‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 335 sur 586 · LES ÉLÉMENTSDELAXGAGE SERVANT DE CARACTÉRISTIQUES · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTSDELAXGAGE SERVANT DE CARACTÉRISTIQUES

le montre, c'est qu'ils se remplacent l'un l'autre dans une même série où l'analogie semblerait devoir imposer un même suffixe : automnBlf hivernBl^ printanïer^ saisonnier ; fraternel^ sororal ; républicain^ révoluiionnBive^ socialiste, El la différence des primitifs n'explique pas toutes ces discordances, témoin : Danloniste, .S' Simonieii.

Si on considère par exemple la série des adjectifs en eux, on s'aperçoit que certains d'entre eux marquent propension à une humeur, à un sentiment : haineuXy peureux^ joyeux, dédaigneux.

Mais d'autres signifient qui a le caractère de : merveilleux, miraculeux, soyeux, injurieux, élogieux, gracieux, séditieux, houlenx, pâteux.

D'autres renferment l'idée de qui présente, possède : neigeux (où il y a de la neige), crayeux, marécageux, nombreux, avantageux, teigneux, poudreux, gazeux, vertueux, goutteux, tuberculeux.

Honteux veut dire qui cause de la honte, et vertueux, qui procède de la vertu.

Il arrive du reste qu'un même adjectif ait des sens fort différents, qui tiennent à la variété des sens du primitif et du suffixe. Comparez une mesure gracieuse et une personne gracieuse, où se retrouvent d'une part la grâce qu'on accorde au condamné, de l'autre Vaménité, la douceur avec laquelle on agit.

Ceci dit, voici les principaux suffixes : (1)

10 Suffixes généraux :

able : (qui s'ajoute à des noms ou a des verbes) équit9,h\t, convev9,h\^ (2) ;

al : QouvernemenldX, speclrsl ;

aire : égalit^Att^ forfaitiïTe ;

aque : man/aque, élégitLqut ;

el : fraierntX, traditionnel, insurrectionnel, superficiel;

eux : avantageux, cireux, courageux, gommeux, peureux, douloureux, fiévreux, haineux,

heureux, joyeux, merveilleux ; icn : faubourien, olympien ;

ier : boulevardler, printanler, hospiialleT, railer, buissonnlére, façonnlére ; if : pensif, fautll, hâtll, suggestif, tardif ; in : crépusculin, serpentin, zéphyrïn ; {in sert aussi à former des adjectifs d'espèce :

race bovine), ard : veinuA, (le suffixe a perdu ici la valeur dépréciative qu'il a dans la plupart des

cas. Il garde seulement un caractère familier et même vulgaire). igue (qui signifie relatif d, qui se rapporte â, de) : académique, électrique, galvanique, géographique (3).

20 Suffixes particuliers. D'autres. suffixes ou les précédents, autrement employés, indiquent un rapport plus précis.

A) Ils marquent une manière d'être analogue à celle que présente le nom auquel s'ajoute le suffixe.

(1) Cf. à la Formation des noms, pour beaucoup d'adjecUfs qui ont des formes communes avec les noms.

(2) Pour la valeur active et passive de ces adjectifs, voir à V Action, p. 364.

(3) Ce suflUxe iqtie permet de créer des adjectifs relatifs à tous les mots savants en cra/i>. logie, etc. D'où des adjectifs en cratlqw, génlqut, graphique, logique, morphlque, nomlque, pcUhlque, pédique, phaglque, plastique, plégique, podlque, tropique, tomlque, tels que: gérwitotraiique, photogénique, héliographique, etc.

LES ADJECTIFS. OlilGINE ET FORMAT ION 587

tcn : arachnéen ; marmorétn ; eux : laittnx, mielleux ; ien : lamarlinlen, rubelaisltn ; in : argeni\n (qui tient de l'argent) ;

esque (emprunté à l'italien au XV I*" siècle) : châieaubrianesquet daninque ; àlre : 6e//fttre.

B) Ils indiquent la manière d'être, Taspect, l'idée que présente un être ou un objet.

é : feuille, capuchonnéf cendré, vallonné, accidenté ;

u : (11 a le même sens que é, mais marque par surplus une prédominance de la qui lilé indiquée) : moustachu (qui a une forte moustache), //ppil, /jansii, /é-u/Z/ll, membru ; eux : caillouteux, (qui a beaucoup de cailloux), pierreux ; isle (11 signifie qui se rappc»rte, ou qui s'attache à une opinion, une secte) : études robespierrlsies, la doctrine positiviste, des peintres fantaisistes, les écrivains impressionnistes ; ien : l'école Saint- Simonienne.

C) Avec forme, on fait des composés, tels que pir/forme.

D) Pour les sufïîxes et préfixes à valeur diminutive ou péjorative : W, o/, chon (grassouillet, gentillet, vieillot, maigriot, maigrichon), voir à la Formation des noms, p. 73-4.

Adjectifs composés. — l^Les composés ne présentent rien de spécial. Dans des épis blonds-dorés, l'adjectif double se rapporte au nom comme un adjectif simple. Il n'en est cependant pas toujours ainsi, et le rapport peut changer. Un mot composé tel qu'élève caporal (cf. aspirant officier) n'est pas du tout analogue à sergent infirmier ou à caporal fourrier. Les deux qualités n'appartiennent pas au sujet : celle de caporal lui apparti^dra quand la première aura cessé de lui appartenir, que son instruction sera terminée.

Adjectifs complétés. — Ortains adjectifs n'auraient aucun sens, s'ils n'étaient complétés : enclin, exempt, dénué....

20 D'autres précisent leur sens par toutes sortes d'additions: prêt à la lutte, sévère pour les fautes morales, prodigue de son bien envers les malheureux, nécessaire à la vie d'une nation ; — ce rêve d'une âme à s'enflammer trop prompte (lam., Joc, 6 Août 1795, soir) ; — Thérèse... était paresseuse à se mettre en tenue de visite (g. sand. Elle et /., ch, iv, 39).

30 Des adjectifs peuvent avoir un tout autre sens, suivant qu'ils sont ou non suivis de compléments. Ex. : propre, qui, seul, signifie le plus souvent net d'impuretés, de souillures, à qui un complément donne le sens de apte â, capable de : propre à éveiller l'intérdt (l).

Les constructions des compléments d'adjectifs varient : adhérent à la plaie, contraire à la loi, odieux à tout le monde, sensible aux bons traite-

(1) Les adjectifs reçoivent souvent des compléments que nous avons vus à leurs lieu et place et qiii contiennent le sujet, l'objet, etc. retpeetMQi dt la loi. Inattaquable aux acides.

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mentSy sourd aux prières; constance digne d'éloges, complice d'un crime, soigneux de ses vêtements, sûr de soi, plein d'esprit.

Il arrive que des adjectifs prennent la construction des noms correspondants. De : liberté A^ aller et de venir, on tire : libre &'* aller et de venir.

Les adjectifs ont fort souvent un complément très développé, qui forme une vraie phrase : Vous êtes libre de recevoir, quand il vous plaira, les personnes que vous voudrez, pourvu que... Il arrive que c'est une proposition qui complète l'adjectif : ce pied plat, digne qu'on le confonde (mol.. Mis,, 129) ; — Dans un danger si faible, combien d'hommes ont trouvé leur idée digne qu'ils prissent racine avec elle, et qulls partageassent ses chances avec elle (quinet, 1831, dans Gautier, Un prophète, p. 79-80).

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