LE FUTUR
formes sont encore toutes communes au XV I® s. On trouva aussi : lairrai, (laisserai), merrai (mènerai) (1).
Inversement le type en erai (chanterai) exerça son action sur les future contractés.
A. Déjà pour certains verbes, au XIV® et au XV^ s., entre rai, ras, et le radical atone s'intercalait un e : prenderai-je, batteront II ne semble pas que ce soit là un fait phonétique (dr, tr formant une articulation unique qui ne tend guère à se décomposer), mais un fait d'ordre analogique. Comme on disait : garderait, on a dit : perdera.
B. De même le type en irai agit sur les futurs contractés. On dit bouilliray au lieu de boudray : Et le gloii-gloii de nos marmites en bottilliront plus de mille ans (Espad. Sat.y 22) Cf. boiray au lieu de beuray et buray : Nous boirons pinte (le petit, Chron. Scand,, Par. rid., 113).
3° Futur formé sur le présent. — Les choses en étaient là, quand survint un événement capital dans l'histoire du futur. Dans la première conjugaison, c'est-à-dire dans 990 verbes sur mille, le futur tut rapporté au présent et non plus à rinfinitif. Ce changement est dû à une double cause. L'infinitif, au lieu d'avoir un r prononcé, perdait cette consonne : fêter était devenu jeté (toujours écrit jeter). D'autre part l'assourdissement de e dans jet(e)rai amena le changement du premier c(œ) en é : je jét(e)rai. Dès lors je jet(e)rai est très proche de je jet(e), et très loin de jeter (2). L'instinct rapproche alors futur et présent. Le futur paraît fait du présent, auquel on a ajouté rai. De même dans les verbes en eler (appeler), ever (crever), emer (semer), ener (mener), eser (peser). De même ensuite dans tous les verbes en er : aimerai. Ainsi se constitue la règle moderne, que l'orthographe a empêché de voir jusqu'ici.
Quelques verbes d'autres conjugaisons faillirent être entraînés. Ouïr qui avait déjà un futur contracté : oirai et un futur tiré de l'infinitif : cuirai, se rencontre sous la forme d'un futur tiré du présent (j*oy) > j'oiray. Tien-
ci) Il semble qu'au XVI* s. donrai et lairrai soient surtout employés en poésie, ; donriêray et laisserag sont plutôt de la prose : mon esprit te donra intelligence (ifARG. de nav.» Dem. po., iv, 347). Mais au XVII* s., Oudin déclara que donray et donrois étaient hors d'usage, ainsi que demourray et demourrois. Vaugelas condamna aussi ces formes : c cette abréviation de lairrois, ïairrai... ne vaut rien, quoy qu'une in Anité de gens le disent et l'escrivent. Quelques poètes ont creu que les vers leur permettaient d'en user, mais ceux qui aiment la pureté du langage, le souffrent aussi peu dans la poésie que dans la prose. Mais ils souffrent encore bien moins, vous me pardonrez, donray , ou dorray^ qui sont des monstres dans la langue > (H. l., m, 333 ; cf. TBUROT, Pr. fr., 151-2).
(2) Oudin témoigne du changement : » En quelques verbes où Ve féminin re rencontre, pr'ncipalement en ceux cy crever^ lever^ mener et leurs composez, il se prononce ouvert aux trois personnes du singulier du présent de l'indicatif ; en la tro'siesn?e du pli rier : par tout au futur et au temps qui en sont formez : en l'impératif : au futur de l'optatif, et au présent du subjonctif qui lont aacanomont semblables an dit présent de l'indicatif : par exemple fe levé, tu levés, il levé, ils lèvent. Je leveray, tu lèveras, il lèvera.... Quand je leveray, etc.. qu'il faut tons prononeer par al : laive, laiveray, etc.. le reste des temps et des personnes se prononcent par e bref ou féminin ; levons, lv<ms : levais, Ivois ; levé, Ivé, et ainsi des autres • (Gr., 5-6). De même Hindret atteste formellement que les verbes en er qui ont un e féminin sur >a pénultième syllabe de l'infinitif changent cet e féminin en e ouvert aux antépénultièmes syllabes des futurs (Thu- ROT, o. r., I, p. 139-140). La forme ancienne: i7 se leo(e)ra s'entend encore dans diverses provinces.
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(irai, viendrai ont abandonné la vieille forme tendrai, pour se reformer sur l'indicatif tien. Cueillir, qui, par certains de ses temps, appartient à la l'« conjugaison, hésita longtemps. Cueillerai, tiré du présent, a fini par l'emporter sur cueillirai, qui se rencontre encore au XVI II* s. (h. l., m, 333). La règle moderne pour la formation du futur. — Cette règle est double : '
A) pour les verbes en r (ir, re), formation sur l'infinitif :
finir je finirai,
lire je lirai,
boire je boirai,
descendre je descendrai.
B) pour les verbes en é (er), formation sur le présent :
j'aime j'aimerai,
je Joue Je jouerai,
je pèle je pèlerai,
j'attelle yaiiellerai.
Conséquences de la règle moderne : 1) Avec aimer et chanter, la loi d'apophonie amène dans aimerai, chanterai, le même changement que dans berger^ bergerie.
2) Mais pour les verbes comme semer, atteler, jeter, un changement important se produit dans le radical : Ve, qui à l'infinitif est un e féminin (cB),devient un è ouvert au présent et au futur. Il y a toutefois de légères différences phonétiques. È est plus ouvert au présent, où il porte l'accent, plus fermé au futur. Mais on n'a pas jugé à propos de tenir compte de ces différences dans l'orthographe : je sème, je sèmerai.
Dans les verbes où l'e de l'infinitif suit une voyelle, cet e féminin n'est pas prononcé au futur, bien qu'il continue à s'écrire : je jouerai, je remuerai (1).
Certains futurs comme décolleterai ont l'air d'être faits encore sur l'infinitif décolleter. Il n'en est rien. Il faut tenir compte en effet de ce fait que le présent lui-même est déformé sous l'influence des personnes à radical atone. On dit: je me décorte {cf. j'empaqu't,j'épous't), d'où les futurs. Le verbe acheter hésite au futur ; on dit achèterons, ou achtrons (2).
Les futurs périphrastiques en formation. — La langue utilise souvent le verbe devoir suivi de l'infinitif. L'expression a encore un sens modal, mais ce sens modal est de moins en moins senti. La forme s'achemine ainsi vers une valeur purement temporelle : Elle doit venir ; ça doit réussir. On sent combien ici la valeur de devoir est différente de celle que montre
(1) L'e disparu de la prononciation a été souvent remplacé dans l'écriture par un accent circonflexe : Je loûrai. Jusqu'au XVIII* s., il semble qu'on ait allongé la syllabe plus encore qu*aii> jourd'hui : je loûrai (Thurot, o. c, ii, 586).
(2) C'est sans doute une raison analogue qui, en dehors de l'instinct général de renforcement , a amené er/e, eron, etc., à prendre la place des simples. Dans bergerie, une fois r assourdie, le rapport avec berg«(r) n'a plus paru le même. D'où l'addition de orio dans mafrerio. Cf.,/orgeron, poéttntLJL