‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 393 sur 586 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

Ldinitations de compréhension. — Nous avons fait remarquer, «n parlant de la quantité, qu'on limite souvent le nombre des personnes ou des choses auxquelles se rapporte renonciation. Il en est aHwi, lorsqu'il s'agit de caractériser, que la phrase renferme ou non \m verbe : Ses élèves, en général issus de familles pauvres, étaient cette année-là particulièrement studieux. On peut restreindre à volonté ce nombre à l'aide des di^-ers re^trictifs : pour la plupart, en majorité, etc.

Limitation d^extension — Quand la caractérisation ne peut pas être appliquée dans toute son extension, qu'elle ne convient pas absolument et de tous points de vue, on indique dans quelle mesure, sous quel rapport elle convient : Belle est général, belle de taille indique que la qualité ne porte que sur une partie de la personne considérée. De même : harmonieux de lignes, juste de eouleur. Cette construction est fort ancienne. Le de qui y figure est le de héréditaire, au sens de quanta: Biax estoit... degan1)eset de \ plés ( Ai/c, 2, 10). — Cf. : une tapisserie passée de ton ; — une aiguière jolie de forme.

On se sert aussi de en accompagné ou non de surtout : particulièrement connaisseur surtout en faïences ; — Une armée de retires couiumiers de la victoire, artistes en pillages et en incendies (La Liberté, 18 Nov. 1919).

Diverses locutions, restrictives à leur manière, servent à cet effet : £n principe républicain, pratiquement conservateur, il opposait son vête à tout ce qiion essayait d'innover dans la commune.

Nous avons dit ce qu'il fallait penser de: sous le rapport de, au point de. vue de : Au point de vue de la légalité. Bonaparte était donc bien coupable (proudh., Rév. soc, 76) (1).

Diirée de la caractéristique. IjOs temp« dans la caractérisation. —

La limitation peut être une limitation temporelle. Quand on dit:Yau/oiirs malade, on Indique un état permanent; au contraire, malade de îtOMpS «en temps, veuj depuis quelque temps indiquent que la caractérisation fi'«6t pas permanente, n'a pas toujours existé (Voir p. 43S).

(1) Voir p. 224.

MODIFICATIONS AVX CARACTÉRJSATIONS

Modalités dans la caractérisation. — L'attribution de la qualité au sujet ou à l'objet comporte toutes les modalités de la phrase. La présence du verbe permet, dans les subordonnées qui servent à qualifier, de varier le rii|iport entre la qualification et la chose qualifiée: 1° Je cherche le corsage qui est à ma taille, La personne qui parle laisse entendre par là que ce corsage existe, qu'elle le connaît ; 2° Je cherche un corsage qui SOit à ma taille. Nous voici dans la finalité. La qualification exprime ce que doit être le forsage pour répondre à la volonté du sujet. 3° Je cherche un corsage qui serait à ma taille. Ici nous nous trouvons dans l'éventuel .

Il en est dans les phrases principales comme dans les conjonctives : Vous èk's bien raisonnable exprime un fait. Soyez bien raisonnable une volonté.

n a été ou il sera question de ces diverses modalités en leur lieu. Rien ne distingue à cet égard la phrase qui a pour but de caractériser d'une phrase d*action ordinaire.

Modalités dans des caractérisations attribuées sans l'intermédiaire d'un verbe. — Ici encore les modalités varient. Tantôt la caractéristique s'attache au nom sans réserve ; elle appartient à la chose: yV mettrai la robe noire; c'est le cas que nous avons seul considéré jusqu'ici. Tantôt elle ne s'attachera au nom que dans certaines éventualités : un peu moins GOUrte, cette robe vous conviendrait mieux. En fait, il ne s'agit pas de la rohe telle qu'on la considère, mais d'une autre forme sous laquelle elle serait plus seyante.

Lu caractérisation, soit dans le réel, soit dans l'éventuel peut être présentte ou comme assurée ou comme problématique : un homme, peut-être distingué, /nâ/5 dont la mine est celle d'un homme du peuple.

Le sentiment d'un sujet sur une caractérisation, ses regrets, ses désirs, SLXpriment de diverses façons, d'abord par des interjections: un homme, hélas ! dépourvu d'esprit de suite. Ils s'expriment aussi par des adverbes : un homme malheureusement sans esprit de suite.

Caractéristiques qu'on refuse de reconnaître. — L'attribution de !a qualité peut être contestée, niée. On se sert de prétendu, prétendument, soi-disant : le prétendu docteur ; — une proposition prétendument démontrée. Cvi adverbe est rare. De là le développement de soi-disant. Non seulement un dit : ils sont SOi-disant cousins ; mais aussi : des malheurs soi-disant irréparables. Ceux qui analysent trouvent cet emploi de soi-disant abusif. Us n'ont pas tort. Soi-disant ne devrait se dire que des personnes : Et tout vtta augmente mon mépris pour les soi-disant malins (plaub., Let. à G. Sand, 1 I Juillet 1874). Cf. une méthode pseudO'Scientiflque.

On emploie aussi censé, censément : ils sont censément le frère et la sœur. censés être le frère et la sœur (1).

( 1 ) Cf. // se servit du vieil amour. Il lui coiUti, comme inspiré par elle, tout ce que Mme Anwux fiitlrefois lui avait fait ressentir... Elle recevait cela, comme une personne accoutumée à ces choses (tLviB., Êduc, u, 218).

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