‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 271 sur 586 · CHAPITRE PREMIER LES QUESTIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LES QUESTIONS

Nous avons déjà vu des questions de toutes sortes portant sur le sujet, l'objet, l'objet secondaire, les compléments. Nous considérerons ici celles qui portent sur l'action même : Venez-vous ? — Êles-vous prêt? Mais beaucoup des observations qui suivent s'appliquent aux questions de toute espèce.

1° Questions réelles. — Les questions sont réelles, chaque fois que le sujet parlant demande vraiment quelque chose : Qu'est-ce donc? Qu'avez- VOUS ? Laissez-moi, je vous prie (mol.. Mis., 1).

Demandes d'assentiment. — Souvent, la question a pour but de demander l'assentiment à une énonciation quelconque. N'est-ce pas est très employé à cet effet, soit à part, soit en proposition principale : N'est-ce pas qu'on souffre horriblement? (v. h., Hem,, v, 6) ; — N'est-ce pas qu'on ne peut le condamner (îd., M ar, de L., ii, 5); — ces premières chaleurs, n'est-ce pas? vous amollissent étonnamment (flaub., Bov., 123). On se sert aussi de dites : Alors, dites, tout s'arrangera ? (curel, Nouv. Id., i, 4).

2o Interrogations apparentes. — L'interrogation peut n'être qu'une apparence. On l'emploie souvent dans des cas où l'on ne demande vraiment rien, où il y a au contraire affirmation : Ce vieillard I il vous aime, il va vous épouser ! Quoi donc ! vous prit-il pas Vautre jour un baiser ? N'y plus penser !

(V. H., Hem., I, 2) ; — N'aUez-Tous pas vous mêler des draps, à présent?

réplique Jacquotte. S'il couche ici, je sais bien ce qu*il faudra lui faire (balz., Méd. de Camp., 30) ; — Est-ce qu'U ne se figurait pas voir là-bas, dans la poussière qui remplissait les vides, la veste blanche.,, du petit garçon de chez Sureau? (a. daud., Cont., Petits Pâtés); — cet original d'abbé Papillon ne s'est-il pas, comme elle, mis en tête de me marier? (dur., Uniss., 3).

Certaines phrases renfermant des interrogations apparentes, sont devenues d'usage : Ce bébé qui sait lire! erois-tu? Cf. pensez-vous et d'autres.

C'est ainsi que l'interrogation est l'un des procédés du style oratoire. Les prédicateurs, par exemple, s'en servent pour communiquer avec leur public, l'associer à leurs mouvements de pensée et de sentiment : Toi donc, mon frère, qui te plains sans cesse de la ruine de ta fortune et de la pauvreté de ta maison, mets la main sur ta conscience : as-tu cherché le royaume de Dieu ? as-tu fait ton affaire principale de sa vérité et de sa justice? N'as-tu pas au contraire employé tes biens ou pour opprimer P innocent, ou pour contenter tes mauvais désirs par les voluptés défendues ? (boss., Car. des Mi ni m., Nécess. de la Vie, l""^ p.) ; — C'est ainsi que la puissance divine, justement irritée contre notre orgueil, le pousse jusqu'au néant... Peut-on bâtir sur ces ruines ? Peut-on appuyer quelque grand dessein sur ce débris ? Mais quoi. Messieurs, tout est-il donc désespéré pour nous ! Dieu, qui foudroie toutes nos grandeurs jusqu'à les réduire en poudre, ne nous laisse-t-il aucune espérance ? Lui.,, verra-t-il périr sans ressource ce qu'il a fait capable de le connaître et de l'aimer? Ici un nouvel ordre de choses se présente à moi (Id., Henr. d'Angl.).

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