DISCORDANCES ENTRE LE LANGAGE ET LA PENSÉE
faut pas dire que VOUS /n'ayez VU sortir de là (mol., G. Dand., i. 2) ; — Ce ne sont point.,, des maximes que J'aie voulu écrire (la br., Car., i, 111).
La négation peut être implicite, c'est le cas des phrases principales, telles qu'iZ ignore, évite; il est malaisé, impossible, invraisemblable : Jusqu'à, l'instant du bal le comte ignorera que vous soyez au château (beaum., Fig., II, 5).
En particulier derrière la locution impersonnelle il n'y a, ou une autre proposition impersonnelle, le subjonctif est d'usage : Il n'y a que trois positions que mon nom me permette : soldat, évêque ou laboureur. Choisissez (aug., g. de M. Pair., ii, 1) ; — Il n'y a guère de romans.... où Ton n'ait reneontré autant d'épithètcs au bout de trois pages (muss., Dup. et Cot., l'elett.)(l).
Mais rien n'eût pu être plus destructif du sens syntaxique que l'applicatlon, en cette matière, d'une règle brutale, qui n'eût tenu aucun compte du sens. On comprend très bien l'influence d'une négation dans des cas donnés. Soit la phrase : La mère ne se souvient pas du mal que ses enfants lui ont fait. Comparez cette phrase de G. Sand : Je ne me souviens d'aucun mal que tu m'aies fait I (Elle et /., iv, 76). L'idée cette fois est qu'il n'est nullement sûr qu'il y ait eu du mal fait. Il s'agit de jeter cette incertitude dans la pensée.
Avec certains verbes comme considérer, réfléchir, la présence* d'une négation n'ôte rien du caractère positif contenu dans le fait subordonné : Ne considérez point que Je suis votre mère (rac, 'Jhéb., 1079). Racine a employé le mode de la réalité positive, il ne pouvait faire autrement. Il écrivait de même ailleurs: Je ne vous nierai point. Seigneur, que ses soupirs M'ont daighé quelquefois expliquer ses désirs (Brit., 553).
Avec d'autres verbes, il faut laisser la liberté de donner ou d'ôter le caractère d'un fait à renonciation : Ce pauvre garçon ne peut se résigner à l'idée que sa femme est mortes ou bien : Ce pauvre garçon ne peut se résigner à croire que sa femme soit morte. Cf. Je ne te raconte pas qu'il prend tout dans ce magasin (c'est un fait dont on n'informe pas l'interlocuteur) et: je ne dis pas qu'il prenne tout dans ce magasin. Le fait n'est nullement affirmé (2).
En langue moderne, la pensée tend à se dégager des contraintes, ce qui est une façon de suivre la vraie et bonne tradition. A vrai dire, on rend ainsi au subjonctif de la valeur : Malheur à l'homme qui, dans les premiers momens d'une liaison d'amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle (n. const., Ad., 29). Allusion est faite à une croyance ferme. Un subjonctif jetterait un doute. Voici au contraire une phrase de Chateaubriand : Quelle injustice et quelle absurdité de penser que nous soyons tous punis de la faute de notre premier père ! (Gén., i, 27). Pourquoi le sub-
(1) // n*est point resté au fond du calice une goutte de lie qu'il n'ait fallu épuiser (G. Sand, LéUa^ I, 26) ; — vous pouviez dire tout ce que vous voudriez^ ce n* était encore que chez Voisin qu* on pût manger un salmis de bécasse (coppée. Les vr. Riches, 84).
(2) Eh bien t fe ne dis pas que Je prenne tout (balz., Birolt., i, 160).
jonctif soyons ? Parce que pareille chose le peut pas être. L'idée que la pensée est absurde l'écarté (1).
Peut-être le subjonctif a-t-il plus pâti que profité des régies rigides qu'on a prétendu imposer. En l'exigeant derrière une principale négative sans considération du sens, on en réduisait remploi à un fait de pure subordination grammaticale, on vidait le mode de sa valeur réelle, et on en préparait l'abandon.
(1) n faut reconnaître du reste qu'il y a certaines hésitations : Ne crois pas que FesprU du poète desoend (v. ii., Cont., i, Aur., v). On attendrait descende. Il n*y avait que les étrangers qui pouvaient croire (/{/e rc i>(>/7 /lô/c/ allait s* effondrer (a. mvlot. Sang bleu; dans sobbiit, o. c. 309, où on trouvera d'autres exemples) : — Comment se faisait-il que Frédéric ne d^flUMëalt pas en retour un peu de tenctesse ? (flaub., Éduc.^ ii, 27). — L'indicatif s'explique. Il ne s'imposait pas. Et Ici il ne s'agit p>as d'éviter un imparfait comme dans la phrase suivante : It tCg a pas de désert^ pas de précipice ni d'océan que Je M traTeneraU aoec toi (Fi.aub., Boo,, 220>.