‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 321 sur 586 · CHAPITRE III LES COMMANDEMENTS DE STYLE DIRECT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LES COMMANDEMENTS DE STYLE DIRECT

Notre volonté se traduit de façons bien diverses.

10 Gris. Interjections. Exclaznations. -r- Elle se résume d'abord dans des cris: Hop! Halte! Les uns ont un sens général : Allons ! Voyons! les autres un sens spécial. Ainsi ils servent à appeler: lié ! pst ! holà ! à faire taire : chut! à hAter : hop, Iiop ! ainsi de suite.

Parmi ces cris, il y a une foule de mots : Ferme ! vite ! Paix ! Là ! Tout beau !

Des mots ou des groupes de mots quelconques, jetés en cris, sur le ton du commandement, prennent la valeur d'un ordre. Ils sont sans nombre : Silence ! En arrière ! Leste ! — Doucement ! mais doucement ! vous les rendrez poussifs (flaub., Éduc, i, 16) ; — Hors du trône, tyrans ! à la tombe, vampires ! (v. h., Lég,, Evir., xvi) ; — Allons ! ouste ! dehors ! (p. et V. MARO., Poum, ch. 10) ; — La porte I on vous dit ! animal ! (j. AiGARD, Maurtn des Maures, éd. Nels., 15); — Grisolas ! du café ! du eafé Men chaud ! (id., Ib., 17).

Pour se rendre compte de leur importance, il suffît d'en examiner une série, par exemple les commandements militaires : Par file à droite. Arme sur Vépaule, Demi-tour à gauche, A droite alignement, A la baïonnette. Feu à volonté. En avant ! De même à l'école, à l'atelier, au magasin, partout, l'ordre se traduit sous cette forme brève.

Remarque. — Un nominal apparaît souvent auprès de ces mots ou groupes de mots, qui ne sont point des verbes, pour diriger Tordre sur l'interpellé. Sur: diS'donc, toi, on construit : Silence, VOUS autres! et ainsi on personnalise.

2® L'impératif. — L'a. f., pour exprimer que la chose énoncée est l'objet d'un ordre ou d'une demande, se sert essentiellement de l'impératif, sans faire aucune distinction, suivant que la proposition est positive ou négative : Ferez, Franceis : nuls de vus ne s'uhlit î (RoL, 1258).

Cet emploi est intégralement conservé : Lalsse-mo/ passer, ou je te tue ! (Muss., And. del Sarto, i, 1) ; n'y pense donc plus !

Formes de l'impératif. — On peut dire que l'impérat'f ne se distingue

562 LES FAITS PAR RAPPORT A M OS OPÉRA TIOXS PS YCHOLO GlQU/iS

plus de rindicatif que par l'absence de sujet exprimé : Venez! Sors ! (1). L's,par laquelle on prétend distinguer tu manges de mange.n'a aucune signification. On prononce: tu mange{s) avec avidité comme: mange avec précaution. Les auxiliaires ont à l'impératif les formes du subjonctif : aie, ayez, sois, soyons, ce qui a son importance pour les impératifs composés : soyez rendus à la caserne pour 8 heures. Cf. sache, veuille.

La première personne du singulier manque. Elle manquait en latin (en grec aussi). Le commandement suppose en effet au moins deux personnes : une qui commande, une qui est commandée. Même alors qu'on se dit à soimême : « Meurs ou tue » , on s'adresse pour ainsi dire à autrui, car le moi est dédoublé. On l'interpelle, comme si on avait affaire à une autre personne.

Il importe toutefois de ne pas oublier que l'on commande souvent à un groupe de personnes où on entre soi-même. Alors, en vertu des régies générales, c'est la personne du sujet parlant, la première/^qui prévaut: Marchons ! Qu*un sang impur abreuve nos sillons !

Il est à peine besoin d'ajouter que la 3« personne est empruntée au subjonctif : qu'il aille, qu'elle sorte, qu'elles sachent bien que je leur ai pardonné ! (2).

Les autres personnes du subjonctif peuvent aussi constituer des ordres : Et toi aussi... je te chasse ! Que Je ne te voie plus !... Que Je ne te revoie Jamais ! (mirbeau, Mauv. Berg., m, 6).

30 Goxnmandexnexits ironiques. — Quelquefois, on se sert d'une forme ironique, on ordonne le contraire de ce (fu'on veut: flez-VOUS à lui ( = 7i« vous fiez pas) : — C'est cela ! Prends son parti devant Toinon (aug., G. de M, Poir., I, 5) ; — Allons, va ! ne respecte rien I casse l brise! Iftche les sangsues ! brûle la guimauve ! marine des cornichons dans les bocaux ! lacère les bandages ! (flaub., Bov., 274).

40 Périphrase ixnpérative. — On se sert pour détourner l'interpellé d'un acte quelconque, non seulement de l'impératif, mais d'une périphrase formée de l'impératif du verbe aller : N'allez pas vous imaginer ! Cette périphrase n'a pas du reste perdu toute valeur. Elle implique qu'on s'égarerait en faisant la chose (3).

50 L'infinitif. — L*a. f. exprimait souvent la défense par l'intlnitif, surtout la défense négative : Sire cumpainz, amis, ne V dire ja {RoL, 1113). Cet infinitif avait quelquefois un sujet : Ha ! vassaux, fet il, conquis m'as. Merci! Ne m*OCirre tu pas (chrest., Er., 993). Nous employons encore

(1) Cf. p. 260.

(2) On connaît les petites chicanes orthographiques : Vs à ajouter à iki ou à mange, et qui n'est pas celle de lu uas : oas-y, manges-en. En fait, ce n'est pas là qu'est la difflculté ; mais comment remplacer mène moi-z-g ? Nous en avons parlé p. 384.

(3) Comparez l'emploi de cette périphrase ailleurs : Pourquoi aller dire à cette dame que Duprez est le professeur de la fille ? (l\b.» P. aux geux, i, 6) : — Et lu ueux qu'un pareil personnage, aille s'aUler aœc le fils d'un ancien confiseur ? (Ib., 11, 1 ).

Page 1