CHAPITRE VI
LE MOYEN. L'INSTRUMENT
Questions. — Oii iiitcnoge sur le nioj'vn, TinstrumenU à Taide de : Commt nt. uvee quoi^ à faide de qnvl outii, par quel moyen ? dans certains cas par : fn tfertti de. Ex. : En vertu de quel texte ni -on pu saisir le Farqnei ? (Cf. ij La Catise^ liv. xxK
Caractérisai ions intrinsèques. — Le oioyen pcul être indiqué dans Je verl>e luioiéiiie. Ainsi, dans un verbe comme balayer^ jfcfer, raclion est présentée comme faite à Taide du balai, de la scie. L'idée est celle de nettoyer, rouper à Taide (ie ces iuslrunients (1). l>e même pour les noms. L* camionnage, c'est le transport des marchandises, de la gare en ville, piïr camion.
Caractéristiques extrinsèques» — Les cum|)lêmenls de moyen, d'instrument, se rattachent à des noms : la preuve par témoignage ; — une plaie par arme à feu ; — ralimeutation par sondages ; ou â des verbes, mit aclifs. soil passils : réussir par la violence ; -- ia patronne amii Ht induite en erreur au moyen de faux certificats.
1^1 Les compléments PHi^.POSiTioNNELS. — i^jor introduire les compléments d'instrument, l'a. F. muployait les prépositions liéréditaires o et à. Il en avait formé aîol (a-lmiti : Od ses cadabies tes tares en abatiei (RoL, 98; avec ses nuKiiines de guerre K (a- mol cl ail iléja arcliiiique au XV I*^ s- Opendant il esl dans Ronsard (ir, 3ti:i, m.-ï,.).
De sert à construire loules sortes de com]îléments de ïuoyen et d*înï>trument : cligner des paupières; — tenir i'oatitûe la main droite ; — viare de ses rentes ; — s\ader des pieds ei des mains ; — tandis que de ses mains osseuses ttte égratiqne son ehapeiei {uvsii., (Jn ne bad. pas uik t'am.. i. 1). C <\st le même complément qull faut reconnaître dans : // m'honorait de son amitié ; — // joue de la fiûte^ et par suite rlans : ette juiiaif de son influence, de sa maladie. D où avec ik s noms : joueur de flûte, un morceau de violon.
De ne convient pas, tant s'en faid. à tous les verbes actifs qiî passifs. Corneille a déjà été blâmé pour a^'oi^ écrit : Instruisez-te d*exemp1e iCid, 18H),
A. 11 s'est grandement éttmdu. Ou est jjarli dun l y |>e ron mie : /oer as
(1> V. à la Formation deê verbes, p. 217.
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dames, as taUes, où à signifie proprement au moyen de : As tables juent, purels esbaneier (RoLy 111). On est arrivé à employer à pour toutes sortes de jeux : jouer au soldat, au eheval fondu, à ehat perehé, à qui perd gagne.
A entre dans une foule de locutions : combattre à la baïonnette ; — /aire sauter à la dynamite ; — friser au petit fer ; — repousser au marteau ; — chauffer un fer au feu ; — crier à pleins poumons ; — marcher à Télectricité ; — piquer à la machine.
Avec des participes : cousu à la main ; — fait au tour ; — brodé à la machine.
Avec des noms : tir au pistolet ; — combat à l'arme blanche ; — attaque à la grenade ; — dentelle à la main, au métier, au fuseau ; — travail à Taiguille ; — machine à vapeur ; — une lampe à pétrole ; — fourneau à essence,; — chauffage à rélectricité ; — /a/npes à incandescence ; — Ils reconnurent la maison à un vieux noyer qui V ombrageait (flaub., Bov.y 100) ; — elle devinait, à l 'inspection c/es/ra {7s et des manières, et reconstituait des existences d'humble labeur (lem., Rois, 39).
A ne pourrait plus cependant entrer dans toutes les phrases où on le trouvait au XVI® s., ainsi : ceulx qui le seruoyent, le lièrent à gros cables (rab., Pant., I, iv).
Par est commun : une plaie par arme à feu ; — un congé par ministère d'huissier; — pren(/re par la main; par la douceur; — répondre par une boutade ; — Par des vœux assidus je crus les détourner (rac, Phdd., 279) ; — Par ce rare secret, efforcez-vous de plaire (mol.. Mis., 1026); — Elles étaient disposées de façon à reproduire par leurs rangs circulaires, compris les uns dans les autres, la période saturnienne (flaub., P. chois., 184, Sal.) (1).
Parmi les prépositions qui servent à construire le complément de moyen, il faut citer encore :
Avec — C'est avec son couteau qu'il coupait le pain dur... c'est avec son couteau qu'il grattait les fruits pourris... c'est avec son couteau qu^il se taillait des bâtons de voyage... C'est avec son COUteau qu'il exerçait tous les arts de la vie (a. FRANCE, Mann., 65-66). Il est des cas où le complément introduit par avec se rapproche singulièrement du complément de matière, ainsi dans des expressions populaires comme : un panier fait avec du rafla.
En — // se ruine en folles dépenses; — veuillez nous expliquer tout cela en quelques mots ; — écrire en prose ; — une pièce en vers.
Au MOYEN DE — Au moycn de, moyennant sont relativement nouveaux. Ce dernier, repoussé encore par Bouhours, est resté un peu lourd : // /(// donna son consentement moyennant flnances ; — moyennant une somme de... on prépare des jeunes gens au baccalauréat ; — Moyennant je ne sais combien de versions, de thèmes et de vers latins, mon ami s'est procuré tout le poème (bourg.. Corn., 65).
(1) Par pourrait être souvent considéré comme introduisant un complément d'agent.
LES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES. LEUR USAGE
A l'aide de — GRACE A — A l'aide de est courant : ouvrir à l'aide d'un passe-partout. Le même rapport est souvent contenu dans gr&ee à : J'ai obtenu cette place grftee au bon eertiflcat que vous m'aviez donné. Le mol marquait originairement une idée de gratitude, elle est bien effacée. (Voir au liv. XX, Les Causes).
2° Compléments sans prépositions. — Faut-il compter comme françaises certaines expressions que le commerce a vulgarisées, telles que cousn main, où le rapport n'est plus marqué ostensiblement ?
3° Gérondifs. — Un tour spécial est celui que fournit le gérondif : en forgeant on devient forgeron ; — en s'associant, les plus petits constituent une force ; — // fait fleurir tous ces arts en les encourageant par sa magnificence (volt., Jcann. et Colin); — /7 a empêché ses sujets de devenir jamais ce qu' ils pourraient être, en leur persuadant qu'ils étaient ce qu'ils ne sont pas (ROUSSEAU, Extr., Hachette, m, 330).
On ajoute souvent, pour indiquer que le moyen a suffi : rien que : Rien qu'en me racontant votre histoire, vous me révéliez la réalité humaine (lem.. Rois, 28).
Ce n'est qu'à partir du XVIIIe s., que le gérondif a pris régulièrement en. En a.f., il était invariable, et se distinguait par là du participe, variable en nombre. Au XYII^ s., quand le participe fut déclaré invariable, on ne se décida pas tout de suite à présenter en comme nécessaire. Vaugelas le recommandait seulement.
Du reste le participe présent peut jouer le même rôle. On le voit alterner avec le gérondif : Tonsard se bâtit alors cette maison lui-même, en prenant les matériaux de ci et de là, se faisant donner un coup de main par l'un et l'autre, grappillant au château les choses de rebut, ou les demandant et les obtenant toujours (balz., Les Pays., 252).
40 Autres tours. — Quand il s'agit de marquer que le moyen a été employé avec ténacité, suite, etc., on se sert de la locution à force de : Hirsch, à force de remuer la bouche d'après la méthode Decostère, a fini par donner au poète la configuration de ces quelques mots (a. ûaud., Jack, 417).
L'intermédiaire se marque au moyen de diverses locutions : par l'intermédiaire, l'entremise, ou simplement à Taide de par : Quer par cestui avrons nos bone aiude (Alex., cvii, 535). On dit en termes judiciaires: par voie de, par ministère de : par VOie d 'huissier.
Défaut de moyens. — On se sert du nom des moyens, précédé de sans : sans une longue expérience, il est impossible d'être un vrai homme politique ; — sans chemins de fer, sans ports, sans télégraphe, sans téléphone, une industrie ne peut vivre dans la société moderne ; — les gens de
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qualité... savent tout sans avoir rien appris ; — // a gagné une fortune sans rien faire. On se sert aussi de manque de, faute de : une affaire échoue faute de disponibilités (la locution marque en réalité un rapport de cause) ; — faute de pompes, on ne put combattre t'incendie ; — Et le combat cessa .faute de combattants (corn., Cid, 1328).
Représentation du complément de moyen. — Le complément instrumental peut être dans un représentant : Bien en purrat tuer ses soldeiers (RoLy 34); — Qu'il conserve la couverture, il en couvrira sa jument (Il couvrira avec cela). En phrase conjonctive, le complément est dans un conjonctif : Qu'il garde une couverture dont il couvrira la jument.
On usait chez les classiques tantôt de dont, tantôt de que : La trompe dont il pompait sa nourriture ; — A cause de la mauvaise chère qu'ils faisoient, et de la rigueur dont on les traitait (d'abl., Apoph., 78). Que n'est resté qu'en langue populaire : le moyen qu'il se sert pour tromper le monde. Dans la langue soignée on préfère user de lequel, précédé des diverses prépositions instrumentales, de, avec, par : le moyen duquel il se sert toujours.
De quoi — De quoi forme une locution qui signifie le moyen de : j'ai de quoi vivre, de quoi vous contenter ; — Et qu'il reste à la Parque encor de quoi filer (boil., Sat., i, 32) ; — Cf. Si vous venez pour trafiquer, J'ay des nippes dequoy troquer (scarr., Virg. Trav., ii, 288). L'argent étant considéré comme le moyen universel de tout faire, avoir de quoi, c'est avoir de l'argent: A ceux qui se mêlent d'écrire. On dit que vous donnez de quol (poisson. Œuv., Au Roi, 1). On est même allé jusqu'à dire : avoir du dequoi.