‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 366 sur 586 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES VERBES COPULES

Les verbes copiilrs sont assez divers. Les deux plus généraux sont faire v> rendre : rendre sage, furieux : faire maréchal ; — Uercës de mouvement et de bruit les avait rendus ivres (loti, Péch., 84).

Parmi les verbes d'un sens plus restreint, on trouve : 1^ ceux qui expriment des actes : eréer, nommer, étire, choisir, couronner, juger; 2^ ceux qui expriment des paroles : dire, prodamer, peindre, nommer, baptiser, appeler, etc. : On le couronna roi, on Pavait peint vicieux, r/ nous Pavons trouvé rangée sérieux ; — Nomniei&--le fourbe, infâme et scélérat maudît (mol.. Mis,, 135) ; — on le créa patrice (la font.. Fables, xu 7); — /e la nommai cent fois perfide a déloyale (^rrssHT. Suit d'Oci,) ; — Un marchand français demnl dire sa découverte anglaise, afin de lui donner de la vogue {n\\:i., BiroiL. i, *H!) ; — Le roi,,, lié par le serment du sacre.., jugeait nul tout autre serment (michel,, RthK, m. 31) : — Tiens prête une voiture (Ai'G,. AïK, IV, 2) ; — Ils trouvaient tout simple que leur maître eût des entrevues avec Moïse et Èiie (uen.. Jés,, xviK

Attributs de résultat et attributs communs, — It faut lïitîn dislinguer le tour dont il vient rl'etre question d'un autre tour voisin. En eïTet, quand on dît : On a couronné Napoléon Bonaparte Empereur des

Français, c>sl t 'action de couronner qui a conféré à son objet Kapotéon^ la qualité d'empereur. L'attriJjul est tin attrit>ut de résultat. (Cf. p. 619),

Mais dans : Or» l'a VU arrêté dcpant lu porte hier soir, le tait de voir cette personne n'a uuttement influé sur son attitude ni sur sa présence à cet endroit. L'aetioJi u'a pas vu pour effet de faire passer la caraetérisation à rotijet. Cf. // trouva la porte fermée ; — le mécanicien vît la voie ouverte. Voici un exemple frappant : Comment la femme,,, reprend le cœur de T homme, le relève fatigué, le rufeunil (michel,, A ni.. Introd.), Le sens est évidemment k relève: quand il est fatiguiK et non le reièt>e de façon a le fatiguer.

Il j>eut arriver du reste qu'un même verbe prête aux deux interprétations. Quand on dit : j'ai laissé mon patfs libre et je te retrouve esclave^ on marque quetle était la situation du pays quand on Vu quitté, sans qu*on eût contribué à te metlre dans cette situation. Mais si au contraire on dit : fe imus avais laissé libre de choisir, on signifie qu*on avait donné la liberté. Je Vai vu ivre peut être une alïirmation d'un fait indiscuté. Je rat im ivre peut être aussi la simple indication d'une croyance individuelle, trop

LES VERBES COPULES

rapidement formée, et qui s'est trouvée fausse. Ici la nuance se marque par le luit.

Ce dernier tour est très répandu, et s'arcomniode de toutes sortes d'attributs et de compléments : Jt la savais// Pttris, sans abri ; — Son inqttîiHade apaii fait tant de progrès en peu d'heures qiy je la trouvai pfeinemenl convaincue de ee qu'elle nommait une perfidie (b. gonst.» Ad., ix. 84) ; — nous le voyons mêlé à ion tes les affaires du siècle (vogué, Hist, et poés,, 12k — Je le devine peuple (v. n,. Mar. de Lorm., n, 3) ; ^ — Je h craignais bien vieux, Infu Dieux, mon paui/re père (aug., Ap., i, 5) : — // sentait la Reine en péril (MicHiiL., Rêt>., i, 4U6) ; — eelîe pensée de la savoir à Cha- Ville devint une oppression,., (a. daudet, Sapho, 2f)9L

Souvent, aucune difTérence de phonétique syntaxique ne distingue les phrases, comme on le voit dans la ptirase : elle Va reconnu pour son fils, et elle ra reeonnu pour un nommé Bergtj (1k

Il y a chez les modernes des attributs de résultiit très tiardiment construits : Des quintes de toux 1* arrêtaient, plié en deux, à moitié mort luimèmr. si maigre, si ehéîif, t]u*il ne ptfraissait pas devoir jouir longtemps de sa tHetoire Izola, Bête hum., 308).

Le verbe est avoir. — Les phrases les plus intéressantes sont celles où entre le verbe avoir. On dit : Eilf a des eheveux noirs, comme on dit : elle a un bonnet blanc. Rien de particulier.

Au contraire, elle a les cheveux noirs est une phrase faite, non pas pour dire ce qu'elle a, ce qu'elle possède» mais comment elle a ce que chacun possède : des cheveux. Comparez : elle a les yeux bleus, le teint mat, etc. Impossible de dire ; elle a le manteau flottant, chaque femme n'ayant pas ohligjïtoîrcment un manteau.

Cette construction est commune : j'ai la tête lourde, la pitié facile ; — il a le verbe haut, le réveil désagréable, te vin triste, k cœur sec, l'esprit lucide, — L'article remplace là le possessif, comme il est naturel quand on parle àe portions de l'être liuniain : ewoir la tête lourdt-, comme îeoer la t^h\ De là, par analogie, extension de l'article : avoir la plaisanterie féroce. Cf. Les hommes que l'on entrevogait avaient tous les prunelles ardentes, le teint pâle, des figures amaigries par la faim, exaltées p<tr tinjnstict- (fi.aub., Éduc II, 135).

Comme rattriluit peut être fort hien un participe passé, on dira : là où d'autres ont leur vie engagée (v. h., Dern. j. d'un cond., Préf.) ; — Elle auoit les coudes appuyés sur sa lablt\ cMa tête pancbée sur sa main (dioek., P, df F., I, 7> ; — elle eut la joie dlavoifle COU un pr iiécorcbé par If s soutachcs de tu ni forme (v. ii., Mis,, Marius, ui^ vn).

D'iîû des phnises telles tpie: ^7 eut une jambe cassée ; — il B. eu une jambe emportée par un obus; — cette pauvre femme a un HlS tué à la guerre. Le sens

(1> CI. Defix m^gociants îgonnah ttuaient cru la reconnaître pottr une certaine Mélanie Favrot (a, daud», Jack^ 15),

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