FORMATION DE NOMS NOUVEAUX. LA COMPOSITION
Les composés à ellipse» eux, même formés de mots restés distincts, sont reconnaissables du premier coup à leur ellipse : commode-toilette, commode qui est en même temps une toilette. Pour ceux où entrent des particules ; arrière-cour^ ils se décèlent d'eux-mêmes.
Principaux tsrpes de composés. — Les principaux types de noms composés sont les suivants :
10 Deux ou même trois noms sont joints par une apposition : bateaumouche, café-concert, charron-forgeron, carte-lettre, coupé-lit, coton-poudre, tente-abri, chimiste-expert, homme- femme, roman-feuilleton, wagon-restaurant, logeur-uendeur-recéleur, jupe-culotte, robe-chemise, papier-monnaie. Le rapport est assez variable : bateau léger comme une mouche, café où se donne un concert, charron qui est en même temps forgeron, etc.
20 Un nom est accompagné d'un adjectif : carte postale, eau forte, faux col.
30 D'un nom en dépendance : timbre-poste, carte correspondance, trainposte. L'influence des langues étrangères tend à multiplier aujourd'hui les noms de ce type.
40 Un élément verbal est suivi d'un nom objet : coupe papier. Le premier composé de ce genre est dans Roland, c'est le nom d'un cheval : Passe-cerf. Ceux qui apparaissent ensuite sont des noms d'hommes : Brise miche, Gtatepance (h. l., i, 508). A la fin du Moyen- Age, ils servent à dési gner des objets aussi bien que des personnes (1). Darmesteter croyait avoir démontré que la portion verbale était à l'origine un impératif. Les raisons qu'il a données ne sont pas décisives. En tous cas, aujourd'hui, il n'y a là aucun impératif, mais une forme verbale qui est peut-être celle des substantifs verbaux dont nous parlerons plus loin, et que l'esprit interprète par un indicatif : coupe-papier, qui coupe le papier. Ces composés sont en nombre très considérable, appliqués soit à des êtres, comme souffre-douleur, garde-chasse, soit à des choses : garde-crotte, compte-gouttes, serre- joints, tue-mouches.
Goznposés latins et grecs. — La langue en fût restée à ces moyens, si depuis le Moyen-Age l'importation de mots latins, dont beaucoup sont devenus de bonne heure très français, ne l'avait préparée à exploiter les richesses que ce nouveau vocabulaire lui apportait en moyens d'expression. Les composés latins ont fini par fournir à l'analogie des éléments de composition : tels sont, pour n'en citer que quelques-uns : uni, bi, tri : VLïAlatéral, hïcyclette, tlscotte, triporteur; ex : ex-député ; in : inculture ; cide : insectieide ; culteur : pisctculteur ; culture : arboriculture ; moteur : /ocomoteur ; motion : locomoUon ; pare : vivipBie ; uore : /u/nivore.
Mêmes observations pour le grec, avec cette différence que la grécomanie
(1) Au XVI* f;.,les poètes ont affectionné ce procédé dont Us ont même tiré des adjectifs: for ehuse-pelne, riU donno-vln, le mouton port«-lalne.
ne remonte pas au delà du XYI^ siècle. Les éléments composants d'origine grecque sont fort nombreux et commencent à être très féconds. Citons anlhropo (homme) (anthropo/në/r/e) ; auto (soi-même) (ZVLio-hiographie) ; bio (vie) (Wologie) ; hiblio (livre) (biblio/noniV) ; chrono (temps) (ehronographe) ; chromo (couleur) (éhiomolithographie) ; crypto (cachette) (ciyptographie) ; cyclo (cercle) eyclostyle ; dactylo (doigt) dactylo^rap/tie ; electro (aimant) éleetrothérapie ; gastro (ventre) gastro/o^/ie; ^éo (terre) géologie; hélio (soleil) hélio^rai^ur^ ; hemai (sang) hématurie ; hydro (eau) hjûîothé' rapie ; laryngo (larynx) laryngotom/e ; iitho (pierre) litho^rap/i/ e ; mono (seul) monothéisme ; néo (nouveau) néochrétien ; odont (dent) oiontalgie ; œno (vin) œnologie ; ophtalmo (œil) ophtalmo/ot/ie ; paleo (autrefois) paléographie; pan (tout) pSLngermanisme ; philo (aimer) pïûïomathique ; photo (lumière) photographie: poly (beaucoup) polymathie ; proto (premier) protozoaire ; pseudo (faux) pseudo-sczence ; pyro (feu) pytogène ; telc (loin) iélégranune ; thcrmo (chaud) tbermoc/i//n/e ; typo (type) typographie ; zoo (vie) zoologie.
D'autres éléments forment les fins de mots : algie (douleur) n^<;ralgie ; céphale (tête) hydrooéphàle ; cratie (domination), biireauenAie ; gêne (issu de), hydrogène ; graphie, graphe (écriture), /i^/zographiey or//?ographe ; M/r/e (adoration), niariolfttrie; loguc,logie (qui étudie), arc/iëologue, anthropologie ; mane, manie (folie), éthéromsinef an^/omanie ; mètre (mesure), a/coomètre ; morphe (qui a forme de) anthropomorphe ; nome (règle), métronome ; orama (vue) /norëorama ; patine (souffrance), aef^nopatbie ; phagie (manger) /c/z/yophagie ; phile (ami), fi/n^rophile ; phobe (peur), prë/rophobe ; plastic (formation), ^a/{;anopIastie ; pode (pied), myriapode ; ptère (aile), orthoptère ; scope (regard), /microscope ; tomie (coupe), gastrotomie.
Observation. — Ces formations pullulent, de jour en jour plus envalilssantes. Il n'est si modeste lotion qui ne porte le nom de philocome ; un collectionneur de timbres-poste est un philatéliste ; la « bécane» porta longtemps le nom de vélocipède.
Sous cette influence, et en très giand nombre naissent des hybrides gréco-français, latino-français, gréco-latins, Jtels que : autosuggestion, pyrogravure, aquafortiste et automobile (1).
En outre, et ceci est beaucoup plus important, la langue, renonçant à son génie propre, se remet à créer sur des thèmes : électro-aimant, radio-activité.
Réactions populaires. — Cependant, comme il est naturel, le peuple réagit contre ces usages. Ces mots « savants » étant inaccessibles à son esprit, il les altère par simple déformation ou par étymologie populaire : laudanum devient lait d'ânon, pilules opiacées, pilules à pionccr ; les coliques hépatiques sont des coliques antipathiques.
Le procédé le plus récent, mais qui a de l'avenir, c'est l'apocope ; on coupe
(1) Cf. boulodrome, molocgcletle.