‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 357 sur 586 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES VERBES COPULES

Le inôuveniexLt dans rétat, — Pour marquer l'entrée dans l'étal, on emploie des verbes sulijerlifs où est eontenue l'idée de cet état : un e/î/a/i/ pâlit (devient pâJe) ; — un meiUard maigrit ; — un pays s'enrichit ; - — la

glace a durci ; — des ferrures se rouillent ; des chairs s^ raffermissent.

Nous y avons déjà fait allusion.

Mais en outre on se sert de différents verbes (dont le principal est deDenir) suivis dat tribut s : ttt vie devient difficile; — Votre flamme devient une flamme ordinaire (uac, Phèd., 350); — le ciel, débarrassé de son imite, devenait clair (loti, Péch., 67).

On se sert aussi de se faire : Il se fait vieux ; — La région commence à se faire tourmentée, presque montagneuse ; — ta terre se fit fraîche et tendre, une odeur d'eau descendit des eoHines (hosny, G. du feu, 14). Dans ces phrases, il ne reste dans se faire rien de la valeur réfléchie. Sur ce modèle, on a fait bien des phrases : Après... s'être fait droit, elle se fait idée (v. h., Cont., Aur.. VII) (1).

Là persistance dans Tétai, — La copule est tantôt un verbe simple : rester, demeurer; tantôt un pronominal, se conserver, se maintenir : notre petite vitie de toile blanche va demeurer bâtie pour un ou deux jours (loti, Dés., 7iJ) ; — leur type provençal avait pu se maintenir très pur (loti, Matelot, I. fi).

L'apparence, — Elle s'exprime: 1° par différents verbes simples : paraître, sembler : ce raisonnement m'a paru juste ; — cette proposition /n'a semblé équitable ; 2^^ par le pronominal 56 montrer : ta médecine se montra impuissante.

On se serl aussi des locutions verbales avoir l'air, passer pour {les contemporains disent : s'avérer) ; chez îrs Juifs, elle (cette profession) passait pour tout à fuit criminelle (hkn., Jés.. ix).

Autres copules, — En dehors des copules qui signifient rexistence, le devenir, la persistance. Tapparence : être jeune, sembler jeune, rester

( 1 } Muis n paratl conlestable queiJtxtis sVs/ fait chair soit strictement l'équivalent ûeVerbum caro }itrttim esL Le tvançH\% ue maniuvAi] pas une volonté exercée sur soi-même 7 Question de IhcoJogîê. iCi. Elle s>sl /ttitf stnHtnïe dfs pauvres).

LES VERBES COPULES

jeune, il faut observer que d'autres verbes subjectifs peuvent servir à lier un attribut au sujet, par exemple : a) // mourut colonel ; b) // a vécu vieux.

Ces verbes appartiennent à deux catégories bien distinctes. Ceux du type a expriment une action qui n'a point pour effet de rendre l'attribut applicable au sujet ; la qualité lui appartient. Un homme a été gravement blessé ; il a perdu la jambe, il est mutilé : // vivra désormais mutilé. Cf. son fils aîné est mort jeune (// était jeune, quand il est mort) (1).

Au contraire ceux du type h expriment une action dont le résultat est que l'attribut appartienne au sujet. C'est le cas dans vivre vieux, qui signifie prolonger sa vie, de façon à parvenir à la vieillesse. De même tomber mort. Cf. cet homme si dur pour les autres, retomba évanoui sur le seuil de la porte (a. DUMAS, TuL, ch. vu, 41).

On pourrait appeler ces derniers attributs des attributs de 'résultat. Ils marquent en effet un résultat de l'action subjective, qui est de mettre le sujet dans une situation donnée, et cette application trouverait son usage ailleurs pour des attributs de verbes objectifs.

Les verbes, qui servent à construire les attributs de résultat sont tantôt des simples : il tomba évanoui, tantôt des pronominaux : Ils s'accroupissent, adossés les uns aux autres (v. h., Mis,, Marins, viii, v) (2). Dans beaucoup de phrases, il est fort difficile de savoir si on se trouve en présence d'attributs de résultat ou non, ainsi : Soudain la vieille se redressa, formidable et superbe (rich., Miarka, ch. iv, ii). L'effet ne vient-il pas, en partie au moins, de son mouvement ?

Absence de verbe. — Elle est fréquente : Toujours plus fort, ce grand souffle qui agitait toute chose (loti, Pêch,, 77). D'où la locution courante : telle une feuille abandonnée au vent.

( 1 > Il me donna le jour vieux, au retour d'un long voyage (ren., Souv. enf., 1. ii, ch. m, p. 85) ; — les types primitifs... Surgissaient orageux, gigantesques, touffus (v. h., Lég., Le Sac. de la f.. II).

(2) Bien entendu, ce sont aussi des passifs: il a été nommé ohevallor de la Légion d" Honneur.

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