment d'entrée, que les petits chiens aient aboyé (la bruy., Car,, De la mode).

Au subjonctif passif, le même aspect est exprimé par le présent : il s'en faut bien que tout SOit réglé ; — je suis désolé que la dépêche SOit expédiée.

L'aspect accompli est également marqué à Téventuel : D'après ce qu'on dit, le roi serait mort, deux généraux seraient tués.

L'action marquée par un infinitif se présente aussi comme accomplie sous la forme de Tinfinîtif passé, composée avec être: Je voudrais être mortel je voudrais être arrivée.

L'infinitif composé avec avoir était très fréquent à l'époque classique : Avez'Vous jamais vu ces chiens qui, recevant à gueule ouverte ce qu'on leur jette, n'ont pas loisir d'avoir avalé le premier morceau, pour ouvrir lu gorge à recevoir l'autre ? (malh., ii, 561). Cette forme s'employait souvent avec le sens très net de l'accompli.

On trouve encore cet infinitif en français moderne : A l'heure qu'il est, il doit avoir déjeuné. On ne sait pourtant pas si cela veut dire qu'il a fait l'action antérieurement, ou qu'il est dans l'état qui suit. On peut avoir les deux figurations suivantes (A et B).

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