‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 379 sur 586 · LA MESURE · texte numérisé non relu

LA MESURE

Questions sur la mesure. — Pour demander la mesure, on se sert d'interrogatifs précédés d'un de : de combien, de quelle dimension, de quelle surface, épaisseur, etc... suivant le cas.

Garactérisations intrinsèques. — La quantité, la mesure est une notion essentielle, intimement liée à nos conceptions, et qui, pour celte raison, entre très facilement dans la formation même des nr^ots.

10 Diminutifs et augmentatifs. — Nous avons vu, en parlant de la formation des noms et des verbes, que la langue possède et forme des diminutifs et des augmentatifs : louvat, garçonnet, fillette, maisonnette, roitelet, gantelet, ruelle, pétiole, banderole, angelot, louveteau, brindille, négrillon, dnon, moucheron, poétereau, lionceau, granule, théâtricule, versiculet, caniche, sacoche.

Les verbes ont aussi leurs diminutifs en eter, oter, Hier, onner : grappiller, mordiller, sautiller, becqueter, tacheter, voleter, barboter, clapoter, tapoter, vivoter, chantonner. On se sert en outre du préfixe entre : entrevoir.

A diverses reprises, les diminutifs ont été très en faveur, comme on peut s*en rendre compte par Aucassin et Nicolette. Au XV I^ s., en particulier, ils entrent au nombre des mignardises que chérissent les poètes. Les ours eux-mêmes deviennent des oursets, et on apprend à souspiroter (h. l., ii, 193). H. Estienne, dans son désir d'égaler le français à l'italien, énumérait et prônait nos suffixes. Mais Malherbe congédia durement ces « drôleries » , et, malgré un joli plaidoyer de M«"« deGournay (Omb., 975, h. l., m, 206), les diminutifs ne se relevèrent que longtemps après de cette condamnation.

11 y a lieu d'observer d'abord qu'un certain nombre d'entre eux ne sont nullement une mièvrerie : maisonnette, voituretie, sont du langage courant. Nous avons employé des camionnettes, qui étaient des outils de guerre. D'autres diminutifs sont devenus des mots ordinaires : charrette, targette.

D'autre part, le langage de raffection chérit des formes qui expriment la tendresse. Comme elle dit à son enfant : ma petite chérie, la mère dit aussi : donne ta menotte, tends-moi ton peton, etc..

Il y a également des suffixes augmentatifs : ail, as, on : por/ail, cow/Was, caisson. Ils ne jouent qu'un rôle inférieur.

Lh:S PKIXCIIWLIJS CAHACrÉHlSTlQUES. LEUR USAGE

2^ Noms composés exprimant la mesure. — Un certain nombre de mots composés sont, par leur formation même, destinés à éveiller des idées de mesure. Tc\s: demi-botte, outrecuidance^ hyperchlorydrique^ semi-consonne, hémiplégie.

Dans les verbes, l'action complète, poussée jusqu'à l'achèvement (1) se marque par le pré'^xe par : parachever son œuvre ; parfaire un travail. Ce préfixe est malheureusement en décadence. Si l'action dépasse la mesure ordinaire, on se sert du préfixe sur surajouter, swcalimenter, sUTpeupler. SUTbaisser, surcharger, sutfaire. Quand l'action était poussée jusqu'à l'excès, l'ancien français se servait du préfixe outre : OUtTecuider, OUivepasser la loi. Ce préfixe est aussi en complète décadence.

Garactérisations extrinsèques. — L'idée de grandeur et de petitesse dans les êtres et les objets est exprimée par des adjectifs : grand, petit, immense, gigantesque, colossal, énorme, incommensurable , Je vis dans la nuée un clairon monstrueux... On sentait que le râle énorme de ce cuivre... Quand tombera du Ciel r heure immense et nocturne (v. h., Lég., Tromp. du Jug.); — Autour d'un homme... Que protège le cercle immense d'une épée... Lutte énorme ! (id., ib.. Pet. R. de Gai.) ; — Un vaste cliquetis sort de ce sombre effort (id., ib.).

1/idée de mesure appliquée aux actions s'énonce par des adverbes : Au XVI*^ s., la pensée italienne a fortement agi sur la pensée française. Fortement txprime la mesure de celte action. On aurait le même résultat si à fortement on substituait beaucoup ou d'autres expressions de quantité. Se rappeler le jeu de la marguerite : elle m'aime un peu, beaucoup, passionnément... (Pour combien ce que, voir p. 114).

Absence d'adjectifs et d'adverbes de mesure précise. — D est à noter que les adjectifs de mesure précise manquent à peu près en français.

Une distance kilométrique signifie mesurée en kilomètres ; on ne peut pas dire myriamétrique dans le sens de : longue de 10 kilomètres.

Les compléments de mesure introduits par des prépositions les remplacent : un phare de cent pieds ; — vous me ferez cette boite de 30 cm sur 70 de longueur ; — descendons d'un degré ! — avancez d'un pas !

Les adverbes de mesure précise manquent comme les adjectifs.

Les compléments sont introduits par diverses prépositions : il a été frappé avec une grande violence. L'idée qu'ils expriment se traduit aussi, en langue jKipulaire, par des images extrêmement variées : // dépense, c'est un rêve, un beurre, ça fait peur, etc. Il en sera question plus loin.

(1) Il ne faut pas confondre la quantité fraction avec la quantité d'êtres qui font Taction. Un seul mot peut agir fortement, un grand ^nombre faiblement sur l'esprit de quelqu'un. I^ mesure de l'action est distincte de la quantité des sujets.

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