CHAPITRE X GROUPEMENTS DE PROPOSITIONS
Isolées et indépendantes. — Les idées peuvent être indépendantes les unes des autres ; les propositions qui les expriment le sont aussi : ne soyez point en peine de mon séjour ici ; je m'y trouve parfaitement bien ; j'y vis à ma mode ; je me promène beaucoup ; je lis, je n*ai rien à faire (sÉv., Le/., 577); — Je m'étais endormi la nuit près de la grève. Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve. J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain (v. h., Chat., Stella).
Souvent, pour laisser à chaque idée sa valeur, on décompose en quelque sorte l'ensemble ; on dira : vous acceptez, j'espère, de façon à faire ressortir vous acceptez. Cf. vous avez écrit, je suppose ; votre médecin vous a conseillé le repos, paraît-il. Une mère impose sa volonté : Tu iras, que je te dis ! (1)
Combinées. — Il y a des propositions qu'on pourrait appeler combinées, qui ont un terme commun. Parmi elles se trouvent les propositions où un même auxiliaire sert à plusieurs verbes : vous avez froidement.., terni, flétri, souillé, déshonoré, brisé Diane de Poitiers, comtesse de Brézé (v. h., le Roi s'amuse, i, 5).
Pendant longtemps la liberté de ces constructions a été grande. A un auxiliaire être suivi d'un premier participe, on ajoutait un second participe, qui, régulièrement, aurait dû se construire avec avoir. C'est au XVI1« s. seulement que s'est manifestée nettement l'idée que chaque proposition doit avoir — sauf exception justifiée — tous ses éléments à soi. Corneille disait encore : Dieu ]n*a mis dans le trône et soutenu son choix (corn., ix, 323, Compiles, v. 14).
Remarque. — La construction au moyen des conjonctifs établit souvent un lien entre les propositions par un terme qui semble jouer un rôle dans les deux à la fois : qui m'aime me suive ! — Cherchez qui vous conseille ! Le premier type est peut-être moins répandu qu'autrefois, il se rencontre pourtant fréquemment : Jésus, qui voit ton front croit voir le front du jour (v. h., Chat., A un martyr) ; — Quiconque a frappé par l'épée périra par Vépée. La plupart du temps qui a été remplacé par celui qui, ce qui : ce qui était vrai hier l'est encore aujourd'hui ; — ce qui se conçoit bien s'énonce clairement.
(1> (kmiiMirez dans les Ragonê ei les Ombres (Trist. d'Obinpio) la longue apostrophe, qui suit Alors, U s*écria, au vers fameux : Allons I faites donner In garde, cria-Hl {Chat, l*Exp.).
GÉNÉRALITÉS
En fait on ne peut pas considérer le conjonctif comme jouant un rôle gramniaticaJ dans les deux propositions. C'est la proposition tout entière qui est ou sujet ou objet du verbe principal. Dans : cherchez qui vous conseille, qui vous conseille est Tobjet. Dans : qui m'aime me suive, qui m'aime est sujet.
Coordonnées et subordonnées. — Les idées sont reliées par des rapports : les propositions se présentent sous forme de coordonnées ou de subordonnées.
Coordonnées. — On considère comme coordonnées les propositions ou principales ou subordonnées qui sont reliées par un mot de coordination, une conjonction : et, ou, mais, car, donc, or, ou bien un adverbe qui joue le même rôle : aussi, pourtant, cependant, néanmoins.
Mais il arrive que des propositions non rattachées par une copule sont fortement coordonnées par le sens : cette femme avait perdu son mari, elle est morte de chagrin. Ici le rapport est visible, ailleurs il faut y regarder de près pour le découvrir. Soient ces vers de Victor Hugo : Jeune, il avait encore de longs jours parmi nous. Il n'en a pas compté le nombre ; Il était à cet âge où le bonheur fleurit; Il a considéré la croix de Jésus-Christ Toute rayonnante dans l'ombre. (Chût., A un martyr). On peut regarder ici les phrases comme indépendantes, on peut aussi, on doit même se rendre compte qu'il y a là deux groupes successifs, où les idées s'opposent, si bien qu'on pourrait introduire entre eux cependant, ou néanmoins : cependant // n'en a pas compté le nombre... néanmoins il a considéré.
Subordonnées. — Nous avons parlé plus haut des termes complétés. Il n'y a en général aucune différence théorique entre les compléments qu'on ajoute à un terme et les compléments qu'on ajoute à l'ensemble d'une proposition. Comparez : je Le sais depuis que j'ai perdu ma mère à : ma vie, depuis que j'ai perdu ma mère. Il y a en particulier si peu de différence entre ce qui se rattache au verbe et ce qui se rattache à la proposition dans l'ensemble qu'on a souvent, à tort, considéré comme dépendant du verbe ce qui dépend en réalité de l'ensemble : un amant fait sa cour où s'attache son cœur (mol., F. sav., 241).
Moyens de rattachement en subordination. — Les procédés de rattachement sont divers :
I. — n n'y a point de lien apparent : il le verrait, il ne le croirait pas.
II. — Le lien s'établit par les formes : dussé-je en mourir^ j'essaierai ! la tourmente passée, il respira. Beaucoup considèrent la tourmente passée comme un simple complément. Convention.
III. — Le lien est établi au moyen des mots-outils : les conjonctives sont rattachées par un conjonctif : Oui, mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage (mol., Mis., ii, 5) ; — j'ai été obligé de le renvoyer, ee qui m'a fait beaucoup de peine.