‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 286 sur 586 · LES MODES · texte numérisé non relu

LES MODES

les premières venues,.. Tu dis ? — Oui, à condition que Je ne le saurais pas (lemaître, La massière, ii, 6) ; — A supposer que tu aies raison, et que Je te reprendrais (laved., Nouv. Jeu., 73).

Persistance du subjonctif plus-que-parfait. — Le subjonctif plus-queparfait est encore assez usité : Une créature si belle que Dieu /'eût préférée à la Vierge et l'eût Choisie pour sa mère, et eût VOUlu naître d'elle, si elle eût existé quand il se fit homme (v. h., N. D,, ii, 105) ; — Il le connaissait, pourtanl bien, le vieux Réhu et son égoïsme farouche de quasi-centenaire, qui les eût tous regardés mourir plutôt que de se priver d'une prise de tabac (a. daud., Imm., 9) ; — il eût volontiers goûté le monde, les plaisirs de la société, et il vivait à V écart (régnier, Flamb., 13) ; — C'était son article de foi artistique, et il se fût cru... déshonoré d'y renoncer (Id., Ib., 26). (Cf. plus haut, p. 514).

Ces réserves faites, les formes qui restent au subjonctif sont bien vivantes dans le français de Paris. L'emploi du subjonctif se restreint, il n'est pas impeccable, sans doute. On voit même des auteurs montrer un peu d'incertitude, et faire tort au subjonctif, tantôt en l'employant trop (1), tantôt en ne l'employant pas assez. Il y a incontestablement du flottement (2).

Mais rien, absolument rien, ne fait prévoir que la forme du subjonctif soit menacée de périr, comme elle a péri dans le N.-E. du domaine, où on dit : // faut que je viens.

(1) Hervieu était de ceux qui ont visiblement peur de manquer aux droits de ce mode. U écrit dans une seule pièce : Cette rencontre n'est-eUe pas Vannonce que je puisie encore avoir du bonheur ?... et peut-être en donner ? (Cours. /!., iv, 2) ; — pai admis, comme nos enfants, que vous eussiez refu d'Amérique la réponse ( Ib., ni, 3) ; — Vous, il me semble que vous SOyei toufours sur le point de me déclarer (Ib., i, 5).

(2) J'imagine que M. Alphonse Daudet prenne chaque jour des notes sur ce qu'il a uu dans la journée. Ces notes sont écrites ou non, peu importe. Il suffit qu'il ait dans sa mémoire ou dans ses tiroirs un magasin complet de documents. Tous les éuénements qu'il aura traversés, tous les hommes qu' il aura approchés, lui auront laissé ainsi des impressions très vives, qu' il peut évoquer à sa guise... Maintenant, /"imagine encore que M. Daudet veut écrire un roman, il commencera par être très frappé d'un de ses souvenirs, qui s'éveillera (zola. Romane, 308).

Page 1