CHAPITRE VI LE NE MODAL
Oepuis les origines de la langue, ne accompagne le verbe dans diverses P^'o positions, par exemple après le verbe craindre. C'est une syntaxe liéré- <ï^it,a.îre. On trouve dès le Roland des exemples où elle est abandonnée ; po^xrtant elle s'est conservée jusqu'à nos jours : Je crains qu'elle ne soit "^otlade. Cf. prenez garde qu'il ne tombe ; — évitez qu'on ne le voie ; — // s'en ^^t fallu de peu qu'il ne vînt ; — il ne viendra pas à moins qu'on ne l'en ait f^^ié. L'analogie a introduit ce ne dans bon nombre de phrases classiques : -* ^ me tarde déjà que je n*aie des habits raisonnables (mol., Mar. fore, 2).
Valeur de ne. — Ce ne n'a plus de valeur négative. Quand réellement ^^^ veut exprimer là une négation, on se sert de ne pas : Je crains qu'il ne ^^^ussisse pas. Ne n'est qu'une sorte de particule modale adjointe au verbe, ^^ dont le sens est si vague qu'elle peut manquer sans dommage dans bien ^«s cas. Ce n'est plus qu'un embarras. Elle est souvent inutile et inattendue, ainsi dans la phrase qui suit ne pas douter et qui exprime par conséquent une certitude. Aussi Madame de Sévigné brave-t-elle la règle : y entendis crier,., au feu, et ces cris si près de moi... que je ne doutai point t^ue ce fût ici {Lett., cxxxvii).
n en est ainsi, à vrai dire, depuis des siècles. Vaugelas a donné, en mainte- Yiantneaprès jefne nie pas, un mauvais exemple, qui n'a été que trop suivi (2). -Avec // n'est pas impossible, au XVII«ï s., la proposition secondaire prenait t:oujours le ne modal : i7 n'est pas impossible qu'il ne survienne des accidents Chalh., Épit., xiii) ; — N'étant pas impossible que Jansénius nVù/ pris MMi sens pour l'autre (bac, P.-R., 603). On a légiféré là-dessus, sans aboutir ^ contraindre l'usage : quelle que fût mon opinion sur sa doctrine, je ne pouvais f^as nier qu'elle fût orthodoxe (assol., Champdeb., 114). On peut presque dire cjue ne est un mot gâché. Nous le retrouverons cependant dans divers chapitres.
(1) V. TOBLER, Verm. Beitr., iv, 26.
(2) I Quand la négative ne est devant nier^ il la faut encore répéter après le mesme verbe , par tx.1 Jene nie pas que je ne Vaye dit... Sans la négation, c'est françois, mais peu élégant ■ <i, 104). L'Académie a sanctionné cette opinion. On écrit donc : Je ne donle pas que vous ne le
trouviez à votre goût.