‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 328 sur 586 · LES DEMANDES · texte numérisé non relu

LES DEMANDES

DÉCOMPOSITION. — Bien entendu, il peut y avoir décomposition de la phrase : Instruisez-moi, Je vaus en QODJure (mariv., Jeu de V Am,, ii, 11) ; — Oh ! ne me laissez pas, emportez-moi à V ambulance, je VOUS en supplie (zola, Déb., 248).

Formes de style direct. — Les formes 1 (cris), 2 (impératifs), 4 (périphrases), 6 (futurs), 7 (interrogations) servent aux demandes.

1 . Cris et exclamations. — Ce sont des appels à la pitié : Merci ! Grâce ! Pitié ! Pardon ! Miséricorde ! des appels au secours : Au secours, à l'aide ; des cris d'alarme : Au feu ! A moi ! Aux Armes !

Les autres sont des exclamations, variées suivant les besoins : Du pain ! De rair ! Un petit sou, s. v, p. ! — A boire ! — Maman ! — Oh ! par pitié, demain ! (v. h.. Hem., v, 5) ; — ^Votre corde, vite (a. daud., Tart. Alp., 145).

2. Impératifs. — NonI non... Reste, petite Mère... ioue, petite Mère!(zohA, Déb., 532) ; — Voyons, Monsieur Henri, dites-nous quelque ehosel (j. renard, L' Ecor ni fleur, chap. 7); — Soupons ensemble, et mpquOQlS-aous de cette Marianne-là! (muss., Capr. de Mar., ii, 1) ; — Ah ! ne soyez pas à moi, j'y consens, mais ne soyez pas à un autre : Tisbe ! Que Je O'appreiUQte jamais qu'un autre... (v. n., Angelo, i, 1).

6. Futurs. — Mes amis, VOUS enterrerez ma pauvre fille, n*est ce p<i$ ? (muss.. Lorenz., m, 7).

7. Questions. — Veux-tU me donner un louis ? (a. cap,. Maris de Léont,, i, 12).

Renlorcienaaiits et AtténiuitioiAB. — Valeur relative des Formules. — En matière de demandes, plus que partout ailleurs, le ton fait à peu près tout. Il différencie aussi bien les formules nouvelles que les anciennes. Aux unes comme aux autres, il donne leur valeur : Reste donc, Je t*en prie.... (insistant) : Je t'en prie ! (a. capus. Maris de Léont,, I, 8), Un : te dis- je peut-être une exigence ou une supplication : Pardonnemoi, te dis-]e ! C'est moi qui fus méchant (v. h., Mar, de X.., v, 7).

Pour insister présenter une demandé pressante, on se sert des divers moyens qui ont été indiqués (p. 566-7) : 1^ (répétitions), 2^ (additions de formules, d'invocations, de jurons).

10 Oh, parle, parle !

2° La formule n'est-ce pas, qui accompagne les demandes, sollicite le consentement. Tantôt cette formule reste indépendante : Vous consentez, n'est-ce pas? — N'est-ce pas? cfocfeur, vous m* aiderez, vous me donnerez bien les moyens de m'échapper ? (zola, Déb., 485). Tantôt elle sert de base à la phrase : N'est-ce pas, mon ami, que vous viendrez ?

Dans certains cas, elle presse et renforce la demande, dans d'autres elle l'atténue (1).

( ] ) A'e/ïi ou nemie est paiois. Hein est peu poil.

La formule qui accompagne habituellement la demande, comme l'ordre, c'est: s' il vous plaît. Elle est exigée par la simple politesse ; on enseigne aux enfants qu'elle est indispensable, et pour cette raison, elle se trouve usée. On la remplace donc : je t'en conjure; — Oh ! Je t'en supplie ! pas de scènes ! (curel, Noud. Id., m, 2).

A cet effet, on se sert non seulement de verbes, mais aussi de locutions adverbiales : de grâce, par pitié : Laissez-moi le temps de souffler, de grftee (court., Ronds de cuir, vi, 1).

Les invocations jouent grand rôle. On supplie au nom des dieux : Au nom du ciel, partez ! — Tais-toi pour l'amour de Dieu ! — au nom du Ciel ! ne dites pas un mot là-dessus (muss., Chand,, m, 3) ; — mon père, au nom de tous les saints et de la Vierge, au nom du Christ» qui est mort sur la croix, au nom de votre salut étemel, mon père, au nom de ma vie, ne touchez pas à cela (balz., Grandet, 202).

Quand il ne s'agit que de demander poliment, on a le choix entre les formes cotées 2 (verbe vouloir), 3 (périphrases), 4 (éventuels), 5 (questions), 6 (éventuels interrogatifs).

20 Veuillez conMdérer que j'ai été bien malheureux ; — Veuillez me dire, madame la vicomtesse, ce qui me vaut Vhonneur de votre visite (a. frange. Ping., 206).

30 Soyez assez bon pour lui écrire ; — Si vous le voyez, par hasard, soyez assez aimable pour lui dire que nous sommes aux petits-chevaux (a. cap., Ange, i, 1).

40 Vous serez ou vous seriez bien gentil de me faire une petite note ; — La fille ! Je solliciterais une serviette pour mes mains (n. monn., Se. pop., 161) ; — c'est l'architecte de Monsieur qui désirerait lui dire un mot (becque, Côrb., I, 1).

50 Pourrai-Je vous demander ? — Puis-Je vous prier de me faire donner un verre d'eau ?

60 Aurais-tu l'obligeance de prendre cette affaire en main ? — Dis-donc^ tu ne te chargerais pas de la communication ? (lab., PeL Ois., 11, 2).

Mais on est obligé souvent à plus de ménagements encore. On se sert A) du futur : Je vous prierid de n'en rien dire ; B) de l'imparfait, qui semble retirer la demande en même temps qu'on la présente : Je venais voir s'il vous en restait ; — Je voulais demander par là si la princesse est la cause de ces signes de joie (muss., Fant., i, 2).

C) Du tour suppositif que nous avons déjà signalé pour présenter des suggestions : Si VOUS vouliez bien prendre connaissance de cette lettre?

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