‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 320 sur 586 · LES COMMAXDEMESTS DE STYLE INDIRECT · texte numérisé non relu

LES COMMAXDEMESTS DE STYLE INDIRECT

(c'est un fait, on a Tindicatif) ; le principal est qii*il garde le secret (c'est l'objet de la volonté, on a le subjonctiT) (1).

Mais c'est là un état de choses tout moderne. Les verbes vouloir, exigety commander, etc., ont longtemps régi Tindicatif dans la subordonnée avec que, ce n'est que depuis le XVI® s. qu'ils sont régulièrement suivis du subjonctif (h. l., ii, 446-7). Au XYII® s., Maupas et Oudin déclarent qu'il faut les construire toujours avec ce mode {Ib., m, 570-571). Malgré cela, les auteurs employaient encore souvent le futur ou le futur dans le passé : Vous avez ordonné que les Maîtres de vôtre École suivroient votre Méthode (irson, Grom., Épâtre). L'indicatif se rencontre encore aujourd'hui après les verbes mander, ordonner, stipuler, mais dans les actes officiels; c'est un archaïsme administratif : Ordonnons qu*il sera fait rapport à la Cour,

Les verbes qui expriment une idée contraire : empêcher, défendre, interdire, se sont aussi construits longtemps avec l'indicatif ; cet usage n'avait pa disparu, même au XYII® s. (h. l., ii, 447 et m, 571): Cela a empêché que le siège de Meurs ne 5'est pas encore fait (malh., LetL, vi) ; — cette condition,., le garde que jamais il ne peut choir que sur ses pieds (id., Tr, des B. Sénèq.) (2).

Il faut prêter attention aux cas de subordination apparente. Le malheur veut^ le Ciel permit sont de vraies formules, après lesquelles la proposition qui vient a le sens d'une phrase indépendante. Aussi trouve-t-on souvent l'indicatif après ces locutions : Le Ciel permit çu'un saule se trouva (la font., Fabl., I, 19) ; — la fortane... permit que Belcar,,, survient au point de V exécution, et la fait retarder par sa présence (j. de schel., Tyr et S., Argum.); — Dieu a permis que Madame la Dauphine,., s'est transportée d'une telle colère (sÉv., Leit., cmlxxxvhi). De même aujourd'hui: Le malheur veut qit*il y est tous les jours : ça n'empêche pas qu'il y va etc.. La subordination n' est qu'apparente : Le malheur veut comme le Ciel permit ne sont plus des principales véritables (3).

Ne dans les coxnxnandeznents négatlis. — Défendre, empêcher sont aujourd'hui suivis d'infinitifs sans ne : Défense d'entrer ; — je vous interdis d'y aller ; — empêche-la de sortir. Toutefois, on pense bien que la négation ne avait une tendance à s'introduire là, puisque l'idée était que la chose défendue ne se produisît pas. Les grammairiens du XVII® s. ne surent que prescrire, et l'usage resta indécis (h. l.,iii, 624-5): Je ne puis comprendre ce qui empêche que je n'aie des lettres comme j*ai accoutumé (sÉv., Lett,, CLXxvi) ; — la pluie presque continuelle empêche qu'on ne se pro-

(1) Cf. Minna au premier mot ravait arrêtée, refusant auec une délicatesse affectueuse... Qu*elle eonser?ftt sa dot ! Hélas, elle en aurait besoin (p. et v. mvru.. Fem. nouv., 26). D*abord une volonté, puis une pensée.

(2) Cep9ndant, on trouve déjà le subjonctif avec les mêmes verbes dans le même auteur : Mais qui m'empêehera qu'en dépit des jaloux, Auecque le penser mon âme ne la vole (Poés., cxiii, 27).

(3) Voir p. 31 .

mène (rac, Lett., clvi) ; — voilà l'adresse dont elle se sert pour unir les mères avec leurs enfants, et empêcher qu'elles s*en détachent (boss., Compass., 1658, 1" p.).

Avec prendre garde, qui est une des locutions les plus usitées, les nuances méritent attention. Théoriquement :

10 Avec que et le subjonctif, le verbe signifie avoir soin que telle chose soit : Prenez garde, mon fils, que vous entendiez tout ce que vous faites. Cet emploi est aujourd'hui archaïque.

2^ Avec que et ne, l'expression signifie avoir soin que la chose ne soit pas : On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vit (mol.. G. Dand., I, 2) ; — Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire (rac, Phèd,, 1061).

30 Avec un infinitif, sans ne, il signifie s'efforcer d'éviter : Prends garde de tomber (le peuple dit de ne pas tomber),

40 Avec ne pas, le sens est avoir soin de ne pas : Prends garde de ne t*enfler pas (boss., Hist., 11, 7, L.).

11 y a dans toutes ces règles qui concernent ne beaucoup d'arbitraire. Ainsi, alors qu'empêcher est nié, la volonté n'est plus négative; ne devrait disparaître. Néanmoins, on le trouve : Vous n*empêclierez pas que ma gloire offensée N'en punisse aussitôt la coupable pensée (rac, M/7/ïr.,735) ; — Il marche, dort, mange et boit tout comme les autres ; mais cela n'empêche pas qu'il ne soit fort malade (mol., Mal. Im., 11, 2).

Il est visible que là ne n'était point logique, mais analogique. On est du reste aujourd'hui libre de le retrancher.

Décomposition de ces phrases. — Naturellemenl, les phrases de volonté, comme toutes les analogues, peuvent être décomposées : Tu le feras, je le veux ; - Fais-le, il le faut ; — Pour la dernière fois, qu'il s'éloigne, qu'il parte : Je le veux. Je l'ordonne ; et que la fin du jour Ne le retrouve pas dans Rome ou dans ma cour ! (r\c., Brit., 368); — France ! être sur ta claie â l'heure où l'on te traîne Aux cheveux, 0 ma mère ! Et porter mon anneau de ta chaîne,.. Je le veux ! (v. h., Chat., Au mom. de rentr. en l^.).

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