CHAPITRE VI LES DEMANDES
Quand il s'agit de demandes, l'expression de la volonté varie extrêmement. D'abord suivant le rapport entre les individus. Un supérieur parle généralement, même dans les temps d'égalité, d'un tout autre ton qu'un égal ou un inférieur. En revanche, de nos jours, un inférieur revendic^ue ses droits sans tenir compte des politesses conventionnelles. Le milieu social, l'époque, changent le caractère des demandes. Encore n'y a-t-il là que des causes extérieures ; en réalité, c'est l'état d'âme de celui qui parle qui détermine sa façon de demander. Sa nature, son éducation, dans une même situation et pour un même objet, lui font choisir ou les formes qui respectent sa dignité ou celles qui trahissent sa platitude, celles qui montrent son adresse ou celles qui témoignent de sa résolution.
Le ton. — Une partie de ces nuances échappe à l'analyse linguistique. Le « Notre Père » fervent ou dit du bout des lèvres est toujours le « Notre Père •• , identique de formes. Seul pour celui qui l'écoute, l'accent varie. Jusqu'à ce que des analyses phonétiques aient été faites, on ne peut que signaler l'importance capitale de cet élément. Voici par exemple un crescendo : // me faut cette lettre, donnez-la moi, ou je la prends. — Vous ne l'aurez pas, — (Lui serrant le bras) — Cette lettre ! — Vous portez la main sur une femme ? — Cette lettre !... — Eh bien, je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimé !... Je vous trompais ; laissez-moi maintenant. — Cette lettre ! (a. dum.. Le Dem. M., iv, 12).
Formes de style indirect. ' — A) Les verbes de demande sont : fe demande, requiers, réclame. Ils vont de je Vexige à je vous en supplie... Ils donnent à la phrase son caractère particulier : Je VOUS demande, par grftcey que je ne sois point séparée de l'aimable personne que vous voyez (mol., Fourb., m. 10) : — Je leur demanderois volontiers qu*au milieu de leur course impétueuse, ils voulussent plusieurs fois reprendre haleine (la br.. Car., De la Chaire, 5).
Les objets. — Si l'objet est une action, on emploie, soit une conjonctionnelle, soit un infinitif. La construction avec l'infinitif a gagné ici aussi du terrain. Les classiques employaient surtout que avec le subjonctif ; // s'est dit grand chasseur, et nous a priés tous Qu*i7 put avoir le bien de courir avec nous (mol., Fâch., 505). On ne saurait ici le remplacer.